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    Odyssée du Winnipeg: une aventure mémorable en Amérique latine

    media Une photo du fameux Winnipeg datée de 1939. CC BY-SA 4.0 Agrupación Winnipeg

    Le 3 septembre 1939, le bateau Winnipeg arrivait dans le port de Valparaiso, au Chili. A bord de cette embarcation se trouvaient plus de 2 000 exilés espagnols qui avaient largué les amarres un mois plus tôt à Pauillac, près de Bordeaux. A cette époque, la guerre civile espagnole venait de prendre fin et la dictature en était à ses débuts, jetant sur les routes de l’exil près de 400 000 républicains qui ont traversé la frontière franco-espagnole pour se retrouver dans des camps d’internement. Confrontés à un accueil parfois hostile et à l’impossibilité de retourner en Espagne, beaucoup d’entre eux ont essayé de partir. Certains sont montés à bord du Winnipeg affrété par le poète Pablo Neruda. Retour sur cette aventure.

    De Rosalia Macias,

    La victoire du fascisme en Espagne a marqué le début d’une période d’insécurité et de déception pour les républicains espagnols. Face à l'imminence de la guerre mondiale en Europe, l'Amérique latine est apparue comme une destination possible d’exil. C'est alors que le poète Pablo Neruda a convaincu le président du Chili, Pedro Aguirre Cerda, d’accueillir certains républicains. Nommé consul spécial pour l’immigration espagnole, Neruda a alors eu pour mission de choisir les personnes qui allaient monter à bord du Winnipeg.

    Ce cargo, plus connu comme « le bateau de l’espoir », appartenait à France navigation, une compagnie créée par le Parti communiste français. Non conçu pour transporter des passagers, il a fallu l'aménager. Il a finalement été fin prêt en août 1939. Pourtant, la traversée n'a pas été facile en raison des différences idéologiques qui opposaient certains passagers et de l'incertitude de l'avenir. Mais tout a changé en arrivant au Chili.

    « Quand on perd une guerre, il faut toujours chercher des coupables. Et dans ce bateau, où il y avait des représentants des différentes tendances politiques qui avaient participé à la guerre civile, on cherchait aussi des coupables. Les anarchistes blâmaient les communistes, les socialistes blâmaient les deux autres... Donc la traversée a été compliquée, explique Julio Galvez, auteur d'un livre sur le Winnipeg. Mais tout cela a changé en arrivant au Chili, où l'accueil a été spectaculaire. Les républicains espagnols n’en croyaient pas leurs yeux. Ils ne comprenaient pas pourquoi ils ont été accueillis en héros, alors qu’ils avaient perdu la guerre. C’est à ce moment-là que leur perception sur l’exil a changé. »

    Des passagers sélectionnés par Neruda

    Ces migrants n’étaient toutefois pas considérés comme des héros pour la droite chilienne. Elle a d’ailleurs accusé dans un premier temps Pablo Neruda d’avoir amené au Chili des militants staliniens.

    « La droite chilienne s’opposait fermement à l’arrivée des républicains espagnols. Elle affirmait que si des ouvriers de d’autres pays arrivaient, ils allaient piquer le travail des Chiliens, explique Julio Galvez. Mais après l’arrivée, il a été évident que cette accusation était infondée, que les républicains s’intégraient parfaitement au Chili, et qu’ils apportaient une contribution extraordinaire. »

    Mais il faut préciser que Pablo Neruda avait sélectionné les migrants. « Amenez-moi des milliers de républicains en tenant compte des nécessités de l’industrie chilienne », lui avait demandé le président chilien. Il y avait donc des ouvriers parmi les 2 000 migrants, mais pas seulement. C’est ainsi que la famille de la célèbre peintre Roser Bru, 16 ans à l’époque, s’est retrouvée sur le Winnipeg.

    20 000 descendants des passagers en Amérique latine

    Soixante-dix-huit ans plus tard, sa petite fille, Amala Saint-Pierre, revient sur l’importance de Neruda dans cet épisode. « Neruda a eu l’intelligence de mélanger non seulement des professionnels techniciens qualifiés, mais aussi des intellectuels, raconte-t-elle. C’est un bateau extrêmement symbolique, car il amène de l’espoir chez les passagers, mais il ramène aussi au Chili un groupe de personne qui va faire beaucoup de bien au développement culturel, industriel, politique et social au Chili. »

    Comme elle, ils sont désormais près de 20 000 descendants des passagers du Winnipeg. Ce chiffre non négligeable fait de ce bateau une histoire très connue et valorisée en Amérique latine. Ce qui n’est pas le cas en Europe, regrette Amal Saint-Pierre : « J’ai l’impression que l’Europe ne reconnait pas l’importance de ces survivants espagnols pour l’Amérique latine. Ce sont des personnes qui ont été profondément touchées par la guerre, l’exil et l’abandon ».

    Cette traversée n’a pas été la dernière pour le Winnipeg. Il a continué à naviguer jusqu'en 1942, avant d’être attaqué par un sous-marin allemand alors qu'il traversait l'Atlantique de Liverpool au Canada. Tous les passagers ont été sauvés, mais le navire a sombré.

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