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    Amériques

    «Arabia»: travailleurs précaires du Brésil, un hommage à San Sebastián

    media Aristides de Sousa joue son propre rôle dans le film "Arabia" de Affonso Uchôa et João Dumans, celui de Cristiano, un travailleur précaire qui n'a que sa seule force de travail à offrir. www.sansebastianfestival.com

    « Horizontes latinos » est une section importante du Festival international du film de San Sebastián. Elle propose chaque année un focus et un prix pour les films produits et tournés par des réalisateurs latino-américains et cette année la sélection était variée et riche avec des films comme Los Perros, de la cinéaste chilienne Marcela Said, qui sera sur les écrans français en novembre prochain ou encore La educación del rey et El desierto, deux longs-métrages argentins dont on espère une distribution en Europe. Seul film brésilien de la sélection Horizontes cette année, Arabia, de Affonso Uchôa et João Dumans, raconte, en forme de road movie poétique, des hommes au travail.

    De notre envoyée spéciale au Pays basque espagnol,

    Ouro Preto, Etat de Minas Gerais. C'est l'une des plus anciennes villes du Brésil, la ville de l'or, joyau de la couronne portugaise au temps de la colonie, où Orson Wells vint tourner dans les années 1940 pour le département d'Etat américain et dont il tomba sous le charme... Mais là, c'est l'envers du décor qui nous est montré, à quelques minutes du centre historique de carte postale, les hauts-fourneaux et les poussières industrielles qui brûlent les poumons des enfants et salissent le paysage.

    Seul patrimoine, sa force de travail

    Arabia raconte l'histoire de Cristiano, qui a atterri à Ouro Preto après mille petits boulots, et l'histoire de tous ces travailleurs précaires du Brésil qui errent sur les routes au gré des emplois qu'ils trouvent. « Trabalhadores de carretera », c'est ainsi qu'on les appelle au Brésil, nous expliquent les deux réalisateurs Affonso Uchôa et João Dumans, tous deux originaires du Minais Gerais, dont c'est la première réalisation ensemble.

    Dans ce film en forme de road movie, Aristides de Sousa, comédien non professionnel avec qui Affonso Uchôa avait déjà fait un film, joue en quelque sorte son propre rôle. Il est lui aussi un travailleur itinérant, a aussi fait de la prison pour de menus délits. Il a nourri le scénario du film de ses expériences, participant à sa façon à son écriture. Tour à tour cueilleur de mandarines et d'oranges, ouvrier d'une fabrique de tissus, déchargeur pour un camionneur diabétique, homme à tout faire dans un bordel ou encore terrassier pour la construction d'une autoroute, Cristiano loue son seul patrimoine, sa force de travail.

    La caméra va à la rencontre de ces fratries éphémères d'ouvriers qui se forment et se défont au fil des chantiers et de leurs errances. Le monde ouvrier se délite à la faveur des mutations économiques et industrielles, nous expliquent les réalisateurs. Et avec ces mutations, il perd aussi de sa force et de sa combativité. Chacun est renvoyé à sa propre précarité, soumis au patron qui paie s'il le peut ou s'il le veut. Ainsi les trois mois de cueillette des mandarines de Cristiano : son seul salaire, ce seront des kilos de fruits qu'il devra vendre lui-même pour se payer et dont il se nourrira...

    Est-ce ainsi que les hommes doivent vivre ?

    Cet intérêt pour le thème du travail et de la condition ouvrière a réuni les deux réalisateurs qui interrogent sur le monde contemporain. Est-ce ainsi que les hommes doivent vivre ?, se demande Cristiano dans son journal. C'est cette question fondamentale qui a donné son titre au film : Arabia fait écho à l'une des nouvelles de Dubliners, Arabie dans Les gens de Dublin de James Joyce. Dans ce recueil, Joyce règle ses comptes avec son pays, l'Irlande, épinglant tout à la fois la politique, la famille et l'Eglise. Ce conte raconte une révélation au sens littéral : la lumière se fait, les questions sont posées, comme le fait Cristiano dans le film. Un questionnement éminemment politique mais mis en scène de façon très poétique.

    Le journal, un fil rouge

    Le journal de Cristiano, c'est le fil rouge du film. Un scénario habile qui mêle plusieurs niveaux de narration et permet au récit d'échapper au piège naturaliste. C'est Cristiano lui-même qui nous présente les personnages qu'il rencontre comme ces deux enfants - qui ouvrent le film - livrés à eux-mêmes dont les parents sont aussi sur les routes, comme l'infirmière au grand cœur ou encore Bretto, le militant syndicaliste des plantations d'orangers. On s'attarde un peu sur ce personnage qui représente le monde ouvrier d'antan, celui qui fit bouger les choses pour les cueilleurs en les mobilisant pour une grève afin d'obtenir un salaire fixe. Il est d'ailleurs brièvement question de Lula da Silva, ancien dirigeant du Parti des travailleurs, ancien président du Brésil et porteur de tellement d'espoirs d'une vie meilleure. On fait aussi connaissance avec Ana, la femme que Cristiano aime et avec laquelle il pourra peut-être faire sa vie, et avec ses compagnons de travail.

    La musique sertaneja, un autre niveau de récit

    Les ouvriers, filmés dans leurs lieux de vie en plans serrés, entre des murs tristes par contraste avec les espaces ouverts de la route, parlent peu mais chantent. La musique donne au film une respiration et apporte une autre dimension au récit. Du folk américain, parce que les travailleurs dont il est question dans le film sont brésiliens mais pourraient tout aussi bien être nord-américains ou européens, mais surtout de la musique sertaneja, des chansons du Sertão qui racontent la vie de ces travailleurs des routes.

    Les paroles prennent tout leur sens dans le contexte du film et elles sont reprises en chœur par tous les ouvriers qui ont d'ailleurs eux-mêmes choisi les morceaux qu'ils allaient chanter. Ces chansons, qui sont un autre niveau de narration dans le film, participent aussi à sa dimension poétique.

    Au-delà de l'histoire « officielle », nous avons cherché d'autres dimensions à l'histoire que nous voulions raconter, expliquent les réalisateurs. Comment poétiser un récit de vie somme toute banal au Brésil ? Trois années de tournage et des phases d'écriture jusqu'au montage final ont permis de composer un récit, un conte émouvant dont James Joyce n'aurait pas renié la filiation.

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