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    Amériques

    Festival de San Sebastián: «Ex-Libris», hommage de Frederick Wiseman à New York

    media Frederick Wiseman (en 2014) a présenté son dernier film "Ex-libris", hommage à la New York Public Library, au festival du film de San Sebastián. Elisabetta A. Villa/WireImage/Getty

    Salle comble à Tabakalera, lieu dédié à l'art contemporain à San Sebastián, pour « Ex-libris », le dernier film du documentariste américain Frederick Wiseman. Plus de trois heures de projection et très rares sont ceux qui décrochent. Certes, à San Sebastián, le festival Zinemaldia a nourri la cinéphilie du public, mais c'est aussi que ce film, au-delà de la bibliothèque de New York, la New York Public Library, raconte la ville et ses habitants. Un film mosaïque émouvant et passionnant, récompensé au festival de Venise en août, et que l'on pourra découvrir en France début novembre.

    Peu connu du grand public, car son oeuvre est peu diffusée, le documentariste américain Frederick Wiseman, 86 ans, est venu pour la clôture d'un festival du film de San Sebastián quelques jours après Raymond Depardon dont le propos est proche. Des films, souvent de très longs formats, ancrés dans le social et filmés de façon directe, sans intervention du réalisateur. Ce monsieur discret, qui fut dans une vie antérieure juriste et professeur de droit, avant se se consacrer au documentaire, compte pourtant une quarantaine de films à son actif. Frederick Wiseman raconte des histoires à partir d'institutions et des gens qui y travaillent: musée, hôpital, grand magasin... Son dernier long-métrage, Ex-libris, est un vibrant hommage à ce lieu de vie que peuvent être les bibliothèques, piliers de la démocratie, selon l'écrivain Toni Morrison, citée au début du film par un des responsables de la NYPL. Et de fait souffle sur le film un vent d'empathie, de culture et de liberté qui fait du bien.

    D'empathie parce que dans ce film mosaïque où la caméra se pose alternativement sur les gens qui travaillent dans et pour la bibliothèque de New York et sur ses usagers, tous sont filmés avec soin. Qu'ils soient riches (les donateurs qu'il faut solliciter puisque la bibliothèque vit aussi sur des fonds privés), pauvres (une partie du public qui vient là aussi chercher un peu de chaleur), curieux, étudiants, nounous, éducateurs, cadres de la bibliothèque ou simples magasiniers, la caméra pose un regard amical sur eux. Ils sont attentifs, concernés.

    L'une des salles de travail de la NYPL filmée par Frederick Wiseman. Les livres apparaissent au même titre que d'autres supports comme les tablettes, images, cassettes audio pour mal-entendants: la culture est multi-support. www.sansebastianfestival.com

    Le souci du bien public toujours présent

    Après l'école, les enfants s'intient à la programmation informatique en fabriquant des robots: la maîtrise des nouveaux outils, c'est aussi l'une des missions de la NYPL (image du film "Ex-libris" de Frederick Wiseman). http://www.zipporah.com

    De nombreuses réunions de travail sont filmées et il est clair, au fil des discussions au sein du personnel, à tous les niveaux de hiérarchie, que tous ont conscience de la mission, on dirait en France, de « service public » du lieu. Le souci du bien public est constamment exprimé dans le film. C'est que la raison d'être de la bibliothèque c'est son public, pas de stocker des livres que d'ailleurs on voit peu. C'est d'apporter la culture partout, jusque dans les quartiers populaires, et à tous. Ainsi, la question des sans-logis qui trouvent refuge dans les bibliothèques de la ville est sérieusement discutée par les plus hauts responsables de la NYPL. Il n'appartient pas à la bibliothèque de faire le tri dans son public, martèle le responsable. Queens, Bronx... la caméra filme les bibliothécaires des zones plus déshéritées de la ville où les enfants s'initient à la programmation informatique en fabriquant des petits robots, où l'établissement prête des accès numériques aux familles qui n'ont pas d'accès à des connexions internet. Car la culture est multiforme et multisupport.

    Marx et Lincoln

    Enfin l'accès à la culture est une porte ouverte sur la liberté, la liberté de penser notamment. De nombreuses conférences illustrent le propos : quand un groupe de lecteurs déchiffre L'amour au temps du choléra de Gabriel García Márquez, quand un autre groupe planche sur le concept de travail contraint et d'esclavage chez Marx et sur les échanges que celui-ci avait avec Abraham Lincoln, justement sur l'esclavage. Quand un haut responsable de la NYPL, Khalil Gibran Muhammad, se déplace dans une annexe de quartier pour discuter avec les usagers du contenu d'un manuel scolaire de géographie utilisé dans l'Etat du Texas notamment, dans lequel il est suggéré que les Noirs venaient d'Afrique pour chercher du travail sur le continent américain, où la traite est donc niée. Il est aussi question de la manière dont l'image de l'islam a été délibérément pervertie par les Occidentaux pour faciliter la conquête de nouvelles terres. On entend aussi l'écrivain Ta-Nehisi Coates au sujet des violences raciales aux Etats-Unis. Apparaissent aussi dans le film Patty Smith pour un hommage à l'écrivain Jean Genet ou Elvis Costello pour une pause musicale mettant en scène son père, Ross McManus dans If I had a hammer, un tube des années 1960.

    Curieuse, solidaire, concernée, c'est une autre Amérique qui est donnée à voir et à entendre dans ce film choral dont il faut saluer aussi le travail de montage: les séquences se succèdent avec rythme, entre scènes intérieures (des plans séquence qui permettent au propos de la personne qui s'exprime de se développer) et des plans extérieurs dans les quartiers de la NYPL qui apportent une respiration. Un bel hommage à un lieu, mais surtout à ceux qui le font vivre et à ceux à qui il est destiné.

    ► à (ré)écouter: Frédérick Wiseman, invité chez nos confrères de France Culture

    Le Palmarès, décerné samedi soir par le jury présidé par John Malkovich:

    Concha de oro : The disaster artist (film américain de James Franco)

    Concha de plata du meilleur acteur : Bodgan Dumitrache (dans Pororoca, film roumain de Constantin Popescu)

    Concha de plata de la meilleure actrice : Sofia Gala Castiglione (dans Alanis, film argentin de Anahi Berneri)

    Concha de plata du meilleur réalisateur(réalisatrice) : Anahi Berneri (pour Alanis)

    Prix spécial du jury pour Handia (film basque de Aitor Arregi et Jon Garaño)

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