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    Canada: débat enflammé sur une loi québécoise sur la «neutralité religieuse»

    media Les règles du vivre ensemble font actuellement débat au Canada, alors que le Québec tente d'adopter une loi jugée éloignée du multiculturalisme à la canadienne. Reuters

    Elle s’appelle la « loi 62 ». Pour les uns, c'est un symbole d’oppression d’une minorité. Pour d’autres, un compromis parfait pour le vivre ensemble. La semaine dernière, les députés québécois ont voté une nouvelle législation sur la neutralité religieuse. Les libéraux au pouvoir souhaitent que désormais, les usagers des services publics montrent leur visage aux fonctionnaires ou employés municipaux.

    De notre correspondante au Québec,  Pascale Guéricolas

    → Qui sont les plus grands pourfendeurs de la loi 62 ?

    Il serait peut-être plus rapide de dresser la courte liste des organismes et des leaders d’opinion qui l’approuvent. Les mots les plus durs envers cette législation viennent surtout du Canada anglais.

    En Ontario, la province voisine du Québec, les députés se sont déclarés à l’unanimité contre la loi québécoise. La Première ministre Kathleen Wynne, pourtant une alliée de son homologue du Québec Philippe Couillard, a elle-même exprimé son désaccord envers une législation qui divise la société à ses yeux.

    Rachel Notley, une autre Première ministre - celle de l’Alberta, dans l'ouest du pays -, considère cette loi comme le summum de l’islamophobie. D’autres ont évoqué une comédie de l’intolérance, un outil de sectarisme.

    → Pourquoi ce texte attire-t-il les foudres des anglophones ?

    Sans doute, car il remet en question l’une des bases du multiculturalisme à la canadienne, celui de laisser le tout un chacun vivre sa culture et sa religion comme il l’entend.

    En théorie, la nouvelle loi québécoise oblige les femmes dont le visage est recouvert d’un voile à l’enlever pour monter dans l’autobus ou se faire soigner à l’hôpital. Une véritable hérésie dans les grandes villes canadiennes, où les différentes communautés culturelles se côtoient, sans que personne ne s’offusque des règles propres à chaque religion.

    Preuve la plus tangible : le nouveau chef du Nouveau Parti démocratique, un mouvement de gauche, arbore fièrement son turban sikh, tandis que les établissements scolaires adaptent leur calendrier d’examens en fonction des contraintes religieuses.

    Obliger des femmes portant la burqa à se dévoiler pour bénéficier d’un service public revient à stigmatiser un groupe de femmes musulmanes fragiles, selon l’opinion publique anglophone, et donc à les isoler encore davantage.

    → Que pensent les Canadiens québécois de cette législation ?

    Une très grande partie des éditorialistes et des juristes dénoncent la mollesse de cette législation, qui ne prévoit aucune sanction en cas d’infraction, et reste trop floue pour être vraiment appliquée.

    Il faut dire que l'on a assisté à des scènes assez surréalistes. Par exemple, la ministre de la Justice a d’abord expliqué qu’une femme devrait découvrir son visage pendant toute la durée d’un trajet en autobus, avant de se raviser quelques jours plus tard. Finalement, elle devrait seulement prouver son identité au chauffeur.

    Pendant ce temps, le maire de Montréal clame sur toutes les tribunes qu’il n’y aura pas de police de la burqa et du niqab dans la métropole. Et les partis d’opposition en rajoutent une couche en expliquant qu’il faudrait durcir la législation.

    Ces derniers estiment en effet qu'il conviendrait d'interdire à certaines catégories de fonctionnaires d’afficher des signes d’appartenance religieuse. Autant dire qu'il semble que la loi 62 soit bien partie pour réussir à faire l’unanimité contre elle.

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