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    Amériques

    Cinéma colombien au Forum des images: Marta Rodriguez, «l'amour efficace»

    media Enfant Nasa du Cauca, une photographie de Fernando Restrepo, directeur de la photo et monteur sur le documentaire «La sinfonica de los Andes» co-réalisé avec Marta Rodriguez. ©Fernando Restrepo

    L'année de la Colombie en France suit son cours avec son lot de découvertes et de rencontres. Le Forum des images, à Paris, s'est joint à l'opération avec une proposition originale intitulée « 100% Doc : Colombie, regards féminins ». Le cinéma colombien, fiction et documentaire, s'invite de plus en plus dans les salles y compris en France à la faveur de l'arrivée sur le « marché » de nouveaux talents et d'une politique de soutien au cinéma plus affirmée en Colombie. Plusieurs femmes cinéastes sont présentes au Forum pour présenter leurs films et parmi elles Marta Rodriguez, à qui le Forum des Images puis le festival d'Amiens rendent hommage.

     

    Elle est la « maman », la mama du documentaire en Colombie, comme l'a baptisée dans un récent article l'hebdomadaire colombien Semana. Inlassablement, Marta Rodriguez, d'abord avec son mari le photographe Jorge Silva et maintenant avec une équipe jeune qu'elle a formée comme Fernando Restrepo notamment et son fils Lucas Silva, plonge sa caméra dans les entrailles douloureuses de la Colombie. Une caméra-témoin qui raconte et contextualise la souffrance des humbles, les Indiens, les paysans, les travailleurs exploités des villes. Des films à part entière aussi avec, malgré la précarité des moyens, une réflexion et un travail - d'une production à l'autre - sur la forme du récit, sa composition et l'image.

    Le festival au Forum des Images lui rend un hommage particulier. Cinq de ses films sont proposés en projection, dont Chircales, un premier film coup de poing, en copie restaurée Testigos de un etnocidio : memorias de resistencia, Nuestra voz de tierra, memoria y futuro ou encore La Toma del Milenio, le plus récent (2015) sur les populations déplacées par le conflit en Colombie.

    Memoria :  faire acte de mémoire, c'est le mantra de ce cinéma engagé qui rend la parole qu'on leur a confisquée aux plus humbles.

    La mémoire des enfants indiens du Cauca

    Ne pas oublier que les enfants ont payé (si l'on considère que la guerre en Colombie vit ses derniers moments ce qui reste à confirmer) un lourd tribut au conflit, victimes innocentes d'une guerre « absurde ». Lorsque nous avions rencontré Marta Rodriguez au festival de Douarnenez en 2015, elle nous avait parlé de ce projet d'hommage aux enfants victimes du conflit armé. Le film, fruit de cinq années de travail, va bientôt voir le jour grâce notamment à l'aide financière d'une société de production bolivienne. Les fonds d'aide au cinéma en Colombie se sont eux montrés très chiches. Il est en phase de post-production, nous expliquent Marta et son bras droit Fernando, également présent au Forum des images.

     → A (RE)LIRE : Marta Rodriguez, une vie de cinéma pour raconter la Colombie

    L'équipe a fréquenté de longues années le nord du Cauca (région de Popayán au sud du pays), en immersion dans les communautés indiennes notamment Nasa. Une zone particulièrement meurtrie par les combats entre armée, guérilla et paramilitaires. « J'ai collecté une vingtaine de récits [de morts d'enfants], nous raconte Marta, et j'ai décidé de faire quelque chose. En Colombie, la mort d'un petit Indien ne mérite pas un titre dans le journal... » Trois récits ont été retenus pour le film grâce auquel le souvenir des enfants Maryi Vanesa et Sebastián sera préservé. L'an dernier, l'équipe est retournée plusieurs mois dans le Cauca pour rencontrer les familles des enfants et « tenter de comprendre cette douleur si violente que représente la perte d'un enfant », poursuit Marta. Des zones où l'on n'accède qu'accompagné des indiens en raison de sa dangerosité : c'est une région de la culture de coca et de pavot, proche de la côte Pacifique vers laquelle est évacuée la drogue.

    « Les témoignages des proches des petites victimes sont tellement forts que nous avons décidé de les laisser 'propres' dans le film », poursuit Fernando, qui a filmé et a finalisé le montage il y a peu Tellement émouvants et forts qu'il n'a pas été nécessaire de les doubler d'images d'actualité ou d'archives pour leur donner plus de corps. « C'est une chose que j'ai souvent dite à Marta : elle a une facilité pour parler aux gens, entrer en contact avec eux, très particulière ». Une empathie naturelle dont elle avait déjà fait preuve au moment du tournage du film Chircales, lorsqu'elle et Jorge Silva s'étaient installés au plus près des gens qu'ils filmaient, montant une petite école pour que les petits briquetiers puissent vivre même fugitivement des vies d'enfants. Ils ramenaient dans leur cahute, cachés sous leurs vêtements, leurs dessins ou leurs cahiers, raconte Marta.

    La Sinfónica de los Andes

    Parce qu'au milieu de tous ces drames il ne faut pas perdre espoir, c'est le titre choisi par Marta pour ce film. La Sinfónica de los Andes est le nom d'un orchestre monté dans cette région montagneuse du Cauca par Richard, un jeune musicien colombien, pour retenir les enfants dans leurs communautés, faire en sorte qu'ils ne rejoignent pas les rangs des bandes armées, quelles qu'elles soient. Faites de la musique, pas la guerre, voilà le propos de Richard. « Peut-être aussi que la musique permet de catalyser la douleur des êtres chers qu'ils ont perdus dans la guerre », poursuit Fernando. La musique de La Sinfónica a été injectée dans le film pour en devenir un élément narratif. « Comment raconter la guerre d'une autre manière ? Cela nous a permis de raconter le conflit sans recourir à un lourd appareil de théories [politiques] ».

    Les négociations de sortie du conflit et la démobilisation des Farc surprennent l'équipe du film encore en plein tournage. Tout d'un coup, on voit la guérilla déposer les armes dans le Cauca, personne n'y comprenait rien, raconte Fernando. « Mais dès la semaine suivante, des escadrons, vêtus de noir, investissent le territoire [libéré] et assassinent des gens. Ces escadrons, ce sont des paramilitaires ! ». La guérilla a quitté le champ de bataille mais la nature a horreur du vide : elle y a été aussi remplacée et la spirale infernale qui se poursuit. Les assassinats de leaders paysans, indiens ne cessent pas. Dans le film, un choeur de femmes interpelle le président Santos sur la présence de ces nouveaux groupes. « L'utilisation de la musique permet aussi de protéger les gens et de rendre le message plus subtil ».

    Le message de Camilo Torres

    Camilo Torres, prêtre révolutionnaire colombien. wikipedia.org

    Camilo Torres, que Marta a connu en Europe en 1958 puis retrouvé au milieu des années soixante à Bogota où il a été son professeur de sociologie, lui a dit un jour : « Toi qui es sociologue, la sociologie, ça ne se fait pas sur les bancs de l'université mais au milieu des gens. » Un principe qu'elle a fidèlement mis en oeuvre dans son cinéma. Il théorisait aussi « l'amour efficace », rappelle Marta qui a fait sienne sa doctrine. Prêtre marxiste et révolutionnaire, il a rejoint la guérilla de l'ELN dans les rangs de laquelle il sera tué au combat en 1966. C'est à ce pionnier de la théologie de la libération que Martha Rodriguez veut consacrer son prochain film.

    « C'est lui qui a écrit le premier livre scientifique sur la violence [en Colombie] », nous explique Marta. Un livre sur l'histoire de la Colombie qui explique que la violence actuelle trouve ses racines dans des épisodes historiques plus anciens (notamment le fameux épisode connu comme La Violencia, dans les années 50) dont les plaies, non cicatrisées, nourrissent toujours les haines. « Il faut comprendre pourquoi les gens ont pris les armes, comme Camilo, qui [en] est mort, en croyant que c'était une solution. »  Un travail de mémoire et d'explication d'une cohérence rare. Infatigable Marta Rodriguez qui à plus de 80 ans se projette déjà sur un nouveau chantier parce que l'amour doit être efficace. 

    Colombie, terre de contrastes aussi au cinéma

    Le festival propose pour illustrer cette variété aussi dans la production une large palette de films, d'écritures cinématographiques et de thèmes. Sur des thématiques sociales ou politiques, Patricia Ayala vient aussi présenter son film Un asunto de tierra, dans les pas de Martha Rodriguez, la pionnière. On pourra aussi voir El silencio de los fusiles de Natalia Orozco qui a suivi les coulisses du processus de paix avec les FARC et les négociations de paix à La Havane. Un film co-produit par Arte qui sera bientôt sur les écrans. Sur la violence urbaine, Catalina Vilar présentera ses deux beaux films tournés à Medellin, sa ville natale, Cahiers de Medellin et La nouvelle Medellin. Le festival accueille aussi des premiers films et des documentaire nourris d'histoires familiales, d'une veine plus intimiste comme Jericó de Catalina Mesa, galerie colorée de portraits de femmes qui livrent leurs confidences à la caméra - plébiscité au festival Cinelatino de Toulouse- ou encore Amazona de Clare Weiskopf, qui s'interroge sur la maternité et la filiation. Les cultures colombiennes, indiennes ou africaines, perpétuées envers et contre tout, ne sont pas oubliées. Des regards de femmes cinéastes sur leur pays qui viennent enrichir la programmation de cette Année de la Colombie en France.

    ►Ce mercredi soir, au Forum des images, Marta Rodriguez participe avec Patricia Ayala et Maria Isabel Ospina à la table ronde: Existe t-il un cinéma colombien au féminin ?

    ► Marta Rodriguez est ensuite invitée au festival international du film d'Amiens

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