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    Amériques

    Cinéma colombien au Forum des images: Patricia Ayala raconte un pays complexe

    media La maison de Don Camilo, dans le documentaire Don Ca de Patricia Ayala, se trouve près de Guapi (Cauca) réputée pour être une porte entre la terre et la mer, une frange côtière où vit une population très largement originaire des terres d'Afrique. http://www.forumdesimages.fr

    Les réalisatrices du festival du documentaire « 100% Doc: Colombie, regards féminins » ont pris autant de plaisir que leur public à découvrir mutuellement leurs films et à échanger entre elles. Un « aquelarre, un encuentro de brujas », « une rencontre de sorcières », explique en riant Patricia Ayala. La documentariste est venue à Paris avec les deux premiers films qu'elle a réalisés, « Don Ca » tourné sur la côte Pacifique de la Colombie et « Un asunto de tierras » sur la question de la restitution des terres des communautés rurales spoliées. Rencontre.

    Colombie, terre de contraste et terre de cinéma. Patricia Ayala joue avec ces contrastes. Dans Don Ca (couronné en 2013 du Macondo du meilleur documentaire en Colombie), abyme entre la célébration de la Semaine sainte à Popayán - ville bien pensante, où le poids de la religion et de la tradition héritées de la colonie espagnole pèse aussi lourd que les catafalques de bois massif sur lesquels les saints patrons de la ville sont promenés en procession - et la gaieté païenne du carnaval célébré à Guapi, sur la côte Pacifique, où vit une population en grande majorité noire, descendante des esclaves importés par les colons espagnols pour travailler dans les plantations et qui ont fui la guerre sur cette frange côtière.

    Et dans Un asunto de tierras, contraste entre les séances de travail au Sénat lors du débat de la loi votée en 2011 sur la restitution des terres volées aux paysans où les élus gourmands savourent les plats apportés par des maîtres d'hôtel empressés et la désolation du village en ruine, abandonné par ses habitants en raison de la guerre (impliquant guérilla, armée et paramilitaires) où les chèvres folâtrent en liberté.

    Des films importants dans l'histoire du documentaire en Colombie, selon Bibata O'Mara, spécialiste du cinéma colombien et l'une des fondatrices de la très dynamique association El perro que ladra qui œuvre à Paris à la promotion du cinéma latino-américain.

    Du journalisme au documentaire

    « J'ai toujours eu une passion pour le cinéma, depuis toute petite, et en particulier pour l'écriture, explique la réalisatrice lors d'une rencontre avec le public. A la sortie du lycée, j'avais deux options, faire des études de cinéma ou faire de études de journalisme. J'ai finalement choisi le journalisme et commencé à travailler pour une chaîne de télévision. » Le journalisme télé, elle laisse vite tomber pour devenir une fidèle du festival international de cinéma documentaire de Bogota (MIDBO). « J'ai alors compris que le cinéma documentaire me permettait de concilier mon envie de cinéma, de trouver un langage et une esthétique (pour raconter des histoires), et mon désir de faire un journalisme qui donne chair aux gens ». Ce journalisme que Gabriel García Márquez qualifiait de « plus beau métier du monde », rappelle Patricia Ayala.

    Raconter le monde à commencer par son pays meurtri pour faire mémoire, à la façon de Marta Rodriguez. « Moi, ce qui m'intéresse, c'est de partager les questionnements que je peux avoir sur ce pays complexe, nous confie Patricia Ayala, dans lequel on se sent dépassé, aussi l'urgence première (de mes films) était trouver un moyen de raconter ce pays ».

    A la recherche de nouvelles écritures cinématographiques

    Les moyens, c'est le festival du cinéma documentaire de Bogota qui les lui a donnés. Elle y a fait ses classes, y a vu des films, bons et mauvais, en provenance du monde entier et « ça, c'est la meilleure école ! ». Elle cherche ses outils, son langage à elle dans les documentaires vus dans le cadre de la Muestra del cine documental comme ceux de la réalisatrice finlandaise Pirjo Honkasalo et notamment Les trois chambres de la mélancolie sur des enfants confrontés à la guerre, qu'elle cite comme un film qui l'a nourrie.

    Trois chambres, trois espaces, comme dans les films de Patricia Ayala. Dans Don Ca, l'espace du pouvoir, de la colonie, des Blancs à Popayán, l'espace préservé de liberté de la maison de Don Camilo et des garçons et enfin l'espace fragile du village de Guapi. Et dans Un asunto de tierras, l'espace du pouvoir représenté par Bogota et le Sénat, l'espace du non pouvoir, celui de la communauté villageoise spoliée et enfin le dernier espace, celui - vide- du village abandonné, « rulfanien » explique la réalisatrice, en référence au magnifique écrivain mexicain Juan Rulfo. Un « espace hors du temps, peuplé de fantômes », comme - suppose-t-on - le village fantôme de la nouvelle Pedro Páramo de Juan Rulfo, où le village abandonné est le personnage principal du récit.

    Les habitants de Las Palmas (Bolivar, nord de la Colombie) ont quitté leur village en raison d'un massacre provoqué par les paramilitaires des AUC en septembre 1999. http://www.forumdesimages.fr

    Une écriture cinématographie originale et une très belle image dans ces deux films proposés au Forum des images que l'on doit à son compagnon, Ricardo Restrepo, également documentariste et directeur de la photographie sur Don Ca et Un asunto de tierras, décédé il y a quelques semaines. Ricardo Restrepo était également correspondant en Colombie de RFI en langue espagnole. Tous deux ont fondé leur société de production, Pathos Audiovisual pour produire leurs films et ceux de (jeunes) auteurs qui partagent leur vision du cinéma.

    ►à re(lire): Gracias y hasta siempre Ricardo

    Des films qui cherchent et parfois trouvent un public

    Le portrait de Don Camilo, complexe et généreux personnage dont les déambulations en slip devant la caméra resteront dans nos mémoires de spectateur, a vaincu les préventions d'un public rétif à payer un ticket pour voir un film documentaire. Et le second film, Un asunto de tierras, est resté quinze jours en salle après sa sortie en 2015, un exploit pour un documentaire en Colombie. Cela tient à la thématique abordée, un sujet aride mais clé dans le pays, le vol des terres au profit de mafias ou de grandes multinationales, mais aussi à la mise en œuvre du récit. Des films qui tranchent avec l'idée que le documentaire est figé, formaté et destiné à une diffusion télé.

    Le Forum des images propose dans le cadre du festival (qui se poursuit jusqu'au 7 novembre)  des films explorant des univers aussi divers que l'intimité familiale, la filiation, les cultures locales ou des problématiques politiques. Un choix qui rend compte de la variété de la production colombienne, se félicite Patricia Ayala. « Plus il y a de films produits mieux c'est », assure-t-elle, et le succès d'un documentaire ou d'un film colombien en général est bénéfique à tous les autres dans la mesure où il contribue à susciter l'intérêt du public ppour la production nationale. Un public colombien largement nourri de films en provenance des Etats-Unis. « Il y a une dizaine d'années, on produisait trois films par an et maintenant on en sort entre quarante et cinquante, et des films de qualité. C'est très bien et de bon augure pour la santé du cinéma colombien qui en est encore à ses débuts », nous assure Patricia Ayala qui se déclare optimiste.

    Explorer aussi la fiction

    Un troisième film est en chantier, mais ce qui devait être un documentaire au départ sera au final une fiction pour explorer un nouveau champ de création. La frontière entre le documentaire et la fiction est de toute façon ténue, nous explique la réalisatrice qui ne s'interdit pas dans ses films de mettre en scène certaines situations comme la participation de Don Ca à la procession de la Semaine sainte. « On lui a même payé le costume ! », plaisante-t-elle. Dans ce futur film, Puentes en el mar, il sera question de terres confisquées et de frontières invisibles, sujet proche de son précédent film. Patricia Ayala travaille actuellement au scénario et au financement du projet. Une oeuvre cinématographique qui se construit, patiemment, brique après brique, pour reprendre une image de Chircales, oeuvre fondatrice du documentaire colombien, dans la quête aussi de nouvelles expressions artistiques.

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