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    Cinéma: «Mariana», une femme et des chiens, le Chili au scalpel

    media Antonia Zegers et Alfredo Castro sont les deux formidables interprètes de Mariana et du colonel. nourfilms.com

    « Mariana », deuxième long-métrage de fiction de la réalisatrice chilienne Marcela Saïd sort ce mercredi 13 décembre dans les salles en France. Un film remarqué dans de nombreux festivals, à commencer par San Sebastián où il a été couronné dans la section «Horizontes latinos». Un film noir aux personnages gris qui brosse un tableau fin et dérangeant de la haute bourgeoisie dans un pays qui n'a pas encore réglé ses comptes avec les crimes de la dictature militaire.

    C'est un film qui raconte l'histoire de personnages troubles qui sont en fait des gens très ordinaires dans le Chili d'aujourd'hui. Un film dérangeant parce que tous ses personnages sont ambivalents. Un film qui gratte parce que son héroïne n'est jamais là où on l'attend et déroute. L'histoire est celle d'une grande bourgeoise, Mariana, qui donne son titre au film en France. C'est elle que la caméra suit, c'est son point de vue qui sert de fil rouge au récit. Mariana décide de prendre des leçons d'équitation et découvre que son professeur, « el coronel », on ne connaîtra pas son prénom, fut un petit cadre de la répression au Chili pendant la dictature de Pinochet. Curieuse, elle mène l'enquête sur le personnage et on la suit au fil de ses découvertes, des réactions que celles-ci provoquent dans son entourage familial et au fil de son propre cheminement intérieur.

    Car Mariana fait entrer dans le cercle familial le colonel, le « milico », terme proscrit dans le vocabulaire de la bonne société où les « milicos » ont permis à une partie de la haute bourgeoisie de s'enrichir pendant qu'ils faisaient le sale boulot. Elle invite ainsi à une fête familiale cet homme d'une classe sociale inférieure à la sienne qu'elle affublera au même titre que son père et ses proches d'un collier de fleurs un peu ridicule lors d'une fête d'anniversaire.

    Mariana et le colonel

    Beau travail de la comédienne Antonia Zegers, que l'on a vue dans plusieurs films de Pablo Larraín et dans Une femme fantastique de Sebastián Lelio : elle compose une Mariana directe voire abrupte, qui dit ce qu'elle pense comme ça lui passe par la tête, sans calcul ni recul. Dans ce film placé sous le signe des masques, sous lequel s'ouvre le film (étonnante séquence qui permet de saluer le rôle de la musique dans la tension dramatique du film), Mariana est la seule à ne pas en porter. « J'aimerais  que mon père meure !», lâche-t-elle... « Tu te rends compte de ce que tu dis », lui rétorque sa belle sœur. « Je dis ce qui me passe par la tête et après je passe à autre chose », reconnaît Mariana.

    Mariana et le colonel partagent l'amour des chevaux et de la nature et leurs ballades dans les montagnes autour de Santiago, qui leur permettent de prendre de la hauteur par rapport à l'oppression de leur quotidien : un nouveau procès pour le colonel, les hommes de son entourage familial pour Mariana. Ce sont de vrais moments de respiration dans le film, de rares pauses dans un huis clos tendu où les dialogues, peu nombreux, mais percutants, et le jeu serré des acteurs - tous remarquables - déstabilisent le spectateur.

    La chirurgie esthétique de Cristina Kirchner

    On peut rire, mais c'est grinçant : quand Mariana ironise sur l'engagement pour les droits de l'homme de son mari argentin qui critique à tout va les opérations de chirurgie esthétique de Cristina Kirchner et lui qui du tac au tac lui demande si elle n'a pas oublié son cerveau au shopping; ou encore quand Mariana éclate de rire (nerveux) quand le policier qui enquête sur les exactions du colonel lui parle des actes de torture dont celui-ci pourrait être coupable...

    Une femme qui écoute de la variété sentimentale, « cebolla », dont les larmes sont nourries des ballades du chanteur espagnol Camilo Sesto, comme pour oublier qu'elle est entourée d'hommes qui dans le fond la méprisent : son voisin qui lui précise que la marque Glock n'est celle d'une palette de maquillage mais d'un pistolet, son père qui tente de lui extorquer une signature, son mari qui attend qu'elle procrée ou encore le policier qui enquête sur le colonel, qui lui est du bon côté de la barrière du point de vue de la justice et de la morale et se révèle être un vrai salopard.

    Le chien Neptuno, l'ami bâtard, symbole de l'innocence. nourfilms.com

    Les chiens, los perros

    Ces hommes, ce sont les « chiens ». C'est ainsi que se désignaient eux-mêmes les exécuteurs des basses œuvres de la dictature, explique la réalisatrice. C'est aussi ainsi que se définit lui-même El mocito, personnage de l'un de ses précédents documentaires, sorti en 2011. De ce film est né « Mariana » (dont le titre originel en espagnol est Los perros, les chiens): de la rencontre avec l'un de ses personnages, Juan Hernan Morales Salgado, de la police secrète Dina, un des responsables de la brigade Lautaro, unité d'extermination des opposants politiques.

    Les chiens, ce sont donc les militaires comme le colonel - interprété par Alfredo Castro, pilier du cinéma chilien, magistral d'ambiguïté entre tendresse pour Mariana et cynisme -, mais ce sont aussi les hommes de l'entourage de Mariana qui ont profité de la dictature. Les chiens sont ceux qui s'arrangent toujours pour survivre. Il reste, parce que la réalisatrice aime bien brouiller les pistes, les autres chiens : ceux de la maison Neptuno et Saturno, les chiens à l'enfant peints par le peintre Guillermo Lorca (déjà présent dans L'été des poissons volants son précédent film de fiction), ou encore les chiens torturés du plasticien Antonio Becerro qu'elle veut pour sa galerie d'art. Il appartient au spectateur de déchiffrer et s'approprier les paraboles.

    Le film Mariana sortira en mars prochain au Chili. Gageons qu'il ne manquera pas de déranger. C'est que Marcela Saïd, au fil de son travail de cinéaste, comme documentariste d'abord (avec les saisissants I love Pinochet ou encore Opus Dei) et maintenant comme cinéaste de fiction gratte le vernis de la bonne société chilienne. Au fil des séquences de ce film grave, Mariana se trouble et perd sa légèreté. Le feu purificateur de la Saint-Jean ne lui rendra probablement pas son innocence.

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