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    Amériques

    Donald Trump, roi au pays du charbon

    media La petite ville de War se trouve dans le comté McDowell, en Virginie occidentale, l’un des plus démunis. Donald Trump y a été plébiscité avec 74% des suffrages. Anne Corpet/RFI

    Le comté Mc Dowell, en Virginie occidentale, est l’un des plus démunis des Etats-Unis : 36% des résidents vivent sous le seuil de pauvreté. Donald Trump y a été plébiscité avec 74% des suffrages. Les grandes compagnies minières qui employaient des dizaines de milliers de salariés dans les années soixante ont quitté cette partie du massif des Appalaches depuis longtemps. Mais l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche a redonné espoir aux habitants.

    De notre correspondante à Washington,

    La route serpente le long d’une rivière au cœur d’une vallée isolée. De nombreuses maisons en ruines émergent des sous-bois : fenêtres envahies de broussailles, planches vermoulues clouées sur les portes, toits effondrés. Des épaves de voitures rouillées tapissent le paysage. War, petite ville d’un millier d’habitants - « la plus au sud de Virginie occidentale » si l’on se fie au panneau planté à l’entrée, aligne ses façades de commerces fermés comme autant de vestiges d’un passé plus glorieux. Pour accéder à la mine RS (les initiales de son fondateur Robert Stinson), il faut emprunter un large chemin qui grimpe sur le flanc abrupt de la vallée. Les bureaux sont abrités dans un préfabriqué, juste devant l’entrée du tunnel. Les mineurs s’y reposent avant de retourner creuser les entrailles de la terre.

    Robie Ward garde son casque de mineur sur les genoux, et porte une salopette teintée au charbon. Il a commencé à travailler à l’âge de quatorze ans. Comme tous ses collègues, il a voté Donald Trump aux élections. « Si Hillary Clinton avait été élue, j’aurais perdu mon boulot. Elle voulait en finir avec le charbon » assure-t-il, avant d’ajouter : « Trump a changé le cours des choses. Quand il a été élu le travail a repris. On est sur la bonne voie. »

    « Vieux papa Trump »

    A l'extérieur de la mine de charbon de War. Anne Corpet/RFI

    Selon les statistiques de l’administration minière fédérale, 1 345 emplois ont été créés dans la filière charbon en Virginie occidentale au cours de l’année 2017. Bill Adams, co-propriétaire de la mine a embauché trois personnes au cours des six derniers mois. « Ce qui a tué l’industrie du charbon c’est toute la réglementation, les procédures pour obtenir les permis, les formations obligatoires chaque année, les normes qui s’accumulent, tout cela est très fastidieux, et très coûteux. Mais Trump a changé la donne, estime-t-il. Maintenant chaque fois qu’ils mettent en place une nouvelle réglementation, ils s’engagent à en supprimer deux. Et les emplois ont commencé à revenir ici. »

    Interrogé sur la pollution occasionnée par la production de charbon, Bill Adams affirme, convaincu : « Les incendies en Californie ont provoqué plus d’émission de carbone en une semaine que toutes les mines de charbon en plusieurs siècles. Si le charbon était vraiment mauvais pour l’environnement, la forêt ne serait pas aussi luxuriante par ici. » Il conspue également les normes en matière de sécurité. « On a eu huit morts dans les mines de l’Etat l’année dernière. Beaucoup moins que sur les routes. Pourtant personne n’impose de nouvelles formations aux conducteurs chaque année. »

    Robie Ward et un autre mineur. Anne Corpet/RFI

    Robie Ward nous conduit à bord d’un véhicule électrique dans le dédale obscur. Sept galeries circulent autour d’une artère principale par laquelle est évacué le charbon, sur un tapis roulant. Au fond, près de la foreuse qui perce les noires profondeurs de la montagne, Alan et Dug, le visage maculé de charbon, partagent la même conviction « Trump est notre homme. J’aurais probablement perdu mon emploi sans lui. Je pense qu’il a apporté un grand changement… Ici on l’appelle vieux papa Trump ! » rigole Alan, 23 ans.

    Et Dug renchérit : « Grâce à Trump, il y a un avenir pour le charbon. Sous Obama, nous étions les sales types, les gars à abattre. Grâce à Trump, nous avons retrouvé notre dignité, et surtout notre gagne-pain. Il n’y a pas d’autre industrie dans la région. Tous les gens qui travaillent et gagnent de l’argent ici sont employés par l’industrie minière ou en dépendent indirectement. »

    Infrastructures et dépendance

    Chaque jour, 400 tonnes de charbon sont extraites de la petite mine de Bill Adams et assurent aux trente-huit salariés un revenu confortable. La plupart de la production est exportée. Mais les ressources minières finiront par s’épuiser. Bill Adams et ses employés en sont conscients. « Il faudrait faire venir d’autres industries ici pour assurer l’avenir de nos petits enfants, soupire le propriétaire. Mais quelle entreprise voudrait venir s’installer à une heure et demie de route de la première quatre voies ? Nos maisons n’ont même pas le gaz de ville, le pont à l’entrée de la ville a besoin d’être consolidé depuis dix ans, c’est comme si l’Amérique nous avait oublié. »

    La rue principale de War aligne ses façades de commerces fermés. Anne Corpet/RFI

    Dans son bureau au centre de War, le maire Robert Beavers ne perd pourtant pas espoir. « Le président a promis un grand plan d’infrastructures pour le pays. Nous devrions en bénéficier », lâche-t-il. Mais, résigné, il précise : « Cela prendra du temps, il faut être patient. S’ils construisent une autoroute, ils commenceront par le nord de l’Etat, nous serons les derniers servis. »

    En attendant, la Virginie occidentale équipe un long sentier de randonnée, qui traverse le massif des Appalaches et passe par War, au-dessus de la rivière. Un petit parking a déjà été aménagé à l’entrée du chemin. Et le maire se prend à rêver... « Nous voudrions devenir ville étape pour les touristes. Nous pourrions créer quelques emplois, ouvrir un motel, un petit restaurant. Nos montagnes sont belles, les gens ont un grand cœur ici, les Américains finiront bien par le découvrir. »

    Robert Beavers espère aussi la création d’un centre de désintoxication dans le comté. L’épidémie d’overdoses qui frappe les Etats-Unis est particulièrement sévère en Virginie occidentale. « La plupart des mineurs ont des problèmes de dos ou de genoux, explique le maire. Les docteurs leur ont prescrit des médicaments opiacés, et très vite, beaucoup de patients sont devenus dépendants. » Un médecin de la vallée, réputé pour sa facilité à rédiger des ordonnances d’Oxycodone, un médicament qui crée une rapide accoutumance, a été sanctionné, mais le mal est fait. Et à War comme dans le reste de l’Etat, de nombreuses personnes se battent douloureusement contre l’enfer de la dépendance.

    Dieu, les armes et le charbon

    Frances et Banton Ward (Robie Ward est leur neveu) habitent à proximité de la rivière, en contrebas du centre-ville. Ils ont élevé quatre enfants, et deux de leurs petites filles, dont les parents avaient sombré dans la toxicomanie. « Mon fils et sa femme ont décroché depuis dix ans maintenant, mais cela a été un long calvaire, et nous avons dépensé des fortunes dans les cures de désintoxication », raconte pudiquement Frances.

    Banton est à la retraite depuis longtemps, mais chaque matin, il continue de se lever à six heures, et Frances lui prépare un casse-croûte qu’il emporte à la mine dans une boite en fer blanc. « J’essaye de me rendre utile. Je donne un coup de main pour réparer les engins. La mine, c’est une grande famille vous savez », explique le grand-père. Sa fille Michèle vient partager le repas familial avec son mari Kenny, mineur lui aussi. Le couple avait déménagé en Floride faute de travail sur place, mais est rentré l’année dernière dès que la mine a recommencé à recruter.

    « Chaque jour je remercie Trump de nous avoir permis de revenir à la maison » lance Michèle. Pragmatique, Kenny précise : « Avec mon emploi à la mine, je gagne plus tout seul qu’avec les deux boulots que nous avions en Floride. » Kenny travaille douze à treize heures par jour, six jours sur sept, pour environ 100 mille dollars par an. « La mine est travail rude, mais ils ont cela dans le sang, et la paie est bonne », confirme Frances.

    Banton Ward dans sa grange sous le portrait du président américain Donald Trump. Anne Corpet/RFI

    Chaque soir après le dîner, Banton reçoit dans sa grange, où s’entasse un incroyable bric-à-brac autour de quelques motos et petits engins de chantier. Une photo du président Trump trône au-dessus d’un fauteuil, entre des boites de boulons et une pile de dossiers défraichis. « Il veut rendre à l’Amérique sa première place, il veut faire revenir les industries. On ne produit plus rien dans ce pays. Tout ce que je porte est fabriqué en Chine, je veux que cela s’arrête. Si on ne produit rien, on est bons à rien. Quand cela revient moins cher de produire une voiture en Asie et de l’amener aux Etats-Unis par bateau plutôt que de la fabriquer ici, c’est que quelque chose ne tourne pas rond », assène-t-il en allumant un cigare.

    Banton montre une carabine, deux pistolets de différents calibres, un long poignard effilé, explique détenir d’autres armes à feux dans sa salle de bains. « Dieu, les armes et le charbon, c’est notre devise ici. Je suis équipé pour pouvoir me défendre. Mais je n’ai jamais tiré sur personne. » D’ailleurs, la porte de la grange n’a pas de verrou, et il laisse toujours la clé de contact sur sa voiture. « Aucun risque qu’il arrive quoique ce soit. Les gens sont pauvres par ici, mais ils sont honnêtes et courageux. »

    Le train de Trump

    Un sifflement puissant trouble soudainement le silence de la rue principale de War « C’est le train de Trump ! » s’exclame Paul Krieger, attablé au comptoir en formica d’un des deux cafés de la ville. « Il transporte le charbon », explique le retraité des mines. « On ne le voyait plus mais depuis l’élection présidentielle, il passe tous les jours ».

    Derrière son comptoir, Orby Campbell, 72 ans, manœuvre sa vieille caisse enregistreuse. Dans son tablier à fleurs roses, la patronne du plus ancien commerce de War, ouvert en 1969, s’anime quand elle évoque le passé  :  « Il y avait des magasins d’alimentation, de meubles, de bricolage, d’habillement, deux stations-service. Les rues étaient noires de monde jusqu’à 21 heures le soir.  » Et dans un soupir, elle constate : «  Maintenant, il n’y a plus personne, plus d’enfants qui jouent sur le trottoir. Ces bâtiments murés me fichent le cafard.  »

    Orby chauffe encore son petit commerce au charbon. Chaque matin, armée de sa pelle, elle nourrit le poêle de ces précieux galets noirs. « Quand je prendrai ma retraite, personne ne me remplacera, ce sera la fermeture du café », prédit-elle. Sur les murs de son établissement, Orby a accroché plusieurs portraits de John Kennedy, son homme politique préféré. Mais comme tous ou presque à War, Orby a voté pour Donald Trump. « Il faut voter pour le meilleur, et après avoir écouté toutes les conversations pendant la campagne dans mon café, je n’ai eu aucun doute », explique-t-elle. A-t-elle entendu un seul client défendre la candidature d’Hillary Clinton ? « Oui, deux ou trois, mais ils se faisaient plutôt discrets. »

    Orby Campbell, dans son café, devant la photo des frères Kennedy. Anne Corpet/RFI

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