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    Incendies: la police chilienne aurait falsifié des preuves contre les Mapuches

    media Des indiens Mapuche assistent à la messe en plein air célébrée par le pape François en visite au Chili, le 18 janvier 2018 près de Iquique. Vincenzo PINTO / AFP

    Dans le sud du Chili, le parquet a ouvert une enquête contre la police pour falsification de preuves. Les forces de l’ordre sont soupçonnées d'avoir introduit de faux messages dans les téléphones de plusieurs accusés pour tenter de prouver leur culpabilité. L'affaire en question concerne des incendies criminels attribués à des membres de communautés mapuches, la principale ethnie indigène du pays, dont les relations avec les forces de l’ordre et la justice sont souvent tendues.

    Avec notre correspondante à Santiago, Justine Fontaine

    Plusieurs incendies criminels ont eu lieu l'an dernier contre des camions d’entreprises forestières dans le sud du Chili. Ce type d'événement est devenu fréquent dans cette région, où les communautés indigènes mapuches demandent à récupérer les terres de leurs ancêtres. Certaines d'entre elles sont aujourd'hui exploitées pour la production de bois. Quelques groupes très minoritaires appellent même parfois à la violence pour les reprendre.

    Depuis une quinzaine d'années, l'Etat applique la loi antiterroriste aux Mapuches quand il pense que des violences sont liées à ce conflit pour la récupération des terres. L'enquête peut alors être menée par l'agence de renseignement de la police, et non plus par le parquet. Dans cette affaire, cette loi a été appliquée à huit membres de communautés mapuches. Ils ont été arrêtés par la police en septembre dernier lors d'une opération très médiatisée baptisée « Ouragan ».

    Quelques jours après l'arrestation de ces militants mapuches, la police a fait fuiter dans la presse des messages instantanés, attribués aux accusés, dans lesquels ils se félicitaient des incendies. Or, il y a deux semaines, le procureur de Temuco, dans le sud du pays, a affirmé que ces messages auraient été ajoutés après l'arrestation des militants.

    Expertise du FBI

    Le parquet a ainsi demandé la levée des charges contre les huit hommes. Dans le même temps, il a ouvert une enquête sur les policiers de Temuco et ordonné une perquisition dans leurs locaux. La police a réagi en envoyant les forces spéciales protéger le bâtiment avant d'accepter quelques heures plus tard de transmettre les ordinateurs demandés par la justice.

    Après ce retournement de situation, les accusés étaient à la fois soulagés et en colère. Dans beaucoup d’affaires d’incendies criminels où la loi antiterroriste est appliquée, les prévenus mapuches clament leur innocence. Ils affirment qu’il s’agit de coups montés contre eux et sont la plupart du temps relaxés. La Cour interaméricaine des droits de l'homme a tout de même condamné le Chili il y a quatre ans pour un procès qu'elle a jugé discriminatoire à cause de cette même loi anti-terroriste.

    Mais pour la première fois, la police est accusée d’avoir falsifié des preuves contre des Mapuches. Les accusés de l'opération Ouragan espèrent être reconnus comme victimes dans cette affaire, et que l'enquête sur les forces de l'ordre arrivera à son terme. Ils regrettent aussi que le gouvernement n’ait pas exigé la démission du directeur de la police.

    En attendant, le Chili a demandé une expertise extérieure, celle du FBI. L'agence américaine a commencé cette semaine son enquête sur les preuves réunies par la police dans cette affaire et pointées du doigt par le parquet.

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