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    Etats-Unis: Little Haïti, le Miami caribéen

    media Une épicerie de Little Haïti, à Miami. Sabine Cessou / RFI

    Miami, en Floride, est connue pour sa proximité avec Cuba et le quartier de Little Havana, près du centre-ville. Les rues de Little Haïti affirment une autre présence caribéenne, menacée comme Harlem, à New York, par un processus de « gentrification » rapide. La raison de cet embourgeoisement : l’extension des quartiers arty et luxueux tout proches de Wynwood et Design District, en plein boum.

    Little Haïti s’étend sur 9 kilomètres carrés autour de la statue en bronze de Toussaint Louverture, héros de l’indépendance d’une colonie qui fut la première République noire en 1804. Le quartier, d’abord habité par des Afro-américains et nommé River City puis Lemon City, abrite depuis les années 1960 une importante communauté haïtienne.

    Les chiffres, divergents selon les sources, en disent plus long que les discours : avec 30 000 habitants seulement selon la ville (qui avance ce chiffre depuis… 2000), mais 100 000 au bas mot (41 % de la population haïtienne de Floride) selon le très sérieux institut de recherche Brookings Institution, pour une ville de 2,5 millions de personnes (dont 19 % de Noirs), Little Haïti affirme sa singularité et sa place à part dans la mosaïque humaine de Miami.

    Politiquement corrects, les guides touristiques comportent tous des photos d’une étape à Little Haïti, pour voir au moins le Caribean Market, à ne pas confondre avec le centre culturel. Avenant, cet édifice peint en jaune affiche des panneaux roses « Welcome to Little Haïti ». A l’intérieur, une femme en uniforme bleu de gardienne s’ennuie à mourir. Elle fait signer un registre et veille sur de petits stands proposant des paniers tissés, des objets en cuir, des photos. Mais personne n’est là ni pour les vendre, ni pour les acheter.

    A l’extérieur, dans les rues adjacentes, seules les églises catholiques, comme Notre-Dame de Haïti ou l’Eglise du Nazaréen, semblent prospérer, entre quelques boutiques de vêtements, une librairie, des services d’aide à l’immigration et des pompes funèbres.

    Une fresque murale du quartier Little Haïti, à Miami. Sabine Cessou / RFI

    Trait distinctif du quartier : le street art est roi. Des graffitis sont omniprésents, avec des styles bien différents des « taggers » américains. On trouve par exemple le chanteur français Serge Gainsbourg, aux côtés de Prince et Billie Holiday, au panthéon des artistes ici vénérés. Là, une ode à la beauté noire féminine encadrée par deux enfants, et un peu plus loin, deux bonshommes qu’on dirait sortis d’un dessin animé se regardent sur un mur portant ce message tout simple : « sans communication, pas de relation ».

    Arrogante opulence

    Une façon de souligner tout le paradoxe de l’Amérique, présent quelques rues plus bas, entre la 50e et la 45e rue, au croisement de la 2ème Avenue Nord-Est. En descendant ces quelques « blocs » tracés à l’équerre, on passe soudain de modestes maisons peintes en vert, jaune ou rose et bordées de grillages, qui ressemblent à tous les quartiers noirs et pauvres des Etats-Unis, à l’opulence la plus arrogante.

    Le Design District, avec ses buildings ultra-modernes aux portes chromées, ses publicités géantes et vitrines de Dior, Armani ou Roche Bobois, est l’un des hauts lieux du Miami qui bouge. Tout comme Wynwood, une dizaine de « blocs » encore plus bas, ancienne zone déshéritée de la ville en pleine transformation. Jeune et arty, elle alterne galeries et bars branchés autour de Wynwood Walls, un centre qui expose des fresques de « street art » sur des murs ordonnés et savamment éclairés, comme un grand musée à ciel ouvert.

    Les habitants de Little Haïti sont habitués à ce contraste, mais inquiets de voir les prix de l’immobilier flamber dans leur quartier. Inexorable, le phénomène de « gentrification » est en marche depuis 2015. C’est le plus rapide que Miami ait connu, en raison des méthodes des promoteurs immobiliers qui n’hésitent pas à proposer aux propriétaires deux à trois fois le prix de leur maison (180 000 dollars en moyenne dans ce quartier, soit 146 000 euros ), pour les convaincre de déménager.

    Quitter le ghetto, à la poursuite du « rêve américain »

    Les familles poussent plus loin vers le nord, ou dans d’autres zones résidentielles. Paul, un chauffeur de taxi qui a quitté Port-au-Prince voilà 20 ans et sa maison de Little Haïti en 2015, ne regrette rien : « Little Haïti, c’est quand même le ghetto. Avec ma femme, on préfère habiter les quartiers de Blancs, qui sont plus propres et mieux ordonnés ». Il poursuit dans une autre banlieue résidentielle son « American Dream ». L’un de ses trois fils est si doué en sciences qu’il s’est vu proposer des études d’ingénieur gratuites par sept des plus grandes universités du pays. « On me dit que taxi, ce n’est pas un métier, mais j’économise autant que je peux. Je gagne 2000 dollars par semaine, je n’ai rien à envier à personne ».

    A Little Haïti, les locataires, eux, en sont pour leurs frais. Selon le Miami New Times, les loyers ont augmenté de 13 % au dernier trimestre 2017. Le prix moyen d’un simple deux-pièces est passé à 1300 dollars (1045 euros) par mois, le même niveau que dans les quartiers voisins de North Miami Beach, qui donnent sur l’Atlantique.

    Deux grands projets sont en préparation, l’un pour construire un « Innovation District » en plein Little Haïti, l’autre pour transformer un complexe existant sur la 50ème rue, en bordure du Design District, en mégaprojet de 2800 appartements, 420 chambres d’hôtel, magasins, bureaux et 4600 places de parking. Le tout, avec des tours de 27 étages dont la seule idée hérisse les riverains de Little Haïti.

    Les « activistes » de ce quartier ne s’avouent pas vaincus pour autant. L’un d’entre eux, Viter Juste, a organisé sa communauté dans les années 1970, alors que les réfugiés fuyaient la dictature de François Duvalier, et plus tard, dans les années 1990, les militaires ayant fait chuter le président élu Jean-Bertrand Aristide. Le nom de Little Haïti, pour lequel il avait plaidé, a été officiellement adopté par la ville en 2016, quatre ans après sa mort. Serge Toussaint, jeune « muralist », comme on appelle les artistes qui peignent des fresques, se bat à coups de brosse sur les murs pour affirmer l’importance du quartier. Marleine Bastien, à la tête d’une association nommée en créole Fanm Ayisyen (Femme Haïtienne), milite aussi pour préserver le caractère populaire de Little Haïti.

    Mais sur la 59ème rue, des maisons abandonnées n’en ont pas moins des fenêtres murées par des planches clouées. Là un groupe d’amis s’affaire autour d’une voiture. La portière avant de la vieille Mustang est criblée de balles, côté passager. La ville a beau avoir la réputation d’être l’une des plus sûres des Etats-Unis, on s’y bat, comme partout dans le pays, pour les territoires du deal de crack.

    C'est là l'un des aspects les moins glorieux de Miami : cette ville a été la porte d'entrée des cartels latino-américains pour le trafic de cocaïne aux Etats-Unis dans les années 1980, documenté entre autres en 2006 par les films Cocaïne Cowboys et Miami Vice. Elle reste un centre du blanchiment de l'argent de la drogue, qui explique en partie son essor et sa transformation rapide sur les deux dernières décennies.

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