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    Les zombies existent… en Haïti

    media Philippe Charlier a rapporté de son enquête sur les zombis en Haïti le matériau d'une bande dessinée, parue aux éditions Le Lombard. éditions Le Lombard

    Les zombis existent ! Pas les zombies hollywoodiens très à la mode ces-temps-ci. Non, les zombis – sans -e – haïtiens, dont se sont inspirés les réalisateurs américains pour créer leurs propres morts-vivants (de La Nuit des Morts-Vivants de George A. Romero à la série télévisée Walking Dead pour les plus connus). Le zombi haïtien est, lui, bien réel. Il a été empoisonné, sa mort a été simulée et lorsqu’il revient à la vie, c’est pour connaître un sort pire que la mort. Philippe Charlier, anthropologue, médecin légiste, spécialiste de la mort et des cimetières, est allé enquêter en Haïti. Il en a ramené le scénario d’une bande dessinée, Les zombies, dessinée par Richard Guérineau (éditions Le Lombard, dans la collection la Petite bibliothèque des savoirs). Entretien.

    RFI : Quelle est la différence entre le zombi haïtien et le zombie hollywoodien ?

    Philippe Charlier. David Abiker / Le Lombard

    Philippe Charlier : Le zombie hollywoodien est complètement fantasmé, complètement cinématographique et il ne correspond pas du tout à un schéma anthropologique. Le vrai zombi, c’est le zombi haïtien, c’est-à-dire quelqu’un qui a subi un enterrement symbolique : il était totalement vivant et conscient quand il a vécu ses funérailles. Il a fait l’objet d’un jugement par des sociétés secrètes qui ont décidé de le punir parce qu’il faisait du mal à la société. Comme la justice des humains, la justice classique dans les tribunaux, était trop lente, ils ont décidé de lui infliger une peine qui est pire que la mort : devenir un zombi, c’est-à-dire perdre complètement son libre-arbitre. Être un corps sans esprit.

    Disons-le, c’est une pratique illégale.

    C’est évidemment une pratique illégale mais qui n’est pas rare en Haïti. Et ce qui est assez intéressant, c’est qu’on ne la trouve quasiment nulle part ailleurs à la surface du globe - sauf en Haïti. C’est considéré comme l’équivalent d’un véritable empoisonnement d’après le code pénal haïtien et puni d’une peine d’emprisonnement.

    Mais en attendant on va voir ces sociétés secrètes quand on a un problème.

    On va les voir quand quelqu’un pose problème : un violeur, un voleur, un captateur d’héritage, un meurtrier, un assassin… Ça c’est dans la procédure disons classique. Mais vous pouvez aussi recruter un membre de ces sociétés secrètes, un bokor, quand vous avez un différend avec quelqu’un de privé : par exemple, une belle-mère peut empoisonner son gendre. C’est encore plus illégal, c’est vraiment une déviance de cette règle cachée de ces sociétés secrètes - les Cochons gris, Chanterelle ou Bizangos. Mais il y en a probablement d’autres qui pratiquent ce type de sévices corporels…

    Est-ce que les victimes savent qu’elles sont condamnées ?

    Le dessinateur Richard Guérineau illustre les textes que Philippe Charlier a rapporté de son enquête en Haïti. Le Lombard

    Normalement elles sont prévenues lorsqu’elles sont convoquées devant une sorte de tribunal ou de société secrète. En revanche, quand il s’agit d’un différend disons « civil » entre deux personnes, comme cette belle-mère qui avait empoisonné son gendre, un gynécologue haïtien, là, la personne n’a absolument pas été prévenue. Et chaque jour, lorsqu’il écrivait les ordonnances sur son bureau, à travers la peau de ses avant-bras pénétrait le poison qui a fini par quasiment le tuer.

    C’était une sorte de petite poudre blanche répandue sur le bureau. Elle ne pénètre pas à travers la peau, il faut lui rajouter une substance urticante qui provoque un grattage et en se grattant on fait pénétrer la substance à travers la peau. Tous les jours, ces petites impuretés sur ses accoudoirs de chaise ou sur le bureau, c’était le poison que sa belle-mère avait délicatement déposé pour empoisonner son gendre.

    Comment ça se passe ? On pense que la personne est morte mais elle ne l’est pas, elle est juste paralysée par le poison et elle est enterrée vivante ?

    La drogue utilisée s’appelle la tétrodotoxine. Disons-le tout de suite : pour « créer un zombi », faire une zombification, ce n’est pas juste quelque chose de pharmacologique, ce n’est pas juste une drogue. Il y a énormément de choses qui rentrent en compte, à commencer par la croyance même de l’individu là-dedans et puis il y a des cérémonies… Mais néanmoins, un des principes actifs les plus importants c’est la tétrodotoxine, une substance qu’on appelle un neurotoxique, qui va bloquer pas mal de terminaisons nerveuses, qui va produire en quatre ou cinq heures, voire six heures, un état de mort apparente chez la victime. Vu de l’extérieur, on a l’impression que la personne est complètement morte, mais en fait elle respire très légèrement, sa température baisse, le cœur se met à battre très lentement. On a vraiment l’impression que tous les signes de mort son présents, alors que la personne est totalement consciente : si on lui ouvre les yeux, elle voit, et puis elle continue d’entendre et surtout de comprendre tout ce qui se passe autour d’elle.

    Elle est donc enterrée, mais après, on vient la chercher pendant la nuit

    Elle est enterrée, comme on dit « ses funérailles sont chantées » - elle est mise au cimetière. On évite évidemment de l’embaumer, parce qu’il ne faut pas la faire véritablement mourir, ou que les embaumeurs se rendent compte que le corps n’est pas mort. Et puis dans la nuit, le sorcier, généralement le bokor, et ses aides que l’on appelle de façon un peu fantasmagorique « les loups garous », viennent éventer la sépulture. Ils sortent le corps, lui mettent la tête en bas pour faire affluer le sang dans le cerveau, lui flagellent un peu les membres pour combattre non pas la raideur cadavérique – la personne n’est pas morte - mais tout simplement la rigidité musculaire, les crampes… Ensuite on lui donne un antidote, voire plusieurs – du jus de jusquiame, du concombre-zombi, du datura, qui vont inactiver en grande partie la tétrodotoxine.

    Et puis surtout on va changer le prénom de cette personne. On va lui donner d’autres drogues, qui vont l’empêcher de conserver son libre-arbitre, des benzodiazépines, des barbituriques, des médicaments qui sont généralement prescrits par des psychiatres, mais qui là vont complètement casser l’individu. On peut aussi le priver de sel, comme les esclaves du temps passé : un régime sans sel, chez quelqu’un qui n’a pas d’insuffisance cardiaque, produit un œdème au niveau du cerveau et pas mal de désordre qui vont à nouveau amplifier cette perte du libre arbitre chez l’individu. Ils vont littéralement devenir des esclaves du monde moderne : ils vont travailler dans des champs de cannes à sucre à l’autre bout de l’île, ou dans des usines, ou beaucoup plus fréquemment servir de sorte de garde-malade ou de garde d’enfant chez des bokors ou d’autres personnes appartenant à ces sociétés.

    La personne soupçonnée d'actes criminels peut être convoquée, de nuit, par une société secrète. Le Lombard

    Ils vont disparaitre. Ce ne sont plus les mêmes personnes. C’est une peine qui est pire que la mort.

    Pour ceux qui arrivent à réchapper à ce sort, il y a le problème de la réintégration dans la société, puisqu’ils sont censés être morts. Parfois certains s’enfuient, ou pour une raison quelconque on arrête de leur donner des psychotropes - ou par hasard ils tombent sur du sel et peuvent à nouveau en manger (et là ce n’est pas en un jour, il leur faut plusieurs jours pour récupérer un semblant de conscience). Ils peuvent être éventuellement reconnus par d’autres membres de leur famille d’origine. Et c’est là que se pose en effet le problème : on ne peut pas faire de certificat de ressuscitation, pour des raisons évidentes. Mais on peut éventuellement, et c’est ce que Maître Jeanty essaie de développer au barreau de Port-au Prince, faire une sorte d’adoption sous un nom qui est choisi par les différentes parties dans la famille d’origine, qui reconnaît à nouveau cette personne qui avait disparu - qui était considérée comme morte et qui était en fait bien vivante.

    Là on parlait du « zombi toxique », il y a un autre type de zombi, le « zombi psychiatrique ».

    Le « zombi psychiatrique », ce sont des individus qui sont persuadés qu’ils sont morts. Dans ce fond culturel et religieux du vaudou haïtien, ils sont persuadés qu’ils sont descendus outre-tombe et qu’ils ont dîné, goûté avec Baron Samedi et dame Brigitte (NDLR : Baron Samedi, l’esprit de la mort et de la résurrection et son épouse, Maman Brigitte, protectrice des cimetières). Evidemment, j’applique un regard médical et scientifique sur des faits qui sont psychiatriques. Ces gens-là sont persuadés qu’ils sont morts. Ce n’est pas le fait d’avoir diné avec les loas, les dieux, qui est en soit un problème psychiatrique, ce serait une injure à la religion vaudou. Non, ce qui est intéressant c’est qu’ils sont persuadés qu’ils sont morts.

    Il y a un syndrome en psychiatrie qui s’appelle le syndrome de Cotard : ce sont des gens qui sont persuadés qu’une partie de leur propre corps est morte. Que leur bras est nécrosé, que leur jambe est à l’état d’ossement. Et là, on est dans une forme vraiment extrême de cette maladie, où ils sont persuadés qu’ils sont totalement morts. Et donc leur place est dans un cercueil, ou bien ils sont persuadés qu’ils sont morts et qu’ensuite ils sont ressuscités. Donc ce n’est pas une croyance religieuse, absolument pas – la religion n’est pas un cas psychiatrique. Non, ces gens-là sont persuadés qu’ils sont morts, qu’ils appartiennent à l’autre monde et qu’ils reviennent hanter les vivants.

    Vous avez rencontré une patiente de l’hôpital psychiatrique de Port-au-Prince. Que lui est-il arrivé ?

    Le Bokor utilise la tétrodotoxine, présente dans les poissons-globe, comme base pour ses poisons. Le Lombard

    Elle a vraisemblablement été empoisonnée par la drogue des zombis, latétradotixine et d’autres substances. Peut-être par son mari… En fait elle a disparu pendant un assez long temps, une dizaine d’années. Et puis elle a été revue par hasard par sa sœur religieuse, errant dans les rues. Elle avait tout simplement été « zombifiée » et gardée en détention. Et puis un jour, lors du dernier grand tremblement de terre, la maison dans laquelle elle était retenue s’est effondrée et son maître et les gens qui la droguaient sont morts. Du coup l’effet des substances s’est appauvri au fur et à mesure, elle a pu recouvrer une partie de sa conscience, et c’est là qu’elle a été récupérée par sa sœur. Malheureusement les lésions psychiatriques sont tellement importantes qu’il lui a été difficile de récupérer toutes ses fonctions cérébrales, intellectuelles. Elle est pourtant soignée par un excellent psychiatre au centre de Port au Prince.

    C’est difficile, son expertise est en cours, le psychiatre essaie de vérifier par la génétique si elle est bien celle qu’on croit. Cette femme a été reconnue par ses enfants, qui viennent la voir - son mari lui refuse de venir. Et d’autres membres de sa famille comme sa sœur par exemple l’ont reconnue de façon assez indubitable. Elle donne des détails parfois sur sa vie privée. Ses traits physiques, sont tout à fait comparables à ceux de cette femme anciennement disparue et qui a été enterrée. La prochaine étape ce serait de rouvrir le cercueil et de vérifier s’il y a un corps dedans et si c’est le cas à qui appartient cette dépouille. Généralement quand on ouvre les cercueils des zombis, il n’y a pas de cadavre mais un tas de cailloux.

    Dernier type de zombi : le « zombi social »

    Le « zombi social » c’est celui qui occupe une place laissée vide. C’est un peu comme Le Retour de Martin Guerre (NDLR : un film français de 1982, qui raconte le retour dans son village natal d'un campagnard, après plusieurs années passées à la guerre). Lorsque quelqu’un a disparu à cause d’un cyclone, d’un tsunami, d’un tremblement de terre et Dieu sait malheureusement qu’Haïti a été gravement touchée récemment, il faut remplacer cet homme ou cette femme par quelqu’un d’autre, parce qu’il y a vraiment un manque pour la famille. Et dans ce cas-là il y a une sorte de reconnaissance tacite, de « mensonge » si on peut dire automatiquement « digéré » entre la famille et un individu choisi au hasard et qu’on décide de reconnaître comme étant ce zombi, cette personne disparue. Et on retourne à une nouvelle situation d’équilibre, tout simplement.

    Donc, par acceptation tacite, on reconnait comme soi-disant mort, enterré puis sorti de terre quelqu’un qui, en fait, est un parfait inconnu, et qui va remplir le rôle de ce papa mort, disparu et véritablement enterré et qui lui n’est pas ressorti de tombe - ou de cette maman de la même façon.

    Les personnes empoisonnées pour être zombifiées restent conscientes de tout ce qui se passe autour de leur corps. Le Lombard

    Dans votre livre vous expliquez qu’à cette personne, on va jusqu’à lui faire les cicatrices du disparu

    Oui, cela va très, très loin pour que les autres membres de la famille ou les amis ne puissent pas douter. On va lui inculquer des souvenirs - lui apprendre, comme un espion, sa vie. Et on va même jusqu’à marquer sa peau en lui faisant de fausses cicatrices, par exemple une fausse cicatrice d’appendicectomie (de retrait d’appendice en cas d’appendicite), ce qui peut d’ailleurs poser des petits problèmes de diagnostic si jamais il a ensuite des problèmes médicaux…

    Pour revenir au zombie le plus connu, le zombi toxique, on le voit il est condamné à la mort sociale, mais dans le même temps pendant la dictature des Duvalier on disait que les tontons macoutes comptaient des zombis dans leurs rangs. Donc c’est aussi synonyme de puissance ?

    C’est la puissance des ténèbres. C’est surtout la puissance non pas tant des zombis mais des faiseurs de zombis, les bokors. Vous savez que dans le vaudou haïtien les prêtres qui font le bien, qui servent les loas avec la main droite uniquement, s’appellent les oumgans, et les mambos pour les femmes. Ils travaillent dans des péristyles. En revanche ceux qui servent les loas avec les deux mains, la droite qui fait le bien et la gauche qui fait le mal, sont classiquement appelés les bokors.

    Et en fait les Duvalier entretenaient ce mythe d’une aide surnaturelle, d’une aide religieuse et surtout magico-religieuse de leur armée et de leurs forces spéciales par les bokors. C’était une façon d’instiller un tout petit peu la peur, en disant non pas « on a des zombis dans nos armées », mais surtout « nous avons des sorciers, nous avons des puissances ténébreuses et potentiellement maléfiques, mais en tous cas particulièrement agissantes, donc méfiez-vous, nous pouvons faire le mal partout, il suffit… d’un claquement de doigts ».

    Baron Samedi est le Loa de la mort et de la résurrection. Le Lombard

    L'anthropologue Philippe Charlier raconte les zombis en Haïti 23/03/2018 - par Christophe Paget Écouter

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