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    [Enquête] Soja: quand la déforestation s'invite dans nos assiettes

    media Dans la région du Chaco argentin, une parcelle de forêt part en fumée pour laisser place aux champs. Jim Wickens/Ecostorm/2017

    Acheter un poulet élevé en France contribue à la déforestation en Amérique du Sud. C’est le constat de l'ONG Mighty Earth. Une bonne partie du soja qui nourrit les animaux d’élevage français est en effet importé : du Brésil surtout, mais aussi d’Argentine et du Paraguay, où la production industrielle de ce soja OGM est directement liée à la déforestation. RFI s'associe à l'enquête de Mighty Earth et vous explique comment ce soja sale atterrit dans vos assiettes.

    La route du soja commence à plusieurs milliers de kilomètres de la France, tout près de l’ancienne propriété de Catalina Cendra, en plein coeur du Gran Chaco argentin. Avec sa famille, elle a vécu toute sa vie dans cette ferme près de Napenay. Dans le rapport « Quand la déforestation s’invite à notre table », que RFI a pu consulter avant sa publication, Catalina Cendra raconte à l’ONG Mighty Earth que la situation est soudainement devenue insupportable.

    Elle soutient que des épandages massifs d’herbicides sur les champs de soja voisins de sa propriété ont contaminé les plantes, l’eau, les puits. Puis, c’est elle qui est tombée malade. Deux de ses filles ont ensuite souffert de réactions cutanées et de maux de ventre. « Ils viennent, ils sèment, ils empoisonnent, ils récoltent et ils s’en vont, explique-t-elle. Pour moi, le soja n’est bon à rien, pas même à nourrir les animaux ». C'est pourtant son premier usage.

    La route des bulldozers et des feux de forêt

    Le Brésil est aujourd’hui le principal producteur de soja en Amérique latine et le premier exportateur vers l’Europe, qui l'utilise en grande partie pour nourrir ses animaux. Mais la région du Gran Chaco est aujourd’hui considérée par les organisations environnementales comme « la nouvelle frontière » de l’agrobusiness.

    Bien moins connue du grand public que l’Amazonie, elle n’en est pas moins menacée par la déforestation. Ses 110 millions d’hectares de forêts sèches recouvrent une partie de l’Argentine, de la Bolivie, du Paraguay et du Brésil. Avec 3 400 espèces de plantes, 500 d'oiseaux (dont de nombreux oiseaux migrateurs), la biodiversité du Gran Chaco est extrêmement riche. La région abrite aussi la plus grande variété de tatous au monde. Plusieurs communautés indigènes y vivent et dépendant de la chasse et de la cueillette pour leur subsistance. Elles sont donc directement impactées par la déforestation.

    Le coût n'est pas uniquement environnemental, on parle bien de vies humaines...
    Jim Wickens enquêteur de Mighty Earth en Argentine et au Paraguay 25/03/2018 - par Marie Normand Écouter

    Dans cette région, huit millions d’hectares de forêts ont disparu en seulement 12 ans, explique Mighty Earth, pour laisser place à l’élevage intensif et aux champs de soja. 15 125 hectares d'arbres ont été abattus rien qu’au mois de janvier 2018, selon Guyra Paraguay, une organisation environnementale.

    Les enquêteurs de Mighty Earth ont sillonné 4200 kilomètres de terres en suivant la route des bulldozers et des feux de forêt. Dans le Chaco argentin et paraguayen, ils ont consigné les coordonnées GPS de vingt cas de déforestation liés à la culture du soja. « La déforestation continue dans quatre provinces du nord de l’Argentine, confirme à RFI Charlotte Van der Tak, chargée de campagne chez Greenpeace Argentine. Pourtant, le pays s’est doté en 2007 d’une loi nationale de protection des forêts ».

    Cette loi a permis de réduire la déforestation mais elle tarde à être appliquée au niveau provincial. « Aujourd’hui, seules 27 % des forêts primaires subsistent en Argentine. L’amende à payer pour un acte de déforestation illégal est aujourd’hui trop largement compensée par ce qu’il rapporte », regrette Greenpeace Argentine, qui se bat aujourd’hui pour la criminalisation de tels actes.

    Studio graphique FMM

    Désastre sanitaire

    Au Paraguay aussi, la production de soja à grande échelle fait des ravages. Au-delà de la déforestation, la chercheuse paraguayenne Marielle Palau, coordinatrice d’un rapport pluridisciplinaire sur le sujet, explique à RFI que l’agriculture familiale a rapidement été grignotée par l’agrobusiness. Beaucoup de terres ont été rachetées légalement, d’autres ont été obtenues suite à des intimidations ou des violences. De plus, comme en Argentine, « les fumigations sur les champs voisins contaminent les points d’eau, intoxiquent les animaux, puis rendent les familles malades », assure Marielle Palau.

    Sur ces terres inhospitalières, le soja cultivé est en effet génétiquement modifié pour survivre à des épandages massifs de pesticides, comme le glyphosate. L’emploi systématique de ces produits phytosanitaires a des conséquences graves pour les populations locales, si l’on en croit le docteur Maria del Carmen Seveso. Elle travaille depuis plus de 35 ans dans l’unité de soins intensifs de l'hôpital provincial du Chaco, en Argentine. Depuis l’arrivée du cocktail « semences OGM et pesticides », elle observe la multiplication des cas de malformations congénitales, de cancers et de maladies respiratoires.

    Plusieurs de ses études ont été publiées sur le site du Réseau de santé populaire Ramon Castillo. En Europe, l’usage de ce type de pesticides est controversé. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré que le glyphosate était un cancérogène probable, mais Monsanto défend la sécurité de son produit. Le gouvernement français a déclaré son intention d’interdire le glyphosate d’ici fin 2020. Mais la France continue d’importer d’Amérique latine du soja qui en contient pour nourrir ses animaux d’élevage.

    Exportations vers la France

    L’enquête de Mighty Earth fait en effet apparaître les liens entre les zones déforestées en Argentine et au Paraguay, et des multinationales qui exportent du soja vers la France. Deux propriétés situées dans la région d’Avia Terai, en Argentine, confirment ainsi vendre leurs grains directement à Bunge. Le groupe possède un important silo dans cette zone. Avec Archer Daniels Midland (ADM), Cargill et Louis Dreyfus Company (LDC), cette multinationale américaine se partage le gâteau du négoce de matières premières au niveau mondial. Ces compagnies sont communément appelées les « ABCD ».

    D’autres producteurs argentins du Chaco affirment ne pas savoir qui achète leurs grains. Ils envoient leur marchandise à des coopératives situées à Rosario, à 1000 kilomètres au sud. C’est de ce port argentin que le soja prend ensuite la direction de la France. Les chargements arrivent en grande partie au port de Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire, qui en a accueilli 1,9 million de tonnes en 2017. « Aux importations directes passant par les ports français, il faut ajouter une quantité importante et presque impossible à tracer de soja qui arrive en France par le port de Rotterdam aux Pays-Bas », souligne Mighty Earth.

    Silvia Ponce vit à Avia Terai dans la province du Chaco, en Argentine. Sa fille de 9 ans, Aixa, a le dos recouvert de tumeurs. Les médecins pensent que cela pourrait être lié à l'exposition de Silvia aux pesticides pendant sa grossesse. Jim Wickens/Ecostorm/2017

    La production paraguayenne est elle plus difficile à tracer. Rien n’a été officiellement exporté vers l’Hexagone, selon les douanes françaises. « Normal, réagit Toby Gardner, chercheur à l’Institut de l’environnement de Stockholm et cofondateur de Trase. La France importe bien du soja paraguayen mais la marchandise transite d’abord par l’Argentine. Elle se confond donc avec les importations de ce pays ».

    Lancée en 2016 à la COP22, la Conférence sur le climat de Marrakech, et alimentée principalement par des données publiques issues des douanes ou des manifestes des compagnies de transport, la plateforme Trase permet d’identifier les terres sur lesquelles sont produits les graines et tourteaux de soja. Les différents tonnages de soja sont ensuite reliés à un exportateur et à un pays de destination. Objectif : responsabiliser les grands « traders » du soja, mais aussi les gouvernements en bout de chaîne.

    Impossible traçabilité ?

    Toby Gardner assure qu’il est impossible pour ces multinationales de savoir exactement où et comment sont produits les grains de soja qu’elles exportent. « Pour éviter de transporter des containers à moitié vides, certains peuvent même se fournir en grains chez leurs concurrents, explique-t-il. Autre source d’incertitude : le soja récolté auprès de différents producteurs est stocké au même endroit ».

    Pourtant, les ABCD assurent tous lutter contre la déforestation. Joint par RFI, Hervé de Praingy, le dirigeant de Cargill France ne s’avance pas sur les accusations portées par le rapport de Mighty Earth. « Je ne commenterai pas ce rapport tant que je ne l’aurai pas vu. Sachez que nous avons pris, au niveau du groupe, des engagements pour réduire le taux de perte des forêts naturelles à l’échelle mondiale de 50 % d’ici 2020 », déclare-t-il.

    Cargill s’engage également à « contenir » la déforestation en 2030. « Par ailleurs, pour l’année 2017 en France, nous n’avons importé aucun produit à base de soja en provenance de l’Argentine et du Paraguay », précise Hervé de Praingy. Les douanes françaises précisent cependant que ce sont les informations communiquées par les importateurs qui leur permettent d’établir leurs données. Ces informations peuvent toutefois être contrôlées a posteriori.

    Interrogée par RFI, Bunge reste vague, tout en rappelant un objectif similaire à celui de Cargill : « Notre but est de mettre au point une chaîne d’approvisionnement durable, sans déforester, écrit l’entreprise. Nos engagements et nos plans sont publics. Ils se basent sur la traçabilité et sur notre volonté d’augmenter nos sources d’approvisionnement dans des régions compatibles avec ces engagements. Nous développons également des incitations pour que les fermiers travaillent en ce sens ».

    Au Paraguay, les champs de soja grignotent la forêt. Jim Wickens/Ecostorm/2017

    Bunge déclare ainsi travailler avec des agences gouvernementales, d’autres entreprises et des ONG pour identifier des zones susceptibles d’accueillir une agriculture plus durable. Questionnée plus particulièrement sur la région du Gran Chaco, l’entreprise se défend de participer à la déforestation : « Nous surveillons les fermiers en utilisant des images satellites et des outils comme le Global Forest Watch. Nous n’avons découvert aucune déforestation liée directement à nos approvisionnements sur place ».

    Joint par RFI, Louis Dreyfus Company tient le même discours : « La durabilité est au coeur de nos procédures et de nos pratiques, notamment en matière de production de soja ». Concernant ses activités dans la région du Gran Chaco, LDC explique « ne posséder aucune ferme ni exploitation agricole en Argentine ». L’entreprise affirme se fournir dans d’autres régions du pays et « n’y achète qu’une petite partie de ses matières premières ». Concernant la durabilité, Louis Dreyfus Company déclare se conformer aux directives de l’Agence américaine pour l’environnement (EPA) et ne pas acquérir de graines de soja en provenance de terrains nouvellement déforestés. En 2016, « 40% du soja acquis par LDC en Argentine était conforme aux règles de l’EPA ».

    En ce qui concerne les importations vers la France, RFI est également entré en contact avec le Synacomex, le syndicat national d’exportation des céréales, qui regroupe notamment les branches françaises de Cargill et Bunge. Raphaël Latz, membre de la section import du syndicat explique à propos du Gran Chaco : « Nous travaillons sur des projets destinés à arrêter et à réduire la conversion des zones naturelles ». Par conversion des zones naturelles, il faut entendre déforestation. « Aujourd’hui, on essaie d’imposer des règles pour que ce soja soit durable, poursuit Raphaël Latz. Et pour qu’il soit durable, il faut que cela s’arrête, en effet ».

    Ces projets mentionnés par Raphaël Latz prennent plusieurs formes : des manifestes, des moratoires, des engagements. On peut notamment citer l’accord pris entre les ABCD il y a plus d’une décennie pour s’interdire d’acheter à des producteurs qui se livraient à la déforestation en Amazonie brésilienne. À l’avenir en France, cela passera par l’engagement pris par ces importateurs, réunis via le Synacomex, au sein de la plateforme Duralim.

    L'objectif est ambitieux : « Au plus tard en 2025, 100 % d’approvisionnements durables, avec un objectif zéro déforestation ». Ceci dit, il existe une nuance de taille dans les termes « zéro déforestation »: il n’est pas précisé si celle-ci doit être légale ou non. Certains pays autorisent en effet cette pratique sous certaines conditions et octroient des permis même dans des zones protégées. C’est le cas en Argentine et au Paraguay.

    Les membres de la plateforme Duralim doivent se réunir en juillet pour préciser les termes, mais tel que rédigé aujourd’hui, l’engagement interdirait seulement de se fournir en soja cultivé dans des zones déforestées illégalement. Celui produit dans des régions déforestées légalement leur serait toujours accessible.

    Le soja vogue vers l’Europe

    Environ 3,5 millions de tonnes de soja débarquent ainsi en France chaque année, dont les deux tiers sous forme de tourteaux, le résidu restant une fois l'huile extraite de la graine. Environ 12% proviennent d'Argentine et du Paraguay. « Le soja d’origine brésilienne se taille la part du lion », explique Patricia Le Cadre, responsable du pôle alimentation et filières de production animale au Centre d’étude et de recherche sur l'économie et l’organisation des productions animales (Céréopa). Il s’agit à 90 % de soja RR « Round-Up Ready » OGM. « En France, nous sommes attachés à la qualité brésilienne, son soja a un très bon apport protéique », explique-t-elle.

    Ce sont en effet les qualités nutritionnelles du soja qui en font l'allié quasi indispensable des éleveurs. « Nous devons complémenter les ressources fourragères des exploitations, explique Laurent Thiaucourt, directeur général de Lorial, une entreprise qui fabrique des compléments alimentaires pour les animaux d’élevage. L’herbe n’est pas faite obligatoirement pour faire du lait, pour faire de la viande. Les besoins physiologiques des animaux ne sont pas calqués sur la composition de telle ou telle herbe. Il faut donc tout naturellement venir complémenter ». C’est à cela que va servir le soja sud-américain. Transformé en tourteau, il est intégré dans des préparations que les éleveurs donnent ensuite à leurs bêtes pour améliorer leur productivité.

    Aucune mention de l'origine du soja qui alimente les animaux d'élevage français n'est obligatoire sur les étiquettes. (photo d'illustration) Getty Images/Lars Thulin

    Ces derniers savent-ils que ce soja est génétiquement modifié ? « C’est une problématique très forte dans la profession, explique Laurent Thiaucourt. Non pas du fait des éleveurs, mais des consommateurs, qui génèrent un besoin auquel on doit s’adapter ». Il poursuit : « Pour l’éleveur, sa vache va produire tout autant, que ce soit OGM ou non-OGM. Ce n’est pas un repoussoir pour l’éleveur que ce soit OGM ». Laurent Thiaucourt s’étonne d’un « deux poids, deux mesures », selon lui. « Si je vous dis "thérapie génique", vous avez un grand sourire. Pourquoi en a-t-on une image favorable en médecine humaine, et une image défavorable en production végétale ? »

    L’importation de ce soja est-elle indispensable pour autant ? « On développe une filière soja en France, explique Patricia Le Cadre. Mais il coûte plus cher à produire. Il faudrait donc que les animaux nourris avec soit également vendus plus cher, puisque ces tourteaux de soja sont en concurrence avec ceux d’importation ».

    « La volaille consommée en France, c’est 40% d’importation, renchérit François Cholat, président du Syndicat national de l'industrie de la nutrition animale (SNIA). Donc nous sommes extrêmement prudents en ce qui concerne la compétitivité de nos entreprises. Le haut de gamme on sait faire ! Mais ce qui nous intéresse, c’est de satisfaire les besoins quotidiens des Français ». Il consent que les filières soja sud-américaines « ne sont pas complètement transparentes », mais que « cela est en train de se mettre en place ».

    L’alimentation des animaux représente en effet la plus grande part des coûts pour un éleveur. « C'est 60 % de mes coûts de revient », s’exclame Hubert Simon. Cet éleveur de porc dans le Finistère a fait le pari d’aller plus loin que le cahier des charges Label Rouge. Il ne donne pas de soja OGM à ses bêtes. Il ne peut cependant pas faire l’impasse sur l’importation : « Proposer un produit de qualité à nos concitoyens, nos consommateurs, c’est notre défi. Mais pas à n’importe quel prix. On préfère donc importer encore un peu de soja, même si la filière française se développe ».

    Le métabolisme de l’étiquette

    La démarche d’Hubert Simon n’est cependant pas la norme en France. Bien des produits sur les rayons des supermarchés figurent la mention « Elevé en France », mais ne mentionnent pas l’origine de l’alimentation des animaux. Ni s’il a été nourri avec des OGM. L’étiquetage n’est en effet pas obligatoire.

    Christophe Noisette, rédacteur en chef du journal Inf’OGM, explique : « L’alimentation à base de soja transgénique Round-Up Ready dans l’Union européenne est totalement légale, et sa nature OGM est précisée auprès des éleveurs ». En revanche, note Christophe Noisette avec humour, « il y a un phénomène assez particulier : l’estomac des animaux métabolise l'étiquetage. Pour le dire plus simplement : du soja transgénique doit être étiqueté comme OGM. Mais un jambon issu d’un cochon nourri au soja transgénique ne doit plus être étiqueté OGM ».

    Visiblement, cela n’est pas près de changer : « La crainte des industriels, c’est que si l'on étiquette le jambon, le fromage, le lait, issus d’animaux nourris aux OGM, la pression des consommateurs les fasse retirer des rayons ».

    Il est possible en France, sur la base du volontariat, d’apposer une étiquette « sans OGM ». Mais celle-ci est peu utilisée : « Les producteurs craignent une déclassification, si jamais ils étiquettent un produit "sans OGM" alors que celui-ci, par inadvertance, pourrait être contaminé par des OGM ».

    « Impossible de faire autrement »

    Les industriels, la grande distribution et les groupes de restauration sont conscients de la situation. Mais ils estiment qu'il est trop compliqué de faire autrement. Danone explique ainsi que « le soja est peu cultivé en France, et provient principalement de pays producteurs de céréales comme le Brésil, l’Argentine ou les Etats-Unis. C’est la seule céréale qui peut être OGM lorsqu’elle est importée ».

    Le groupe déclare cependant être favorable aux programmes qui contribuent à développer la filière française. Même son de cloche chez le groupe LDC (Loué, Maître Coq), pour qui « la filière française n’est pas suffisante ». La marque Loué s’engage cependant à nourrir ses bêtes sans OGM. Des groupes comme Bigard, numéro 1 français de la viande, ou Sodexo n’ont pas souhaité répondre aux questions de RFI.w

    Dans la restauration rapide, Delphine Smagghe, vice-présidente Achats, Qualité, Logistique, Développement durable et Communication de McDonald’s France explique : « Pour l’alimentation de nos poulets, notre charte impose depuis 2006 un soja non-OGM et non issu de la déforestation ». La situation est en revanche différente pour la filière bovine. « Nous sommes représentatifs de l’élevage français ». Le soja est donc importé et OGM. Le service presse du groupe insiste, cependant : l'origine de ce soja est uniquement d'origine brésilienne.

    Carrefour, de son côté, communique depuis plusieurs années sur ses produits « issus d’une alimentation française ». Les œufs de la Filière Qualité Carrefour sont issus de poules nourries avec du soja d’origine France. Même chose pour le poulet fermier du Périgord Reflets de France. « Ce type de démarche permet de limiter l’importation d’aliments et les impacts environnementaux liés à leur production », soutient le groupe sur son site internet. Rémi Lecerf, Responsable Agriculture & Qualité chez Carrefour, assure que cela représente un différentiel de prix de l’ordre de 10 à 15% pour le consommateur. « Nous, on arrive à le faire, sourit-il. Mais c’est la multiplicité qui fait qu’on peut avancer ». Contactés par RFI, le groupe Auchan et Les Mousquetaires n’ont pas donné suite à nos demandes d’interviews.

    La France en tête de gondole ?

    Mighty Earth soutient que la France, marché crucial pour le soja sud-américain, a un grand pouvoir de levier. Dans son Plan climat présenté l’été dernier, le ministre de l’Ecologie, Nicolas Hulot, a promis de doter la France en 2018 d’une stratégie nationale pour mettre un terme à la « déforestation importée ». Les grandes lignes devraient se préciser au mois de juillet, précise le ministère. Greenpeace France s’en félicite. « Ce serait une première ! Il y a urgence à revoir notre modèle agricole basé sur les importations de soja. Mais il faut aussi réduire notre consommation de viande », explique Cécile Leuba, chargée de campagne.

    L’ONG estime surtout que la France ne peut pas agir seule : « Il faudra aussi porter ces ambitions au niveau européen. L’Union européenne a un poids différent lorsqu’il s’agit de négocier avec les pays producteurs de soja comme le Brésil et l’Argentine ». L’ONG estime d’ailleurs que les négociations UE-Mercosur ne vont pas dans le bon sens : « Si elles aboutissent dans les termes actuels, nos importations de bœuf voire de soja d’Amérique latine vont augmenter. Ce serait catastrophique ».

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