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    Amériques

    Election présidentielle mexicaine: la victoire annoncée d’AMLO

    media Le candidat Andres Manuel Lopez Obrador lors d'un meeting à Mexico, le 24 mai 2018. REUTERS/Ginnette Riquelme/File Photo

    Dimanche 1er juillet, près de 90 millions d’électeurs mexicains sont appelés à se prononcer dans le cadre d’élections générales. Des milliers de postes sont à pourvoir dont celui de président des Etats-Unis du Mexique. Après six années de présidence d’Enrique Peña Nieto et du PRI, le Parti de la révolution Institutionnelle, la route semble toute tracée pour le candidat de gauche Andres Manuel Lopez Obrador qui devance son principale adversaire de plus de 20 points dans les derniers sondages. En cas de victoire de celui que tout le monde surnomme AMLO, ce sera la première fois que la gauche dirigera cet immense pays. Portrait.

    Andres Manuel Lopez Obrador, AMLO pour les initiés, est tout sauf un inconnu pour les Mexicains. Cet homme de 64 ans a consacré près de quarante ans de sa vie à la politique.

    Il a commencé sa carrière dans le PRI avant de s’engager avec le PRD, le Parti de la révolution démocratique comme l’explique Hélène Combes, chercheuses au CNRS et spécialiste des partis et des mouvements sociaux en Amérique latine et en particulier au Mexique : « C’est un politique professionnel, qui a une grande carrière derrière lui. Il a notamment été dans les années 90 le président du principal parti de gauche, il a été maire de Mexico au début des années 2000 et c’est sa troisième candidature à l’élection présidentielle [après celles de 2006 et 2012]. Mais aujourd’hui il est sous la nouvelle étiquette d’une formation créée en 2014 [Morena, le mouvement de la régénération nationale] et qu’il a construite petit à petit depuis l’élection de 2006 en parallèle du parti auquel il appartenait. AMLO a finalement quitté le PRD après l’élection de 2012 dont il avait été aussi le candidat : le Parti de la révolution démocratique, ce parti de gauche dont il avait été président au milieu des années 90. »

    Le premier président de gauche du Mexique

    Sauf énorme surprise, Andres Manuel Lopez Obrador devrait s’imposer ce dimanche. Une victoire qui marquerait l’arrivée pour la première fois dans l’histoire du Mexique de la gauche au pouvoir. Une éventualité qui n’enchante pas forcément le secteur industriel mexicain qui craint une politique « à la vénézuélienne » suite aux déclarations d’AMLO durant la campagne électorale. Andres Manuel Lopez Obrador a notamment parlé de revenir sur la réforme du secteur de l’énergie (privatisation partielle de l’industrie pétrolière) et il envisagerait des nationalisations.

    Mais comme dans toute élection, il y a ce que l’on dit ou promet durant la campagne et la réalité. Andres Manuel Lopez Obrador va devoir composer avec la réalité bien particulière du Mexique, estime Alain Musset, professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et spécialiste du Mexique : « C’est quelqu’un qui peut sembler extrémiste, entre guillemets - parce qu’il a mis de l’eau dans son vin tout de même. Il est à la fois craint et détesté. Tout le secteur de l’entreprenariat mexicain a peur de lui, bien qu’il ait précisé qu’il n’était pas l’ennemi des entrepreneurs. Il a fait aussi une proposition qui a été très mal perçue par ses adversaires et une grande partie de l’opinion publique : pour résoudre le problème de la violence et du crime organisé, au lieu de s’en remettre uniquement à la force, il a proposé une amnistie avec l’accord évidement des victimes, à partir du moment où les membres des cartels acceptaient de renoncer à leur activité. »

    Une nouvelle approche pour lutter contre la corruption et la violence

    La lutte contre la violence et contre le narcotrafic est l’une de ses priorités. Mais selon Andres Manuel Lopez Obrador, pour s’attaquer à cette violence endémique, il faut changer d’approche par rapport à ce qui a été fait ces dernières décennies. Pour lui, ce fléau est la conséquence d’un autre problème également endémique au Mexique, comme il l’a encore rappelé lors de son dernier meeting de fin de  campagne dans le stade Azteca à Mexico : « Le principal problème du Mexique est la corruption qui est la cause principale des inégalités sociales et des déséquilibres économiques. Et cette corruption est également la raison pour laquelle la violence et l’insécurité ont explosé. Nous sommes les premiers à faire cette analyse, à la partager et à nous engager à mettre un terme à cette corruption, ce cancer qui est en train de détruire le pays. »

    Pour s’attaquer à ce fléau, Andres Manuel Lopez Obrador compte réduire les dépenses publiques et baisser les plus hauts salaires dans la fonction publique. « Il veut faire en sorte que les fonctionnaires soient moins dispendieux, ce qui lui permettra également de récupérer de l’argent public par ce biais-là », explique Hélène Combes qui a suivi la campagne d’AMLO. « Mais cet intérêt pour la lutte contre la corruption sera peut-être son talon d’Achille, parce qu’il aura sans doute du mal à contrôler ses troupes. Et en mettant l’accent sur cette question-là, il va aussi attirer l’attention sur les pratiques de ceux qui ont été élus sous l’étiquette de sa formation politique [Morena] », estime-t-elle.

    Outre cette approche nouvelle pour lutter contre la violence et la corruption, il ne faut pas oublier son idée d’amnistie pour les membres des cartels. Une idée qui semble compliquée à mettre en œuvre et qui ne bénéficie pas pour l’instant du soutien des Mexicains. Il faut préciser aussi que ces derniers mois, la violence a explosé au Mexique. Plus de 120 candidats ont perdu la vie durant cette campagne électorale. Pour l’année 2017, le Mexique a enregistré 25 339 assassinats, un record depuis que des statistiques sont élaborées. Et rien que pour les cinq premiers mois de cette année 2018, on dénombre déjà plus de 13 000 victimes, preuve qu’il s’agit bien du problème le plus urgent à résoudre.

    Une relation avec Donald Trump qui s'annonce houleuse

    Parmi les autres défis qui attendent Andres Manuel Lopez Obrador, il y a également la question des relations bilatérales entre le Mexique et les Etats-Unis. De nombreux sujets sont sur la table : la question du mur à la frontière entre les deux pays, la question du traité de libre-échange nord-américain (ALENA), le problème migratoire ou encore le trafic de drogue et la lutte contre les cartels. Des sujets sur lesquels le président américain Donald Trump ne semble pas prêt à faire la moindre concession.

    Mais avec l’arrivée à la présidence mexicaine d’Andres Manuel Lopez Obrador, Donald Trump va devoir faire face à un homme de conviction et qui n’est pas prêt lui non plus à céder. « Andres Manuel Lopez Obrador, par rapport aux autres hommes politiques mexicains, n’est pas de ceux qui sont prêts à accepter n’importe quoi pour obtenir une chose. AMLO sera beaucoup plus dur en affaire avec les Américains. Il va multiplier les parades nationalistes sur un certain nombre de sujet, ce qui ne l’empêchera pas en même temps de négocier. Il y a un autre facteur qui est essentiel dans la relation entre ces deux pays, c’est que l’économie américaine vit en symbiose avec l’économie mexicaine. Par exemple au niveau de l’économie légale, il y a des pièces qui sont fabriquées pour Boeing dans le nord du Mexique qui sont absolument indispensables pour la fabrication des avions. Quant à l’économie "parallèle", toute une partie de l'économie nord-américaine vit de la main d’œuvre clandestine mexicaine. Si on enlève ces travailleurs, il n’y a plus de récoltes dans l’agriculture américaine, toute une partie de l’industrie des services qui s’arrête. Ce sont des chauffeurs de taxis qui ne sont plus là, des bonnes, des gardes-enfants, des jardiniers, etc. », explique Gilles Bataillon, directeur d’étude à l’EHESS, spécialiste de l’Amérique latine.

    La victoire annoncée d’Andres Manuel Lopez Obrador va non seulement marquer une rupture dans l’histoire politique du pays, parce que pour la première fois le Mexique sera dirigé par un homme de gauche, mais cette victoire sera également une défaite pour les trois formations politiques traditionnelles.

    Le PRI, après six années de présidence d’Enrique Peña Nieto, a perdu une partie de son crédit au niveau national, mais comme le souligne Alain Musset : cette formation « ne risque pas de disparaitre parce que les structures du parti sont là, c’est une formation présente sur le terrain qui dirige des Etats et comme le PRI a dirigé le pays pendant plus de soixante-dix ans, toute la structure administrative, politique et même culturelle contribue à maintenir ce parti. » Ce risque de disparition ne concerne pas non plus le PAN, le Parti d’action nationale, seule véritable formation nationale de droite.

    Mais pour le PRD, l’ancien parti d’Andres Manuel Lopez Obrador (qui est également passé par le PRI), une victoire d’AMLO pourrait marquer la fin de cette formation, toujours selon Alain Musset. Surtout que ce parti de gauche, faute de candidat crédible, s’est allié pour cette élection présidentielle au PAN, ce que ne semble pas près de pardonner ses partisans.

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