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    Amériques

    Le Brésil en quête d’un avenir politique

    media Manifestantes hostiles au gouvernement REUTERS/Adriano Machado

    Miné par les crises politiques, les problèmes économiques et les scandales de corruption à répétition, le Brésil fait face à l’une des pages les plus sombres de son histoire politique à seulement quelques mois de la prochaine élection présidentielle. Dans une société de plus en plus divisée qui s’interroge sur la fiabilité de ses institutions et la crédibilité de ses hommes politiques, le Brésil cherche une sortie pour se reconstruire un avenir légitime et salvateur.

    Jamais l’histoire moderne du Brésil n’a été confrontée à autant d’incertitude politique. Le Parti des Travailleurs (PT) qui a largement dominé le paysage politique pendant plus d’une décennie a connu, sous la pression des scandales et des règlements de comptes politiques, plusieurs crises majeures qui ont entrainé la destitution (impeachment) de la précédente présidente Dilma Rousseff et l’incarcération de la figure emblématique de la gauche brésilienne, l’ex-président Lula da Silva, qui reste malgré tout le grand favori de l'élection du 7 octobre prochain.

    Face au PT et à la dizaine de petits candidats dont les performances sont très loin derrière le peloton de tête, deux figures émergent : celle de Jair Bolsonaro, principal opposant à Lula, proche des paramilitaires et des églises évangélistes, qui porte les valeurs de la puissante droite conservatrice et réactionnaire ; et Marina Silva, ancienne ministre de l’Environnement de Lula qui s’est déjà présentée deux fois à la présidentielle.

    Enfin un paysage politique marqué également par un président en exercice, Michel Temer, du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), qui fait l’objet actuellement, avec deux de ses ministres, d’une enquête de la Cour suprême du Brésil malgré son immunité, pour une affaire de corruption estimée à 3 millions de dollars, qui l’a amené à renoncer aux élections.

    Le président brésilien Michel Temer a annoncé lors d'une allocution jeudi 18 mai qu'il ne démissionnerait pas. REUTERS/Ueslei Marcelino

    Des scandales de corruption à répétition

    Il ne se passe pas une journée sans que la presse brésilienne ne relate un nouveau développement dans une affaire de pots-de-vin, ou de blanchiment d’argent détourné. Ces scandales à répétition, qui ont mis en lumière l’extraordinaire niveau de corruption existant dans le pays impliquant certaines des plus grandes compagnies brésiliennes et de très nombreuses personnalités politiques du pays, ont sérieusement discrédité aux yeux de l’opinion tout un système et ses institutions.

    Le scandale du « Mensalão » (le scandale des mensualités) en 2005, fut dans cette série d’affaires, un premier séisme qui ébranla le gouvernement au pouvoir, le PT, et entacha sérieusement son image. Ce qu’on appela l’affaire du « Mensalão » fait référence à un réseau d’achat massif de votes au Parlement pour soutenir des projets du pouvoir exécutif. Les députés touchaient un pot-de-vin en échange de leur vote en faveur des projets de lois favorables au PT. Après la révélation de ce système de corruption et sept ans d’enquête où seront auditionnés plus de 600 témoins, un énorme procès, en 2012, révèlera qu’entre 2002 (arrivée du PT au pouvoir) et 2005, plus de 101 millions de reales ont été détournés, soit plus de 40 millions d’euros. Mais le procès met surtout au banc des accusés 38 personnalités politiques de premier plan au rang desquelles se trouve l'équivalent du Premier ministre du Brésil José Dirceu, le ministre de la Communication Luiz Gushiken, le ministre des Transports Anderson Adauto, d’anciens ténors du PT et une douzaine de membres du Congrès appartenant aux quatre partis alliés au PT. A l’issue du procès et pour la première fois depuis la fin du régime militaire en 1985, le Tribunal suprême fédéral inflige des peines d’emprisonnement et de lourdes amendes pour corruption et association de malfaiteurs à des personnages clés du pouvoir. Bien que la figure historique du PT Luiz Inacio Lula da Silva et sa présidente Dilma Rousseff ne soient pas impliqués dans cette affaire, ils en sortent éclaboussés et jusqu'à présent suspects pour une partie de l’opinion publique qui ne fonde plus ses espoirs dans la gauche brésilienne.

    Le scandale Petrobras et les révélations des cadres d'Odebrecht n'en finit pas de provoquer des soubresauts politiques. REUTERS/Ueslei Marcelino

    L’enquête tentaculaire de l’opération « Lava-Jato »

    Mais l’énorme scandale, dont l’onde de choc hypothèque toujours l’avenir du Brésil, c’est l’opération « Lava-Jato » (Lavage express). Une enquête tentaculaire, révélée en 2014 qui n’en finit plus d’impliquer des politiques de tout bord et des grands chefs d’entreprises du pays.

    Tout a commencé avec une perquisition dans une station-service pour une affaire locale de blanchiment d’argent. Mais cette enquête, banale en son début, révèle progressivement un gigantesque système de corruption tournant autour de Petrobras, la grande entreprise brésilienne de pétrole. Pour ce faire, de nombreuses entreprises principalement du BTP (bâtiments et travaux publics), s’organisaient entre elles pour se partager les appels d’offres de l’entreprise d’Etat, en appliquant une surfacturation de 1% à 5% de leurs prestations. L’argent ainsi collecté était ensuite reversé dans les caisses de partis politiques ou plus directement à certaines personnalités. Le système rapportera durant des décennies plusieurs millions de dollars. Il coûtera plus de deux milliards de dollars à la compagnie nationale Petrobras.

    Le juge Sergio Moro, qui mène cette enquête et réalise de très nombreuses arrestations notamment parmi les dirigeants des entreprises concernées, s’intéresse particulièrement à Marcelo Odebrecht, l’ex-patron de l’entreprise du même nom, l’un des plus grands groupes d’Amérique latine. Odebrecht surnommé « le prince » est un pilier du système. Son groupe est accusé de blanchiment d’argent, d’entente sur les prix et de corruption, et d’avoir très largement arrosé de nombreuses personnalités de droite comme de gauche au Brésil. Il est aussi accusé d’avoir versé par ce système près de 800 millions de dollars à des dirigeants politiques étrangers (en Colombie, en Argentine, au Pérou, au Venezuela, au Mexique…) pour financer leurs campagnes électorales et obtenir des contrats, ébranlant parfois le sommet du pouvoir de ces pays comme ce fut le cas notamment au Pérou et en Equateur.

    La procureure générale Grace Mendonça en charge de l’affaire Odebrecht a passé un accord début juillet avec l’entreprise pour qu’elle verse la somme de 2,7 milliards de reales, soit près de 700 millions de dollars à l’Etat brésilien pour sa responsabilité dans ce système de pots-de-vin aux vastes conséquences politiques.

    Le paysage politique à trois mois des élections présidentielle et législatives

    Des dizaines de personnalités politiques de tous bords ont déjà été mises sous les verrous. De nombreuses enquêtes sont toujours en cours et de multiples procès continuent de juger différentes affaires liées à ce gigantesque réseau de corruption révélé par l’opération « Lavage express ».

    Dans ce contexte, le président de la République Michel Temer, lui-même affaibli par les affaires de corruption, a renoncé à briguer un nouveau mandat lors de la présidentielle d’octobre. Dans l’affaire Odebrecht, la multinationale qui a accepté de collaborer avec la justice affirme que Michel Temer était au courant en 2014 des versements de dessous de table au sein de son parti le PMDB, estimés à environ 3 millions de dollars. De plus, la Cour suprême du Brésil s’intéresse aussi maintenant au président à propos d’une nouvelle enquête, concernant deux de ses actuels ministres suspectés d’avoir touché des pots-de-vin dans l’affaire Odebrecht. Le juge Edson Fachin, de la Cour suprême du Brésil, a pris la décision de permettre à la police fédérale d’enquêter sur cette affaire en dépit de l’immunité dont bénéficie le président en exercice.

    A Sao Paulo, des manifestants réclament la démission du président Michel Tremer après les révélations de O Globo, le 17 mai 2017. REUTERS/Nacho Doce

    Dans ce paysage dévasté par les affaires, Luiz Inacio Lula da Silva (Lula), le candidat qui rassemble le plus d’intentions de vote aux prochaines élections (33% d’après l’institut de sondage Ibope) est en prison, et n’est même pas sûr de pouvoir se présenter compte tenu de sa condamnation en deuxième instance. Le 15 août sera la date limite d’inscription des candidats par les partis et les coalitions pour les élections, à l’issue de quoi le Tribunal supérieur électoral statuera sur l’acceptabilité des candidatures.

    Accusé d’avoir reçu un appartement en bord de mer en guise de pot-de-vin pour favoriser une entreprise de bâtiment dans l’affaire Petrobras, Lula, incarcéré depuis avril dernier, a été condamné à une peine de 12 ans et un mois de prison pour corruption. Le leader historique de la gauche brésilienne clame son innocence, explique qu’il n’a jamais mis les pieds dans ce fameux appartement dont il ignorait l’existence et se dit victime d’une manipulation politique pour le discréditer et l’empêcher de se présenter aux élections. Il demande que la Constitution soit respectée et se déclare candidat à l’élection présidentielle. Le juge Sergio Moro, le héros de l’opération « Lavage express », qui a demandé l’arrestation de Lula, aurait déclaré à son propos en 2016 : « Certainement, tous les éléments probatoires sont questionnables, mais dans cette phase préliminaire, on n’exige pas une conclusion quant à la véracité de la responsabilité criminelle, mais juste une cause », confirmant ainsi qu’à ce moment-là, il n’avait pas de preuve concernant la culpabilité de Lula…

    Un homme prend un selfie devant le drapeau du parti travailliste (PT) sur lequel est inscrit «Lula innocent», ce jeudi 20 juillet, à Rio de Janeiro, au Brésil, lors d'une manifestation contre la condamnation de l'ancien président. REUTERS/Pilar Olivares

    En face de la candidature de Lula, celle du député fédéral Jair Bolsonaro (PSL) et celle de l’ex-sénatrice Marina Silva (Rede) sont techniquement à égalité dans la course présidentielle, dans le cas où Luiz Inacio Lula da Silva ne pourrait pas se présenter. Dans ce scénario, d’après l’institut de sondage Ibope, Jair Bolsonaro serait crédité de 17% des intentions de vote contre 13% pour Marina Silva, suivi loin derrière par Ciro Gomes (PDT, Parti Démocratique Travailliste) avec 8% et Geraldo Alckmin (PSDB –Parti de la Social-Démocratie Brésilienne) avec 6%. Dans cette configuration les votes blancs et nuls représenteraient environ 33%.

    En revanche, si Lula est autorisé à se présenter, les mêmes sondages Ibope le créditent de 33% d’intentions de vote, Jair Bolsonaro atteindrait 15% et Marina Silva 7%. Dans cette option les votes blancs et nuls représenteraient 22%.

    Jair Bolsonaro, le candidat de toutes les droites

    Quel que soit le scénario, Jair Bolsonaro est, à l’exception de Lula, le candidat le mieux placé actuellement dans la course à la présidentielle. Le député fédéral est devenu le champion des courants de droite conservateurs et réactionnaires, proche des paramilitaires et des églises évangélistes qui se développent en dénonçant la corruption, les intrigues et l’échec de la gauche qu’a incarné le PT.

    Jair Bolsonaro, qui dit ne pas se définir d’extrême droite, appartient, comme le résume le journal Basta, au courant conservateur très puissant dit de « Bancada B.B.B. » pour « Balle, Bible, Bœuf » qui regroupe des parlementaires liés à la police militaire, aux églises évangélistes et à l’agrobusiness. Nostalgique de la période de la dictature militaire (1964-1985), il est attaché aux valeurs de la famille chrétienne et patriotique et aux intérêts de l’oligarchie des propriétaires terriens.

    Jair Bolsonaro est connu pour ses provocations et ses formules misogynes, homophobes et racistes, comme lorsqu’il proclamait à la chambre des députés : «Les droits de l’Homme ne servent qu’à défendre les bandits, les violeurs, les kidnappeurs, les marginaux et les corrompus», ou quand il rendait hommage au colonel Ustra qui était bien connu pour ses interrogatoires en utilisant la torture pendant la dictature.

    Non touché à ce jour par les scandales de Petrobras, il fait cependant l’objet d’une enquête par le Tribunal suprême fédéral suite à des propos injurieux tenus à l’Assemblée envers les femmes et pour «incitation au viol» suite à un accrochage en 2014 avec une députée qui n’était pas de son bord.

    Marche dans les rues de Rio de Janeiro pour protester contre l'assassinat de la militante brésilienne, Marielle Franco le 15 mars 2018. ©REUTERS/Ricardo Moraes

    Entre crise économique, insécurité croissante (un demi-million de morts par homicide entre 2006 et 2016), corruption et intrigues politiques, le Brésil désabusé se cherche encore, dans ce paysage perturbé, un nouvel élan pour dessiner son avenir.

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