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    [Portrait] Brésil: Lula, la lutte

    media Lula avait donné un dernier discours avant de rendre à la police fédérale, à Curitiba. REUTERS/Leonardo Benassatto

    Il a été le président du Brésil de 2003 à 2010, et veut se représenter à l’élection présidentielle de 2018. Aux derniers sondages, Luiz Inácio Lula da Silva rassemble encore 41 % des intentions de vote, de quoi lui assurer un passage au second tour. Mais aujourd’hui, le cofondateur du Parti des travailleurs (PT) est derrière les barreaux, condamné à douze ans de réclusion pour corruption passive et blanchiment d’argent. Il ne sait toujours pas s’il pourra être candidat, mais l’ancien président est un habitué des retours en politique : il ne renonce toujours pas à briguer un troisième mandat. Portrait de cette icône de la gauche brésilienne.

    Voilà plus de 100 jours qu’il est emprisonné. Les cheveux gris, mal coiffés, le regard toujours aussi vif malgré ses traits tirés. Dans sa cellule de quelques mètres carrés de la prison de Curitiba, dans le sud du Brésil, Lula continue pourtant de faire parler de lui. Le 8 juillet dernier, le pays entier a même cru qu’il serait libéré : le juge d’une cour d’appel de Porto Alegre avait fait sensation en ordonnant la sortie immédiate de prison de l’ancien président. Mais cet imbroglio judiciaire n’aura finalement rien donné. Lula reste incarcéré pour corruption et blanchiment d’argent.

    41 % des intentions de vote

    Les partisans de Lula étaient comme dans des montagnes russes, passant en quelques heures de la joie aux larmes. Malgré sa condamnation, ils sont en effet encore nombreux à croire en lui, et surtout à croire en sa candidature à l’élection présidentielle du 7 octobre prochain. Pourtant, aucun ne saurait encore dire si le tribunal électoral le laissera se présenter.

    Dans les enquêtes d’opinion, quand le nom de Lula est proposé, le « pétiste » apparaît en première position, avec 41 % des intentions de vote. Plus d'un tiers des électeurs perçoit donc l’ancien président comme étant celui qui peut redresser le pays. Celui que, selon eux, l’élite veut écarter, rejetant l’ouvrier métallurgiste qui n’a pas fait d’études.

    Le « père des pauvres »

    Car ce n’est pas pour rien que Luiz Inácio Lula da Silva est appelé « le père des pauvres » : né le 27 octobre 1945, il est le septième enfant d’une fratrie de huit et a grandi dans une famille d’agriculteurs pauvres de l’Etat du Pernambouc, dans le Nordeste du Brésil. Son père a été le premier à quitter la région, en quête d’un autre avenir. Puis, c’est sa mère qui décide de partir avec sa famille pour échapper à la misère, comme l’ont fait des milliers de Brésiliens à cette époque. Destination São Paulo, le centre industriel du Brésil.

    Lula a 7 ans et sait déjà ce qu’est la faim. C’est probablement ce qui explique qu’il en ait fait un cheval de bataille pendant sa carrière politique, notamment à travers son programme « Faim Zéro », qui garantit un accès aux produits alimentaires de base. « J’ai promis, j’ai lutté, et j’ai tenu ma promesse afin que tous les Brésiliens aient droit à trois repas par jour, et ne connaissent pas la faim que j’ai connue enfant », aime-t-il aujourd’hui rappeler. C’est aussi la faim qui l’a poussé à s’improviser vendeur ambulant de cacahuètes, de tapioca, et d’oranges dans les rues paulistes.

    Des débuts syndicalistes

    Très vite, à l’âge de 14 ans, il devient ouvrier dans la métallurgie. Parce qu’il l’a lui-même vécu, Lula est aujourd’hui vu comme le porte-parole de la lutte ouvrière. Une parole qu’il défend dès 1968, en entrant au syndicat des métallurgistes des usines Villares à São Bernardo do Campo. Sept ans plus tard, il est élu président du syndicat, avec 92 % des votes et 100 000 ouvriers sous son égide. Populaire et charismatique, Lula est soutenu par des métallurgistes de différentes tendances politiques. Dans sa peau, reste gravée la cicatrice causée par une machine qui a arraché son auriculaire gauche. Comme un symbole qui le rapproche de tous ceux qui subissent quotidiennement leurs conditions de travail.

    Les trente premières années de sa vie sont donc synonyme de lutte. Lutte contre sa propre pauvreté, mais aussi lutte syndicale. En 1964, la naissance de la dictature militaire au Brésil ne fait que renforcer son esprit déjà revendicatif : dans ce contexte, il a le profil qui le rapproche de la majorité du peuple brésilien. Il est un enfant pauvre, travailleur dans la métallurgie, dans un pays qui compte 3 800 000 ouvriers cette même année. C’est parce qu’il croit à la démocratie en pleine dictature qu’il décide en 1980 de fonder le Partido dos Trabalhadores (PT) en compagnie d’autres syndicalistes, d’intellectuels et de figures de la gauche catholique. Une manière pour Lula d’« affronter la dictature », alors que les grandes grèves éclatent dans le pays. Il prend la tête du mouvement, défendant les droits des travailleurs.

    Trois défaites consécutives

    Cette même année, il connaît d’ailleurs son premier séjour en prison. En rejoignant le mouvement Diretas Já, qui réclame des élections directes et contribuera à mettre un terme au régime militaire, Lula met les deux pieds dans la politique.

    Il n’en sortira plus, malgré trois défaites en tant que candidat du PT à la présidence de la République, d’abord en 1989, premier scrutin démocratique depuis le début de la dictature militaire, puis en 1994 et 1998.

    Il lui faut encore attendre 4 ans avant d’obtenir 46,4 % des suffrages au premier tour, et 61,3 % au second, contre José Serra, candidat du PSDB (Parti de la social-démocratie brésilienne). Son passé d’ouvrier est mis en avant, mais son discours est lissé au point d’en faire disparaître les références au socialisme, le mot lutte, et ses sermons prononcés à l’encontre du capitalisme, afin d’obtenir une plus large adhésion. Une manoeuvre qui fonctionne, mais qui pousse plusieurs de ses soutiens, présents depuis la fondation du PT, à pousser la porte de la sortie.

    Puis, Lula est cité dans une première affaire de corruption : celle du scandale du Mensalão, dont il sortira indemne en 2005. Il brigue même un second mandat, dès 2006, où il est élu au second tour avec 60,8 % des voix.

    → A (RE)LIRE : Le Brésil en quête d’un avenir politique

    C’est la loi qui l’obligera à quitter la présidence en 2010. La Constitution brésilienne interdit en effet de cumuler trois mandats d’affilée. Il part, mais la tête haute, achevant ses deux derniers mandats avec 87 % d’approbation, pour laisser la place à Dilma Rousseff, à l’époque ministre d'État et chef de cabinet de l’ancien président.

    C’était le calme avant la tempête. D’abord, parce que Lula est diagnostiqué d’un cancer du larynx en octobre 2011. Guéri dans les mois qui suivent, son nom est ensuite cité en 2016 dans l’affaire Petrobras, tout comme celui de Dilma Rousseff, destituée le 30 août 2016. En pleine débâcle politique, Lula perd sa femme, Marisa Leticia, victime d’un AVC. Et puis, malgré ses multiples recours, il n’échappera pas à la prison.

    Un pays divisé

    Nombreux sont ceux qui sont satisfaits de cette condamnation. Pour eux, l’emprisonnement de Lula est une manière de prouver que personne ne surpasse les lois et que la lutte contre la corruption est efficace. Et si ses erreurs pèsent largement dans la balance pour certains, l’ancien président continue pourtant à attirer les foules, rassemblant les nostalgiques du programme social de la Bolsa familia. Beaucoup d’entre eux se moquent d’ailleurs de sa condamnation. A leurs yeux, l'important reste ce qu’il a fait pour les pauvres quand il était président. Lula se félicite régulièrement d’avoir sorti de l’extrême misère 36 millions de personnes.

    Pour André Singer, politologue brésilien, « le 'lulisme' ne meurt pas avec la condamnation de l’ancien mécanicien-tourneur. Mais il devra se réinventer pour survivre sans la liberté de celui autour duquel le mouvement a grandi, au point d’arriver à la présidence de la République ».

    Depuis sa cellule, Lula, lui, continue de lutter pour sa liberté, pour se présenter à la prochaine élection présidentielle*. Il affirme que cette nouvelle campagne n’était pas dans ses plans. Mais devant ce qu’il qualifie de « désastre qui s’abat sur le peuple brésilien », Lula a la certitude de pouvoir faire en sorte que le pays reprenne le chemin de la démocratie et du développement. « Je suis candidat parce que je n’ai commis aucun crime. Je défie ceux qui m’accusent de me montrer des preuves de ce que j’ai fait pour être dans cette cellule. (...) Ils veulent me vaincre ? Qu’ils le fassent de manière propre, dans les urnes. »

    *Le 15 août est la date limite pour que les partis et les coalitions déposent à la Justiça Eleitoral (au Tribunal supérieur électoral) l’inscription de leurs candidats.

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