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    Colombie: les cultivateurs de coca attendent les programmes de substitution [Reportage]

    media Colombie: les fonctionnaires pré-enregistrent les paysans qui souhaitent s’insérer dans les programmes de substitution aux cultures de coca ou marihuana, ici à Miranda dans le Cauca en mai 2018. RFI/Véronique Gaymard

    En Colombie, les accords de paix signés en novembre 2016 entre le gouvernement et la guérilla des Farc prévoient un chapitre sur la réforme agraire. Les autorités veulent combiner ce chapitre à celui des cultures illicites de la coca et de la marijuana, et commencent à pré-enregistrer les familles qui souhaitent se soumettre aux programmes de substitution de ces cultures. Mais celles qui acceptent de se plier à ces règles font aussi l’objet de menaces de la part des groupes criminels qui veulent continuer leur juteux trafic. Reportage dans le Nord-Cauca, au sud-est de Cali.

    de notre envoyée spéciale,

    Les familles de paysans de toute la région de Miranda, de la plaine à la montagne, avaient rendez-vous ce jour-là avec les représentants de l’Etat. Sous un grand kiosque au toit de palme, les fonctionnaires pré-enregistrent sur des ordinateurs portables celles et ceux qui veulent s’engager dans le programme de substitution.

    « Dans quel endroit avez-vous des plantations, madame ? » demande un des représentants de l’Etat à Maria, une vieille dame qui ne sait ni lire, ni écrire. « Et vous cultivez la coca ? combien mesure le champ ? combien de coca ? et la ferme fait quelle taille en tout ? ». Le fonctionnaire inscrit tous ces renseignements dans un tableau Excel sur son ordinateur. Toutes ces données seront analysées à Bogota.  

    « Cultiver la coca et la marijuana, ça n’apporte que des problèmes »

    A côté de Maria, la soixantaine, Luigi, un jeune homme de 21 ans, s’inscrit lui-aussi sur les listes. Dans ses champs, il cultive des bananes, du manioc, du café et de la coca. Il a fait 4 heures de moto pour venir jusqu’à Miranda. « J’ai presque un hectare entre la coca et le café » précise Luigi qui indique vouloir arracher les plants de coca « parce que c’est illicite et ça n’apporte que des problèmes » . « On veut éviter ça, et puis j’ai une famille ! Le monde de la coca fait du mal aux jeunes. Moi j’apprends à souder, pour trouver un autre travail, je ne veux plus faire ce qu’on faisait jusqu’à présent ».

    Briceida elle aussi a décidé de se lancer. Leader paysanne très hostile au gouvernement, membre de la COCCAM (coordination des cultivateurs de coca, marihuana et pavot), elle veut croire aux Accords de paix avec les Farc.

    Briceida Lemo Rivera, membre de la COCCAM (Coordination nationale des cultivateurs de coca, pavot et marihuana), partisane des programmes de substitution des accords de paix, menacée par des groupes armés liés au trafic de drogue dans le Nord Cauca. RFI/Véronique Gaymard

    Et selon elle, ce sont aussi les politiques agricoles mises en place par les coopératives de l’Etat qui ont poussé les agriculteurs à se tourner massivement vers la coca puis vers la marihuana pour survivre. « Dans les années 70, explique-t-elle, on a grandi dans cette région qui était consacrée au café. On avait des avocatiers, des orangers, des bananiers, et un café arabique spécial, qui n’avait besoin d’aucun produit chimique. Lorsque la fédération du café est arrivée, elle a dit aux paysans que ce café ne valait rien, que son café était mieux, qu’il pouvait donner jusqu’à deux ou trois récoltes par an », poursuit-elle. « Les gens ne savaient pas que ce café était lié à des produits chimiques. Quand les paysans ont réalisé que ces cafés impliquaient beaucoup d’investissements, ils ont commencé à demander des prêts aux banques. Et puis il y a eu le champignon du café qui a ravagé les cultures. Du coup, entre l’endettement et les pertes,  les paysans ont coupé tout le café et ils ont décidé de planter de la coca qui était bien plus rentable ».

    « On n’est pas des trafiquants de drogue, on tente juste de survivre »

    Briceida tient à rappeler que les petits paysans comme elle et tous ceux qui sont ici pour s’inscrire n’ont fait que tenter de survivre. « Nous les paysans, on n’est pas des trafiquants de drogue. On a perdu notre culture, on a perdu des vies, on a été en prison, on a été sur le point de perdre nos terres. Tout ça a justifié la guerre aux yeux des autorités, le plan Colombie, le plan de consolidation, des plans soufflés par les Etats-Unis qui ont été implantés ici. Mais la seule chose qu’ils ont laissé sur leur passage, ce sont des morts. »

    Le plan Colombie et le plan « consolidation » ont permis aux Etats-Unis d’injecter des aides pour l’éradication des cultures de coca et pour lutter contre la guérilla des Farc, très implantée ici dans le nord Cauca. Cette fois, avec les accords de paix, un plan d’aide est prévu explique Jaime, représentant de l’Etat pour la préinscription des familles qui cultivent la coca ou la marihuana.

    « Dans le point 4 des accords de paix, il y a des aides financières qui sont prévues : 2 millions de pesos pendant un an pour une assistance alimentaire, un autre projet à court terme et un autre à long terme. Au total ce sont 32 millions de pesos, environ 28 000 euros, plus une assistance technique de 1000 euros par foyer. C’est un programme sur deux ans à compter de l’inscription » indique le fonctionnaire.

    Le regain de violence des groupes criminels inquiète les paysans

    Le trafic de drogue a repris de plus belle depuis les accords de paix signés en novembre 2016 avec les Farc. Il s’est dilué entre de nombreux groupes criminels. Et les menaces pèsent sur les cultivateurs qui veulent s’inscrire pour bénéficier du plan de substitution. Briceida veut bien prendre ce risque, mais elle s’inquiète du manque de planification de l’Etat. « C’est un risque pour beaucoup de familles et de femmes qui s’occupent seules de leurs enfants. La guerre nous a souvent laissée veuves, fait-elle remarquer. Mais le gouvernement continue de divaguer avec des programmes dont on sait qu’ils ont échoué : l’ananas ? un échec. Le café ? il n’y a toujours pas de processus de transformation. Jamais ils n’ont proposé de mettre en place par exemple un centre de collecte des récoltes ! C’est toujours n’importe quoi ! » 

    « Rien ne peut remplacer la coca pour le moment »

    Briceida, membre de la COCCAM (la coordination des cultivateurs de coca, marihuana et pavot dans la région du Cauca) insiste : « Nous, on est disposés à faire ces changements. Mais s’ils ne s’attaquent pas aux véritables trafiquants de drogue,  s’ils ne mettent pas en place de circuit pour commercialiser les produits, si le gouvernement ne met pas en œuvre les accords de paix, les paysans vont recommencer à semer de la coca. Rien ne peut remplacer la coca pour le moment, mais on va quand même essayer… on apprendra en chemin, même si c’est par pertes et fracas », conclut-elle ironiquement.

    Les petits paysans sont surtout inquiets de la direction que prendra le nouveau président qui sera investi le 7 août prochain, car Ivan Duque, du Centre Démocratique, avait promis qu’il reviendrait sur certains points des accords de paix.

    Colombie: les paysans du Cauca doivent parfois faire plusieurs heures de moto pour s’inscrire dans les programmes de substitution, certains sont menacés par des groupes liés au trafic de drogue (Miranda, mai 2018) RFI/Véronique Gaymard

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