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    Amériques

    Le déclin des réseaux sociaux de la «fachosphère» américaine

    media Un membre du Ku Klux Klan arrive à une manifestation le 8 juillet 2017 à Charlottesville, Virginia. ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

    Créées pour concurrencer les grands réseaux sociaux traditionnels, des plateformes comme Gab, Voat ou WrongThink se veulent des enclaves de la liberté d’expression sur Internet. Mais ces sites calqués sur Twitter, Reddit ou Facebook sont en réalité le repère de l’alt-right, l’extrême-droite américaine, qui se retrouve exclue des géants du web. Sauf qu’un an après les violences de Charlottesville, ces réseaux ont toujours du mal à se faire une place sur la Toile.

    A quelques détails près, l’internaute pourrait se croire sur Facebook, Twitter ou Wikipédia. Mais il suffit de quelques secondes pour se rendre compte qu’il s’agit en réalité des clones des célèbres plateformes du web. Et que derrière des slogans défendant « la liberté d’expression », ces sites « alternatifs » hébergent surtout des idées, des propos et des sympathisants d’extrême-droite.

    Il n’est pas rare que les profils sur WrongThink, très inspiré de Facebook, arborent des croix gammées ou des symboles revendiqués par les suprémacistes blancs. Nombre de messages sur Gab, une réplique de Twitter, sont ouvertement antisémites, anti-islam et racistes. Les articles d’Infogalactic ou de Metapedia, des sosies de Wikipédia, sont politiquement orientés et teintés de conspirationnisme et de négationnisme…

    Mais ces quelques sites font partie d’une nébuleuse plus vaste où l’on trouve également un équivalent du forum Reddit (Voat) ou de la plateforme de financement participatif Patreon (Hatreon), voire même un site de rencontre réservés aux Blancs, WASP.Love. Tous ont été lancés pour offrir aux membres de la mouvance alt-right américaine des lieux de discussion et d’échanges, loin de la « censure » et de la « bien-pensance » dont ils accusent principaux réseaux sociaux.

    Chassés des grands réseaux sociaux

    Le politologue Stéphane François, chercheur au CNRS et spécialiste des droites radicales, attribue le développement de cet écosystème « à une pression d’une partie de l’opinion publique, qui pousse les grosses sociétés d’internet à faire le ménage dans leurs utilisateurs […] Du fait de cette pression, les militants d’extrême-droite créent des réseaux communautaires, pour les personnes ayant les mêmes positions idéologiques : c’est une volonté de rester entre soi… ». Selon l’historien, « on peut résumer le propos de la façon suivante : "puisqu’on veut pas de nous, on crée notre réseau social" ».

    Cette pression s’est notamment accentuée après les évènements de Charlottesville l’an dernier. Plusieurs géants comme YouTube, Twitter ou Facebook ont alors pris des mesures contre les discours haineux et bannis nombre de comptes et pages d’extrême-droite, dont des personnalités du mouvement. Reddit a procédé à la fermeture de plusieurs sous-forums aux sujets controversés, le leader du paiement sécurisé en ligne PayPal a déclaré refuser les transactions utilisées pour « promouvoir la haine, la violence et l'intolérance raciale ». Spotify ou OKCupid ont également eu des réactions similaires.

    Cette vague de bannissements et d’interdictions a poussé nombre d’internautes à trouver refuge sur les infrastructures de cet « internet parallèle » où se retrouvent les sympathisants d‘extrême-droite. Ils ont notamment migré vers le Twitter « alternatif », Gab, fondé il y a deux ans par un homme d’affaires soutenant Donald Trump, Andrew Torba.

    Depuis, le réseau se targue d’avoir levé plus d’un million de dollars en financement participatif, de rassembler aujourd’hui plus de 500 000 utilisateurs et d’avoir attiré certaines grandes figures de l’alt-right. Mais le succès de Gab, par ailleurs relatif (le magazine Wired le compare à une « ville-fantôme »), fait figure d’exception dans la galaxie des réseaux « alternatifs ». Car la plupart des plateformes de l’extrême-droite américaine peinent à survivre et à décoller.

    Un public limité

    Le site de financement participatif Hatreon, qui avait commencé fort en 2017 avec 400 créateurs levant environ 25 000 dollars par mois, est indisponible depuis février. Et depuis plusieurs jours, c’est le service de vidéos en ligne PewTube qui est inaccessible. Le clone de Wikipédia, Infogalactic, tourne au ralenti et ses fréquentations sont en chute. WASP Love est inactif depuis 2016, pointe le journal Le Monde.

    Quant au Reddit d’extrême-droite, Voat, l'un de ses fondateurs, se demandait en juin : « Faut-il continuer ? » soulignant la difficulté de rendre viable son forum alors que « la majorité des utilisateurs de Voat utilisent toujours Reddit. Les gens utilisent Reddit pour discuter des sujets politiquement corrects. Ils utilisent Voat pour les choses qu’ils ne peuvent pas poster sur Reddit. Cela créé un déséquilibre où Voat devient de plus en plus politiquement incorrect alors que Reddit hérite de tout le contenu neutre. Le résultat final c’est que ce déséquilibre fait fuir les gens lorsqu’ils sont confrontés à un contenu comme celui-ci sur le long terme. »

    En résumé, les plateformes de l’alt-right sur le web n’arrivent pas à s’étendre au-delà de leur base et à prospérer, faute d’un public plus large. « Ces sites restent confidentiels, analyse le spécialiste de l’extrême-droite Stéphane François. Seuls les militants d’extrême-droite y vont, avec des visites de curieux ou des antifascistes qui font de la veille militante… Leur aspect artisanal, sans la qualité ou la diversité des services fournis par les grands réseaux sociaux, lassent ou parfois rebutent leurs utilisateurs. »

    Manque de moyens

    Or, pour se développer et être plus attrayants, ces réseaux ont besoin d’argent, rappelle le chercheur. « Il faut des informaticiens qu’il faut payer. Il faut aussi des publicités, autres que militantes. Bref, il faut sortir de l’entre-soi et générer des clics et des ressources. Pour qu’ils se développent, il faut augmenter les membres et les flux, et ainsi attirer des annonceurs. Les réseaux sociaux se développent via les publicités, les contenus payants, etc. Sans membres, les sites ne se développent pas et gardent un aspect artisanal qui n’arrive pas à faire concurrence aux réseaux sociaux "mainstream". L’argent est capital pour l’essor de ces sites. On est dans un cercle vicieux. »

    Interrogé par le New York Times, Mark Pitcavage, qui étudie l’extrême-droite à la Ligue anti-diffamation, souligne qu’« être sur internet est une entreprise de groupe ». « Vous faites appel à un fournisseur d’accès à internet, à un hébergeur de noms de domaine, à un service de paiement en ligne. Il est très courant pour un de ces acteurs de ne pas vouloir travailler avec un groupe de suprémacistes blancs. »

    Gab (« l’alt-Twitter »), par exemple, en a fait l’amère expérience en étant banni de l’Apple Store et du Google Play Store et, plus récemment, son hébergeur, Microsoft Azure, a menacé le réseau s’il ne faisait pas supprimer plusieurs posts jugés antisémites. Une précarité qui résume bien la situation : sans le soutien des géants de la Silicon Valley, qui contrôlent l’architecture de base d’internet, offrent des services de développement, l’accès aux app stores et les plateformes publicitaires, « il est quasiment impossible d’être compétitif, peu importe son positionnement politique », rappelle le New York Times.

    Privés du soutien des grandes structures, incapables de lever des financements conséquents et d’élargir son public, voire même de mobiliser leurs propres communautés, l’avenir des réseaux sociaux « alt » sur le web semble compromis. Il n’y a cependant pas de quoi se réjouir, estime Wired, qui s’interroge : « avec nos plus grandes plateformes déjà si pleines de haine, qui a vraiment besoin d’un alt-internet de toute façon ? »

    L’effet Trump et internet

    Dans les pages de Wired, le chercheur Tim Squirrell, spécialiste des communautés en ligne, attribue cet échec au fait que « la majorité de ces gens veulent toucher le plus de monde possible. Et si vous voulez produire quelque chose qui se propage, 4chan [un très populaire forum anonyme dépourvu de modération, Ndlr] est l’endroit idéal ». Et Facebook, Twitter ou Reddit, malgré certaines mesures, continuent d’être alimentés par des contenus controversés et resteront sans doute le lieu privilégié des batailles idéologiques.

    Des débats d’autant plus visibles et houleux depuis la campagne et l’élection de Donald Trump, qui ont ouvert grand la porte aux idées d’extrême-droite sur la place publique. Avec la libération de cette parole, la visibilité grandissante de personnalités sulfureuses et de sites conspirationnistes comme Infowars ou Breitbart, l’alt-right se retrouve au centre des conversations sur les réseaux sociaux et sur la Toile. « Leurs opinions ont été intégrées au courant dominant », analyse Tim Squirrell. Et internet y est pour beaucoup.

    Le spécialiste des droites radicales Stéphane François rappelle qu’auparavant, l’extrême-droite diffusait ses thèses par des publications papiers à la portée restreinte, mais avec internet « il est très aisé de diffuser des informations, des points de vue, de l’idéologie, de la propagande ou de la désinformation. » Autre avantage, explique le chercheur : « internet permet une démultiplication du militantisme, comme le montre l’usage intensif de l’extrême-droite des trolls et des "bots", qui compense la faiblesse numérique des militants ».

    Internet a offert à l’extrême droite un médium inespéré pour propager sa parole à grande échelle. Et si les réseaux sociaux de l’alt-right n’arrivent pas à survivre, estime Wired, « c’est peut-être parce que l’alt-right n’a jamais eu besoin d’avoir sa propre version d’internet. Le vrai internet de l’alt-right ? Vous êtes déjà dessus ».

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