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    L’initiative anticorruption #PetroCaribeChallenge: de la Toile à la rue?

    media A Port-au-Prince (image d'illustration). RFI/Assétou Samaké

    Depuis quelques jours, un mouvement prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux en Haïti. Sous les hashtags #PetroCaribeChallenge et #KotKobPetwoKaribea les internautes haïtiens demandent des comptes à leur classe politique. Ils veulent savoir où sont passés les fonds issus du programme PetroCaribe. Mis en place en 2006 par l’ancien président vénézuélien Hugo Chavez, ce programme permet à plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes d’acheter du pétrole vénézuélien à des prix avantageux et de rembourser ces achats sur 25 ans à un taux d’intérêt de 1%. En Haïti, les fonds ainsi générés sur dix ans s’élèvent à 3,8 milliards de dollars. Une somme censée financer des projets économiques et sociaux en Haïti. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. Des rapports parlementaires, pointant du doigt la responsabilité d’une quinzaine d’anciens ministres et de plusieurs entreprises haïtiennes et dominicaines dans la dilapidation de l’argent, sont jusqu’à présent restés lettre morte. Ce vendredi 24 août, #PetroCaribeChallenge veut gagner les rues haïtiennes. Plusieurs manifestations contre la corruption sont annoncées à travers le pays. Comment en quelques jours seulement un simple « tweet » s’est-il transformé en un phénomène citoyen ? Stefanie Schüler a posé la question au cinéaste haïtien Gilbert Mirambeau qui a lancé, le 14 août 2018, le « hashtag » #KotKobPetwoKaribea.

    Gilbert Mirambeau, comment vous est venue l’idée de lancer le #PetroCaribeChallenge ?

    J’étais dans mon lit. Je n’arrivais pas à dormir. Une question me triturait l’esprit : où sont passés ces fonds (du programme PetroCaribe, ndlr) ? Et donc l’idée m’est venue de demander au Parlement et aux politiciens : où est l’argent ? J’ai pris un morceau de carton que j’avais à la maison, un petit feutre et j’ai écrit en créole « Kot Kob Petwo Karibe a » ce qui veut dire « Où est l’argent du PetroCaribe ». Ensuite je me suis pris en photo tenant ce bout de carton. Sur la photo j’ai les yeux bandés. C’est un clin d’œil à Thémis qui (dans la mythologie grecque, ndlr) est la déesse de la Justice, de la Loi et de l’Equité. Et ses yeux bandés représentent l’impartialité de la justice. Je voulais envoyer un message demandant à la justice (d’Haïti, ndlr) qu’elle tranche de manière impartiale sur cette affaire (des fonds dilapidés du programme PetroCaribe). Si on ne fait que continuer ainsi, alors on aura encore des corrompus à l’issue des prochaines élections. Donc je voulais envoyer un clin d’œil, surtout à l’adresse de la jeunesse, pour qu’elle se dise : on ne veut pas continuer comme ça. Ça fait trop longtemps, 20 ans, 30 ans, 50 ans qu’il n’y a que des corrompus. Donc c’était ça l’idée.

    Début juillet, des émeutes ont éclaté en Haïti, notamment à Port-au-Prince, après l’annonce par le gouvernement d’une hausse importante des prix des carburants. Face aux violences, les autorités sont revenues sur leur décision, le Premier ministre et son gouvernement ont dû démissionner. Après ces événements beaucoup d’encre a coulé. Les analystes s’interrogeaient sur la portée de ces incidents, résultat, selon eux, d’une colère sourde au sein de la population dont l’immense majorité vit toujours sous le seuil de pauvreté. Pensez-vous que le succès du #PetroCaribeChallenge s’inscrit dans la continuité des événements de juillet ?

    Oui, tout à fait. C’est un effet domino. Parce que la majeure partie du pays se trouve en situation de crise. Depuis les 6, 7 et 8 juillet, tout le monde se questionne sur ce qui se passe dans le pays. Les gens s’interrogent sur la composition du nouveau gouvernement (un nouveau premier ministre a bien été désigné, le 5 août, par le président Jovenel Moïse, mais ni la composition de son gouvernement ni sa déclaration de politique générale n’ont encore été ratifiés par les deux chambres du Parlement haïtien, ndlr), sur le prix des produits de première nécessité, de l’essence. Et du coup ma photo accompagnée d’une simple question a rencontré un certain succès sur Twitter avec l’aide (du rappeur haïtien) K-Lib et d’autres artistes (qui ont partagé la publication). Désormais, tout le monde en parle. Et tout le monde pose cette question à nos dirigeants : qu’est-ce qu’il se passe, les gars ? Nous vous payons pour faire votre travail, c’est votre responsabilité. Mais vous êtes en train de voler de l’argent sur lequel, en plus, nous devons payer des taxes. Qu’est-ce qui se passe ?

    Jusqu’à présent les Haïtiens semblaient prendre la corruption comme une sorte de fatalité. Qu’est-ce qui a changé pour que ce ne soit désormais plus le cas ?

    Je ne pense pas que la population a été passive. Si vous regardez le passé, il y a toujours eu des crises durant lesquelles les gens ont pris la rue. C’est un phénomène presque régulier, chaque cinq ou dix ans. Les événements du 6 et 7 juillet sont encore une autre crise, déclenchée cette fois par l’augmentation des prix de l’essence et la dépréciation de la gourde (la monnaie haïtienne, ndlr.). Donc là, les gens n’en peuvent plus. C’est pour cela qu’ils ont pris les rues.

    J’’invite les gens à être pacifiques tout en demandant justice. Mais je les invite aussi à aller plus loin. A demander des comptes à leurs délégués, leurs magistrats (maires, ndlr.), leurs ministres, à l’ensemble des membres du gouvernement. Pour que les choses changent. Car il faut que les choses changent !

    Par qui voulez-vous être entendu ? Par la classe politique ou par la justice ?

    Moi je veux d’abord que les citoyens disent : on en a assez ! Ensuite, j’espère que la justice va trancher sur ce qui se passe pour qu’on ait une lumière dans l’obscurité de la corruption, sur ces 3,8 milliards censés faire avancer le développement du pays ces dix dernières années. Et à partir de là, que la classe politique prenne ses responsabilités. Parce qu’il faut qu’on ait une classe politique forte. Mais elle est corrompue.

    Pensez-vous que le mouvement #PetroCaribeChallenge puisse prendre une telle ampleur qu’il fera bouger les lignes ?

    Je l’espère vivement. Parce que c’était mon objectif. J’ai voulu secouer les gens en leur disant : demandez des comptes ! Il faut que ça change ! La photo est devenue virale. Même le « hashtag » est en train de faire un « trending » sur Twitter. Après le mouvement que l’on constate désormais sur les réseaux sociaux - c’est presque comme une révolution numérique - je pense que je vais aller dans la rue. Je vais aller manifester. Je vais dire qu’il faut que ça change. Et j’espère que la population le fera aussi mais de manière pacifique. Car il ne s’agit pas du tout de répéter ce qui s’est passé le 6 et le 7 juillet. Ma démarche est une démarche citoyenne. Il n’y a de politique. Je ne suis associé à aucun mouvement. Je suis juste un citoyen qui a pris un jour une photo. Juste ça.

    Néanmoins vous estimez qu’il faut transférer dans les rues ce mouvement anticorruption qui existe déjà sur la toile ?

    Oui, j’espère que ça arrivera à un moment donné. Regardez ce qui se passe ailleurs. Ça se fait en Amérique du Sud, ça se fait chez nos voisins en République dominicaine où il y a eu plus d’un million de personnes dans la rue avec leurs pancartes pour manifester contre la corruption. Nous sommes la jeunesse. Et nous sommes une jeunesse forte. C’est notre pays et personne ne le changera à notre place. Donc il faut que nous nous battions pour notre pays, Haïti.

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