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    Amériques

    Ingérence russe: l'ancien directeur de campagne de Trump va collaborer

    media Paul Manafort, alors directeur de campagne de Donald Trump, en marge de la Convention républicaine, le 14 juillet 2016 à Cleveland. REUTERS/Rick Wilking/File Photo

    La pression montre d’un cran sur Donald Trump. Son ancien directeur de campagne a passé un accord avec la justice et accepte coopérer avec l'enquête du procureur Mueller, sur l’ingérence présumée de la Russie dans l’élection présidentielle de 2016. En échange d'une peine réduite dans son procès pour fraude fiscale et blanchiment, Paul Manafort plaide coupable de conspiration contre les Etats-Unis et d'obstruction à la justice.

    Avec notre correspondant aux Etats-Unis,  Eric de Salve

    C’est un jour difficile pour M. Manafort, mais il accepte sa responsabilité pour protéger sa famille. Déclaration laconique de son avocat Kevin Downing. Un revirement spectaculaire après des semaines de refus, observe notre correspondant aux Etats-Unis, Eric de Salve.

    Paul Manafort accepte finalement de coopérer dans l’enquête sur la collusion présumée de l'équipe de campagne de Donald Trump avec la Russie. Une prise de taille pour le procureur spécial, car la personne potentiellement la mieux informée sur le sujet pourrait désormais livrer des informations compromettantes. En 2016, cet ancien lobbyiste pour des Ukrainiens pro-russes a en effet dirigé la campagne pour la présidence du magnat de l'immobilier pendant cinq mois.

    Le possible témoin-clé d'une réunion cruciale de la campagne Trump

    Si le procureur a signé un accord de coopération avec M. Manafort, « c’est qu’il est convaincu que c’était vraiment le témoin-clé, le témoin décisif. Il était directeur de campagne et on sait qu'il avait de son côté des relations louches avec les cercles du Kremlin, le cercle proche de Poutine », analyse Corentin Sellin, professeur d'histoire et spécialiste des Etats-Unis.

    Le coauteur de Les Etats-Unis et le monde (1823-1945) aux éditions Atlande rappelle que le 9 juin 2016, une réunion avait eu lieu entre d'un côté M. Manafort, le fils du futur président Donald Jr. et son gendre Jared Kushner, et de l'autre une délégation russe menée par une avocate, Natalia Veselnitskaya, dont on a appris par la suite qu’elle était mandatée directement par le Kremlin.

    L'enquête a pu déterminer que le rendez-vous traitait de renseignements compromettants sur l'adversaire de Donald Trump, Hillary Clinton, et M. Manafort y assistait. « Le fait qu’il coopère est essentiel parce qu’il va pouvoir enfin donner la lumière à Mueller sur cette réunion », estime Corentin Sellin.

    « On sait qu’il a pris des notes nombreuses lors de cette réunion », ajoute le professeur agrégé, qui se demande si les futures déclarations du lobbyiste ne pourraient pas, notamment, « éventuellement mettre en porte-à-faux le fils Trump par rapport aux déclarations que celui-ci a faites, par exemple, à la commission d’enquête sénatoriale »...

    La coopération de Manafort, un nouveau coup dur pour le président

    Après son ancien avocat Michael Cohen, son ancien conseiller à la sécurité Michael Flynn ou encore son ancien conseiller diplomatique George Papadopoulus, Paul Manafort est le cinquième proche du président américain à céder devant la justice. Mais c’est surtout le plus important.

    Il y a encore un mois, Donald Trump le félicitait d'avoir eu le courage de ne pas passer d’accord avec la justice. Cette fois, il n'a pas réagi. « Cela n’a absolument rien à voir avec le président », précise toutefois la Maison Blanche. Paul Manafort accepte en effet de coopérer en échange de la levée de cinq chefs d’inculpation sur des faits datant de 2014.

    Actuellement détenu, il plaide néanmoins coupable de « conspiration contre les Etats-Unis » et encourt jusqu’à dix ans de prison. Une véritable déchéance pour Paul Manafort, et un risque sérieux pour Donald Trump, dont certains exigent bruyamment la destitution. La situation conduit ainsi des observateurs à poser la question d'une grâce présidentielle. Un sacré dilemme pour le président.

    Le pouvoir de grâce fédérale, ce qu’on appelle le «pardon» aux Etats-Unis, est un pouvoir quasiment illimité du président dont il use à son entière discrétion. Et Donald Trump, qui a une conception très instinctive -presque animale- des institutions, a plusieurs fois évoqué devant ses avocats la possibilité d’accorder une grâce complète à Paul Manafort. Ce qui le rendrait totalement immun par rapport à toute poursuite judiciaire sur les affaires en question. Mais ses avocats ont prié, ont supplié Trump pour l’instant de ne rien en faire. (...) Cela apparaîtrait vraiment comme un moyen d’éviter des ennuis pour lui, comme un expédient politique, et cela déclencherait à coup sûr une crise institutionnelle extrêmement grave

    Corentin Sellin, professeur d'histoire et spécialiste des Etats-Unis 15/09/2018 - par Anissa El Jabri Écouter
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