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    Brésil: les enjeux d’une présidence

    media L'affiche du second tour de la présidentielle brésilienne : Jair Bolsonaro (G) et Fernando Haddad (D). REUTERS/Paulo Whitaker/Nacho Doce

    Dimanche 28 octobre, les Brésiliens exaspérés par les affaires, la violence et la crise économique vont devoir choisir leur nouveau président entre deux visions politiques que tout oppose : entre une gauche historique dont l’héritage controversé se veut porteur d’un nouvel élan et une droite extrême qui se dit propre et annonciatrice d’un changement radical. Un Brésil face à deux scénarios que commente Alfredo Valladao, professeur à l’Ecole des affaires internationales de Sciences Po Paris.

    Lors du premier tour des élections le 7 octobre dernier, les électeurs du plus grand pays d’Amérique latine se sont rendus aux urnes pour élire députés, sénateurs, gouverneurs, et leur président. Onze candidats à la présidence du Brésil ont perdu, deux restent en compétition pour le second tour le 28 octobre prochain : Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT), qui a obtenu 29 % des voix au premier tour, et Jair Bolsonaro, dit d'extrême droite, avec 46 % des suffrages.

    RFI : D’où vient fondamentalement ce rejet du Parti des travailleurs qui a été confirmé au premier tour ?

    Alfredo Valladao : Pour une partie de l’opinion, il y a eu un fort rejet du gouvernement et du Parti des travailleurs (PT) pour la simple raison qu’une partie des gens qui était sortis de la misère avec les politiques sociales de Lula [Ignacio Lula da Silva, ancien président de 2003 à 2011, actuellement en prison accusé de corruption, ndlr] sont retombés dans la misère ou dans les difficultés avec la crise économique déclenchée par le gouvernement de Dilma Rousseff (ex-présidente élue en 2010 puis 2014, destituée en août 2016, ndlr).

    Quand vous avez pu vous en sortir, que vous participez à la société de consommation et que vous retombez dans la misère, c’est absolument insupportable. C’est la toile de fond générale qui explique la défiance vis-à-vis du PT, d’autant plus qu’il y a eu les affaires de corruption et toute une série d’autres choses.

    Comment expliquez-vous la performance de Jair Bolsonaro au premier tour des élections ?

    Trois grandes tendances ont fait élire Bolsonaro. La première, c’est le rejet de la corruption. Il est vrai que le Brésil a vécu peut-être l’un des épisodes les plus horribles de corruption généralisée et organisée jusqu’au sommet de l’Etat. Tous les partis brésiliens sont touchés par ce phénomène avec une jeune génération de procureurs qui ont décidé de nettoyer les « écuries d’Augias » et donc toute la classe politique est désormais considérée par les électeurs comme corrompue. Il ne faut pas oublier que près de 40 % du Parlement est soit sous accusation ou mis en examen, dont plusieurs dirigeants du PT. Donc face à cette corruption généralisée, beaucoup ont pu se laisser tenter par quelqu’un qui disait qu’il était Monsieur Propre et qu’il allait mettre fin à tout cela. Jair Bolsonaro est un député de troisième zone du Parlement, qui a été partout assez insignifiant et qui a pu capitaliser ce gros sentiment de la population contre les scandales de corruption à répétition qui ont eu lieu depuis deux ou trois ans.

    Le deuxième point très important, c’est la violence. Il ne faut pas oublier que le Brésil a subi l’année dernière 64 000 homicides ! C’est-à-dire qu’il y a eu depuis dix ans au Brésil 550 000 Brésiliens assassinés ! C’est beaucoup plus que la guerre en Syrie. Dans toutes les grandes villes et dans les villes moyennes, c’est devenu le sujet central de préoccupation et les principales victimes sont bien sûr les gens les plus pauvres ou la petite classe moyenne. Donc il y a un rejet de cette violence qui n’est pas toujours le fait des trafiquants de drogue, mais qui est une violence sociale ouverte. Les gens ont peur de sortir la nuit, ils ont peur d’être attaqués pendant la journée, il y a une sorte de grande peur et une grande exaspération vis-à-vis de tout cela. Donc une grande partie des gens a été attirée par le candidat Bolsonaro qui est arrivé en disant : moi je suis un autoritaire et je vais tuer tous les trafiquants, je vais distribuer des armes à la population et je vais résoudre le problème d’une façon ou d’une autre.

    Un partisan du candidat brésilien d'extrême droite Jair Bolsonaro à Rio de Janeiro, le 5 octobre 2018. REUTERS/Sergio Moraes

    Le troisième point qui est pour moi le plus important, c’est la stratégie de terre brulée de Lula. Lula en prison voulait à tout prix essayer de s’en sortir. Il a donc instrumentalisé son parti pour dire qu’il serait candidat à la présidence de la république. Il a poussé les appels en justice jusqu’au dernier moment avant de passer la main à Fernando Haddad, qui est une créature de Lula dont personne ne croit qu’il puisse être autonome comme candidat.

    Le pire, c’est que Lula, pour pouvoir jouer cette carte-là, a tout fait pour déshydrater complètement le centre politique. En refusant toute alliance de son parti avec des partis de centre gauche ou de centre droit, en sabotant ces partis et leurs candidats, son idée était de se retrouver seul face à quelqu’un comme Jair Bolsonaro, qui était autant absurde qu’autoritaire et qu’il serait facile à battre. Mais ça s’est retourné contre lui malgré de nombreux militants du PT qui étaient contre cette stratégie et qui étaient favorables à des alliances. Ils ont sous-estimé le rejet du PT et même la haine qui existe vis-à-vis du PT au sein d’une bonne partie de la population.

    Justement, on est dans l’entre-deux tours, il y a des reports de voix qui s’opèrent, est-ce que cela peut changer le rapport de force entre Fernando Haddad et Jair Bolsonaro ?

    On ne sait jamais, mais de toute évidence ce sera très difficile pour Haddad de remonter en nombre de voix. Le dernier sondage donne 58 % d’intentions de vote à Bolsonaro et 42 % à Haddad. Le Congrès aujourd’hui compte 30 partis politiques, il est extrêmement fragmenté et la plupart sont des micros partis qui n’ont aucune idéologie et qui ne pensent qu’à récupérer un morceau du budget fédéral pour pouvoir s’en servir.

    Cela ne sert à rien de négocier des alliances avec des dirigeants de partis parce que cela ne veut pas dire que ces gens ont une véritable discipline interne, d’autant plus que le nouveau parlement a été renouvelé à 50 %. Ce sont donc 50 % de nouveaux députés, donc c’est très difficile pour Haddad de créer un front politique classique, d’autant plus que les principales personnalités politiques qu’il voulait attirer dans ce front politique de lutte contre le fascisme sont fâchées avec le PT.

    Hormis le monde politique, quels sont les principaux appuis dont bénéficient les deux candidats ?

    Jair Bolsonaro bénéficie des Eglises évangéliques, ce qui est très important, car les Eglises sont très présentes au Brésil. Il y a un front des propriétaires ruraux qui l’appuie également et puis ce qu’on appelle le groupe des BBB (bœufs, Bible, balles) au Congrès. Mais tout cela n’explique pas le résultat de Bolsonaro, tous ceux-là ne représentent pas 50 % à 60 % de l’électorat.

    Du côté de Fernando Haddad, on a vu que là où le PT a fait le plus de voix, c’était dans le Nord-Est, la partie la plus pauvre du Brésil. Si vous mettez ensemble la carte des votes PT et la carte des distributions des « bourses familles » (grand programme de Lula de distribution de fonds d’aide qui a touché 40 millions de personnes, soit 11 millions de familles), cela coïncide. Ensuite il y a les très, très pauvres qui ont peur qu’on leur enlève ce qu’a fait Lula et une partie de la classe moyenne des villes et de l’intelligentsia de gauche qui ont voté pour Haddad et qui font campagne contre l’autoritarisme.

    Des partisans du Parti des travailleurs (PT) le 5 octobre 2018 à Sao Paulo, au Brésil. NELSON ALMEIDA / AFP

    Le Brésil est maintenant face à un carrefour et va devoir se choisir une nouvelle route. Quels sont les points forts de ces deux programmes ?

    Ce qui est terrible, c’est qu’on ne sait pratiquement rien des programmes. Les programmes sont tout à fait squelettiques. Il y a deux ou trois grands thèmes, mais il n’y a jamais rien sur la façon dont on va financer tout ça.

    Ce qu’on sait du programme de Jair Bolsonaro, c’est qu’il dit qu’il va s’attaquer à la violence en laissant plus de possibilités à la police de tuer les délinquants, d’armer la population pour qu’elle puisse se défendre, d’être en tout cas beaucoup plus dur dans la lutte contre la violence.

    Sur le plan économique, on ne sait pas grand-chose. Bolsonaro aurait comme futur ministre de l’Economie un économiste très libéral qui veut ouvrir en privatisant une série d’entreprises d’Etat, mais lui-même, Jair Bolsonaro dans sa carrière politique a toujours été plus proche de positions qu’on appelle « national-développementiste » au Brésil, c'est-à-dire très corporatiste, étatiste, donc on ne sait pas ce que cela peut donner. On ne sait absolument rien pour l’instant de son programme économique, il a reculé devant deux ou trois promesses qui étaient de privatiser l’électricité au Brésil ou d’ouvrir Petrobras (compagnie nationale du pétrole), mais sur ces points, il dit maintenant qu’il ne fera pas. Donc on ne sait pas.

    Par contre le programme économique de Fernando Haddad, c’est celui du PT. C’est le vieux programme qui a amené le pays à la crise de Dilma Rousseff qui veut relancer l’économie par la consommation avec de grands programmes de travaux publics pour recréer de l’emploi.

    Mais rien de tout cela ne s’attaque au problème central du Brésil qui est une dette publique absolument colossale. Cinquante pour cent des foyers brésiliens sont endettés à hauteur de 50 % de leurs revenus, donc cela devient difficile de penser qu’on va opérer une relance par le crédit public, soit dans des programmes d’infrastructures, soit avec des crédits à la consommation à la population comme cela avait été fait par les gouvernements précédents de Lula et Dilma.

    On est devant deux programmes inapplicables et un Congrès fragmenté. Le candidat qui sera élu développera des alliances au Congrès, mais ce sera de député en député et pas de partis en partis, car il y a plus de 30 partis. Ma peur est que, quel que soit le vainqueur, il ne pourra pas faire grand-chose et le Brésil risque de connaître plusieurs années de stagnation économique. Si le PT prend le pouvoir, on risque d’avoir une nouvelle crise, comme celle qu’on a eue pendant le gouvernement de Dilma et qui a mené à sa destitution. Si c’est Bolsonaro, on risque une longue stagnation avec des petites choses faites ici ou là, mais rien de vraiment important pour résoudre les problèmes centraux du pays.

    Lors d'une manifestation de soutien à Lula, à Brasilia, au Brésil, le 14 août 2018. REUTERS/Ueslei Marcelino

    Le Brésil pourra-t-il accepter le choix des urnes ?

    Le Brésil acceptera le choix des urnes. Le danger est qu’avec un mois et deux semaines de campagne très dure, les minorités dans les deux camps voudront aller vers la violence. C’est un danger, mais cela restera minoritaire. L’armée par exemple a déjà dit très clairement qu’elle n’avait aucune envie d’assumer la responsabilité du pays maintenant et qu’elle s’en tiendrait à la Constitution et rien qu’à la Constitution.

    Mais c’est clair que l’armée ne tolérerait pas que le Brésil sombre dans une violence politique généralisée. Là, elle interviendrait. Ce serait une catastrophe, mais je ne crois pas que nous en arriverons là parce qu’il y a eu un débat très dur. Mais pour une fois nous avons une majorité de la population, d’après les sondages, qui est favorable à la démocratie, à la Constitution, à tout cela. Donc une fois que les élections seront passées, je pense que les gens vivront avec, ils n’accepteront pas, mais ils vivront avec.

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