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    Amériques

    Brésil: des dizaines de pages soutenant Jair Bolsonaro fermées par Facebook

    media Le candidat Jair Bolsonaro, probable prochain président du Brésil, le 7 octobre 2018 à Rio de Janeiro. Mauro PIMENTEL / AFP

    Facebook a fermé des comptes, mardi 23 octobre 2018 au Brésil. Les 68 pages et 43 comptes concernés œuvraient tous en soutien du candidat d'extrême droite et grandissime favori du deuxième tour de la présidentielle, Jair Bolsonaro. Le réseau social évoque un non respect de sa politique d'authentification. L'impact des réseaux sociaux sur une campagne électorale n'a jamais été aussi fort dans le pays.

    « Aujourd'hui, dans le cadre de nos efforts permanents pour protéger des abus notre communauté et notre plateforme, Facebook a supprimé 68 pages et 43 comptes associés au groupe brésilien 'Raposo Fernandes Associados' (RFA), en raison de violations de notre politique d'authentification et de courriels non désirés », relate un communiqué publié par le réseau social américain.

    « Des personnes derrière RFA ont créé des pages en utilisant de faux comptes ou des comptes multiples avec les mêmes noms », ajoute Facebook, qui y voit une méthode pour publier « une grande quantité d'articles à clics » renvoyant les abonnés sur des pages hors de Facebook. Le groupe précise que ce sont ces « comportements » qui justifient sa décision, et non des contenus publiés.

    Selon le quotidien O Estado de S. Paulo, des pages et des comptes contrôlés par RFA ont formé un immense réseau de soutien à Jair Bolsonaro. Selon l'enquête de ce journal, ces pages ont généré 12,6 millions d'interactions dans les 30 jours ayant précédé la publication de l'article. Bien plus que les comptes du footballeur Neymar ou des chanteuses Anitta et Madonna sur la même période.

    Une société fatiguée par la corrupion

    Comme l'explique à RFI Emmanuelle Enders, professeure d'histoire contemporaine à l'université Paris VIII et spécialiste du Brésil, les réseaux sociaux en général « ont joué un grand rôle à partir de 2013 » dans ce pays, d'abord « dans la mobilisation de groupes contre Dilma Rousseff, contre le gouvernement ». Il s'agissait alors d'appeler à la destitution de la présidente.

    Les réseaux sociaux ont ensuite joué un rôle dans l'ascendant pris par M. Bolsonaro, sur fond de scandales anti-corruption, d'insécurité, d'anti-communisme, anti-socialisme, de fantasmes sur une supposée sexualisation précoce... et de rejet du Parti des travailleurs (PT). D'aucuns y voient l'une des explications majeures de son score massif au premier tour (46,03%).

    WhatsApp pointé du doigt partout

    L'ex-capitaine devance de 18 points dans les sondages son adversaire Fernando Haddad en vue du 2e tour. « Cette année, c’est vraiment particulier », relate Mme Enders. « Notamment le réseau WhatsApp, qui est très influent », ajoute-t-elle. « Les opérateurs téléphoniques sont très chers, et beaucoup de gens communiquent par la messagerie gratuite », rappelle la chercheuse.

    Depuis des mois, « des listes de diffusion de l’extrême droite ont été très actives », par exemple à quelques jours du premier tour sur WhatsApp et avec la complicité d'entreprises, toujours selon O Estado de S. Paulo. Pour Emmanuelle Enders, ces pages et comptes « ont sans doute joué un rôle considérable dans cette mobilisation des électeurs qui a surpris tout le monde ».

    Le député Bolsonaro a mené quasiment toute sa campagne sur Facebook, Twitter, Instagram... Ces derniers ont draîné une quantité gigantesque de fausses informations. Les bolsonaristes ont d'ailleurs accusé le Parti des travailleurs (PT) aussi d'avoir publié de fausses informations. Mais ces fermetures changent-elles quelque chose ? « La dynamique est lancée, donc c’est peu probable », considère Emmanuelle Enders.

    ► À relire : La présidentielle au Brésil, entre désinformation, manipulation et rumeurs

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