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    Amériques

    Chili: la Brigada Ramona Parra, 50 ans de fresques populaires et politiques

    Une association locale a demandé à la Brigada Ramona Parra de peindre cette fresque, où l'on retrouve des revendications sociales pour le droit au logement, et la figure d'un prêtre français du quartier mort sous la dictature. ©RFI/Justine Fontaine

    Fondé pour écrire sur les murs du Chili les slogans de la campagne électorale de Salvador Allende, ce collectif est devenu une référence incontournable du muralisme chilien, entre art populaire et politique. Il fête ses 50 ans cette année.

    Sous un fort soleil de printemps austral, une dizaine de personnes s'affaire devant le centre de santé du quartier populaire La Victoria, à Santiago. Pendant que l'un trace le croquis sur le mur d’enceinte, chacun plonge son pinceau ou un gobelet dans de grands seaux de peinture rouge, jaune, ou bleue, puis recouvre la paroi de couleurs vives.

    Le quartier fête ses 61 ans, et une association locale a invité la Brigada Ramona Parra à peindre, encore une fois, les rues de La Victoria.

    « Les habitants du quartier apprécient leur travail, et ils savent qu'ils ont été les précurseurs du muralisme au Chili », souligne Tania Nuñez, présidente de l'association des voisins de La Victoria. «  C'est une fierté pour nous, et quand des proches viennent nous rendre visite, on leur raconte l'histoire du quartier au travers des fresques », dont plusieurs ont été peintes par la Brigada Ramona Parra, avec la participation des habitants.

    Ce jour-là, la Brigade a décidé de rendre hommage à celle dont ils portent le nom : Ramona Parra, une jeune militante des jeunesses communistes tuée lors de la répression d'une manifestation à Santiago, en 1946. Son visage apparaît petit à petit au milieu de la fresque, au milieu de symboles récurrents de la Brigada Ramona Parra : une main empoignant un pinceau, un drapeau chilien, et des visages stylisés délimités par un trait noir.

    Des slogans à un « art populaire politique »

    Ce collectif naît en 1968. A l’époque, les jeunesses communistes préparent la campagne de Salvador Allende, candidat de la gauche à la présidentielle, et décident de spécialiser certains de leurs militants dans la propagande politique. Pendant deux ans, les jeunes de la Brigada Ramona Parra (étudiants, ouvriers, militants...) suivent le candidat à travers tout le Chili et laissent derrière eux des milliers de slogans sur les murs des villes.

    Quand Salvador Allende remporte l'élection, en septembre 1970, « nous commençons à peindre des fresques, pour illustrer le programme d'Allende, par exemple la promesse de donner un demi-litre de lait par jour à tous les enfants », explique Alejandro González, responsable artistique de la Brigade à l'époque, et plus connu sous le nom de “Mono” González.

    « Pendant cette période de forte polarisation politique au Chili, ils devaient travailler très rapidement, et c'est comme ça qu'est né ce style très caractéristique », décrit Anayka Fuentealba, jeune responsable nationale de la Brigada Ramona Parra. « D'abord, le tracé est réalisé par quelqu'un de plus expérimenté, ensuite le remplissage peut être effectué par n'importe qui, et enfin on repasse les contours en noir », énonce-t-elle. Avec très peu de moyens au départ, la Brigada Ramona Parra peint avec les matériaux les moins chers, des peintures fabriquées à partir de charbon et de pigments naturels.

    « La Brigada Ramona Parra a réussi à occuper la ville au point d'être incontournable : c'était impossible de ne pas la voir », souligne Pedro Celedón, professeur d'histoire de l'art à l'Université catholique de Santiago. « Ils ont humanisé les rues », dit-il.

    « Nous n'étions pas des artistes, nous ne cherchions pas à faire des œuvres d'art, ou quelque chose de beau, nous cherchions à communiquer un message », répète « El Mono » González. De fait, au moins au début, « le milieu de l'art était assez distant vis-à-vis de cet art populaire, parce qu'il était politique, social, avant d’être esthétique ». Mais pour cet universitaire, l'art se fait de plus en plus présent dans le travail de la Brigada Ramona Parra après 1970, notamment grâce à la rencontre avec le peintre chilien Roberto Matta, avec qui ils réalisent une fresque, ensuite recouverte par la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990). Le collectif s'inspire aussi du muralisme mexicain, du Pop art, ou encore du peintre cubiste français Fernand Léger, en gardant toujours un contenu très militant.

    Reconquérir l’espace public

    Avec le coup d'État de 1973, la Brigada Ramona Parra entre dans la clandestinité. Les fresques sont trop longues et trop dangereuses à réaliser. Plusieurs de ses membres sont arrêtés, et torturés. Certains sont tués. « C'était un langage des pauvres, un symbole pour les pauvres, c'était une expression culturelle qu'il fallait anéantir », affirme « El Mono » Gonzalez, personnage central de Brigada Ramona Parra encore aujourd'hui, et qui signe aussi des œuvres personnelles.

    Après le retour à la démocratie, la Brigada Ramona Parra se reforme et se réorganise. Elle devient « de plus en plus artistique », affirme l'universitaire Pedro Celedón, « en gardant l'idée d'occuper la ville avec leur message politique ».

    « L'espace public est utilisé en grande partie par la publicité, qui appelle seulement à la consommation, pousse à l'individualisme. Alors qu'une fresque participe à un sentiment d'unité, de collectif, en plus de son message politique », estime Cristopher Rodriguez, responsable artistique de la Brigada Ramona Parra, en délimitant en noir le drapeau chilien sur la fresque du quartier de La Victoria. A côté de lui, Lisana, 17 ans, finit de peindre en bleu un détail de la fresque. « Je pensais n’avoir aucun don artistique, mais en peignant aujourd’hui je découvre quelque chose de nouveau en moi », sourit la lycéenne.

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