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    Diosdado Cabello: «l’Union européenne joue un jeu dangereux» au Venezuela

    media Diosdado Cabello, président de l'Assemblée nationale constituante et Nicolas Maduro, le 24 janvier 2019. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

    Samedi 2 février, à Caracas, à l'occasion des 20 ans de l’accession de feu le président Hugo Chavez au pouvoir, les partisans du chavisme prévoient de se rassembler. Le même jour, l’opposition appelle à une nouvelle grande mobilisation nationale pour exiger le départ du gouvernement Maduro et une transition démocratique. L'envoyée spéciale de RFI, Véronique Gaymard, a rencontré le numéro deux du gouvernement vénézuélien, Diosdado Cabello, président de l'Assemblée nationale constituante et vice-président du parti socialiste vénézuélien, le PSUV.

    RFI : Comment l'autoproclamation comme président par intérim de Juan Guaido, le président de l'Assemblée nationale, a été vécue au Venezuela ainsi que sa reconnaissance par les États-Unis et plusieurs pays de la région et d'Europe ?

    Diosdado Cabello : La tension est relative, car ici nous avons vécu des situations bien pires. On a survécu à un coup d’État en 2002, puis en 2014 après le triomphe de Nicolas Maduro, il y a eu des violences, puis en 2015, l’opposition a remporté l’Assemblée nationale. Pour les membres de l’opposition, le pouvoir législatif est élu pour destituer un président. Celui [ Henry Ramos Allup, ndlr. ] qui a présidé l’Assemblée nationale avait dit : dans six mois, Maduro s’en va [ en janvier 2016 quand les nouveaux élus à majorité d’oppositions ont prêté serment, ndlr. ]. C’est alors une guerre qui a commencé au Venezuela. Il y a eu beaucoup de morts, des gens brûlés vifs… Mais par exemple ce mercredi, ils avaient appelé à une grande manifestation au Venezuela. Or, il n’y a rien eu du tout !! Ils [ les membres de l’opposition, ndlr. ] n’appellent pas à manifester pour faire de la politique, mais pour renverser un gouvernement. Je pense que le peuple de l’opposition est fatigué d’être trompé à force de s’entendre dire que demain c’en est fini de la révolution et de ce gouvernement. Parce que finalement les opposants ne réalisent pas leurs promesses. Personne n’assume ses responsabilités. Cette autoproclamation comme président de la République, cela n’existe nulle part ailleurs ! Sans tenir compte d’une Constitution qui a été débattue et approuvée par le peuple par référendum, et la Constitution établit des procédures très claires pour évincer un président.

    Comment vivez-vous la pression étrangère  ?

    Ce n’est pas la première fois. Mais cette fois les États-Unis ne restent pas dans l’ombre d’un coup d’État contre le Venezuela, ils se mettent au premier plan et ils en donnent la raison : le pétrole vénézuélien. Ils viennent de prendre des mesures économiques contre notre pays. Ils nous dépossèdent de 20 milliards de dollars américains d’actifs. Et ils offrent vingt millions de dollars d’aide humanitaire. Où va le reste de l’argent, plus de dix-neuf milliards huit cent quatre-vingts millions ? C’est du vol ! L’Union européenne joue un jeu dangereux. Dans d’autres pays, on ne conteste pas la légitimité des urnes. Mais ici, il y a eu des élections, le 20 mai. L’opposition n’a pas participé. Que ce soit clair, ce n’est pas parce que les conditions n’étaient pas réunies, mais parce qu’ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord pour choisir leur candidat.

    Beaucoup de candidatures d’opposants ont été invalidées ?

    Non, c’est qu’il y avait beaucoup de candidats. Ils ne se sont pas mis d’accord. Ils avaient annoncé des primaires et ne les ont pas faites. Ici il y a des lois comme dans tout pays. Si vous administrez des ressources et que vous ne rendez pas vos comptes, vous êtes sanctionné par la loi. Ils ont transformé la mauvaise administration des ressources de leurs partis en persécution politique. Mais non : c’est la loi ! Nous prenons très au sérieux les menaces des États-Unis qui ont dit que pour le Venezuela toutes les options étaient sur la table. L’Union européenne prétend lancer un ultimatum au Venezuela. Nous n’avons rien à voir. Nous ne sommes pas une colonie de l’Union européenne. Ils exposent le pays à une guerre, car nous n’allons pas renoncer. Nicolas ne va pas renoncer, Nicolas a été élu par le peuple, et nous allons résister.

    Mais cette menace est surtout dissuasive non ?

    Je ne sais pas si eux la considèrent comme une dissuasion.

    Une forme de dialogue est-elle possible ?

    Nicolas Maduro a fait plus de 400 appels au dialogue. Mais qu’entend l’opposition par « dialogue »  ? Que nous capitulions  ? Qu’on se rende  ? Mais non, des élections se sont tenues et côté opposition il n’y a eu aucun leadership.

    Ce samedi, une grande manifestation est convoquée par l’opposition, une autre manifestation est convoquée par le gouvernement  ?

    Oui. Je l’ai annoncé mardi matin. Nous allons nous rassembler sur l’avenue Bolivar. Cela fera 20 ans que Hugo Chavez aura été élu président, c’était le 2 février 1999. L’opposition ne donne que des bribes d’information. Ils annoncent une manifestation, mais si vous demandez à un dirigeant d’un des partis d’opposition ce qui se prépare, il n’en a aucune idée. Toutes les semaines nous organisons des rassemblements. Aucun ne se termine par la violence. Mais il suffit que l’opposition en fasse pour qu’elle génère de la violence.

    Une question sur la crise économique que vit le pays : on observe ces taux d’inflation impressionnants. Il est très compliqué de trouver à manger ou des médicaments ?

    On ne le nie pas, absolument pas. On assume la situation. Il y a des années, les étals étaient pleins ici. Mais le peuple ne pouvait rien acheter. Au Venezuela, grâce au Commandant Chavez, le peuple est passé d’une consommation de 5 kg de viande par an à 32 kg par an. Ensuite la guerre économique est arrivée, les attaques. On ne peut plus acheter de médicaments nulle part dans le monde. Lorsqu’ils disent qu’ils ne veulent plus laisser passer d’aliments, nous devons nous en procurer d’une autre manière. Et les seules manières de le faire, c’est en évitant les contrôles des États-Unis. Et ça, forcément, ça fait monter les prix.

    Donc par des échanges commerciaux avec la Chine, la Russie  ?

    Nous avons des alliés dans le monde qui sont avec nous et qui nous soutiennent considérablement dans beaucoup de domaines, mais pas suffisamment pour que le peuple soit content.

    La Russie a proposé une médiation, l’Uruguay et le Mexique aussi  ?

    Nous sommes prêts, le président Maduro l’a dit. L’Espagne a parlé de mettre en place un groupe de contact, mais finalement rien n’a été fait. Une négociation par le dialogue n’implique en aucun cas une capitulation. On obtiendra des accords.

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