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    Venezuela: «A l'heure actuelle, le grand commandement reste pro-Maduro»

    media Des militants de l'opposition manifestent contre Nicolas Maduro à Caracas le 2 février 2019. REUTERS/Adriana Loureiro

    Ils étaient des dizaines de milliers samedi 2 février dans les rues de Caracas. Des manifestants favorables à Nicolas Maduro, le président du Venezuela et aussi des partisans de Juan Guaido, le président autoproclamé par interim et président de l'Assemblée nationale. Juan Guaido a prononcé son discours dans la capitale, annonçant deux journées de mobilisation en faveur de l’aide humanitaire, et appelant les soldats, la police et les corps de sécurité de l’Etat à le rejoindre. Mais pour Serge Ollivier, spécialiste du Venezuela, enseignant-chercheur à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, le haut-commandement de l’armée reste encore largement favorable à Nicolas Maduro.

    RFI : Les opposants réclament des élections libres. Nicolas Maduro, lui, se dit favorable à des législatives anticipées, cette année, alors même que le Parlement est la seule institution qui est tenue par l’opposition. Est-ce que cela sera suffisant pour les opposants, pour le camp de Juan Guaido ?

    Serge Olivier : Non seulement ce ne sera pas suffisant, mais ce ne sera pas accepté. Parce que c’est tout le contraire de faire une concession et d’opérer des élections qui permettent de calmer la situation puisque, provoquer des élections pour l’Assemblée nationale c’est, tout simplement, dissoudre l’Assemblée nationale, qui est à l’heure actuelle le seul organe entre les mains constitutionnelles, entre les mains de l’opposition. L’opposition a remporté la majorité à l’Assemblée nationale fin 2015 et elle reconnaît cette assemblée comme étant le seul organe qui est élu démocratiquement, puisque les élections, notamment de Maduro en mai dernier - en mai 2018 -, ont été boudées par l’opposition et sont entachées de manipulation du scrutin, notamment depuis le coup de massue sur le système électoral vénézuélien lors de l’élection de l’Assemblée nationale constituante, en juillet 2017, où, vraiment, les manipulations ont été criantes.

    Il y a également une des questions centrales dans cette crise, qui est levée déjà depuis de nombreux mois, depuis plusieurs années, même, c’est l’aide humanitaire, parce que les pénuries sont énormes, l’inflation est galopante au Venezuela. Samedi, Juan Guaido a annoncé qu’il y aurait une aide humanitaire qui entrera par la Colombie. Est-ce, d’après vous, possible, puisque le pays, malgré tout, reste encore contrôlé par Nicolas Maduro et par l’armée ?

    Il y a deux paramètres par rapport à cette question d’un point de vue politique. Evidemment, le paramètre le plus important c’est, tout simplement, l’aide humanitaire en elle-même, puisque le pays est dans une situation catastrophique, alimentairement et sanitairement. Mais d’un point de vue politique, il y a deux aspects. Premièrement, c’est le fait qu’avec ce soutien humanitaire, Juan Guaido veut revêtir les habits du bienfaiteur du peuple, tandis que Maduro reste associé à cette crise sans précédent, catastrophique, au Venezuela.

    Deuxièmement, c’est une façon de pousser les forces armées. Le fait de faire rentrer cette aide par la frontière, la frontière brésilienne et colombienne, c’est pousser l’armée dans ses retranchements et la pousser à désobéir, tout simplement, à Maduro. Donc, c’est une tactique qui se retrouve dans la rue, aussi. Le fait de faire de grandes manifestations c’est potentiellement pousser l’armée à ne pas obéir à des ordres de répression qui n’ont pas été données, puisque Maduro sait très bien, en fait, qu’il doit être extrêmement prudent quant à la répression, parce qu’il n’en a pas les moyens forcément de faire obéir cette armée.

    Samedi, justement, un général de l’Armée de l’air a annoncé qu’il allait rejoindre le camp de l’opposition. Est-ce que c’est un cas isolé ou est-ce que c’est l’opinion silencieuse, malgré tout, des petites mains dans les rangs de l’armée ?

    Ce général est un cas isolé pour l’instant. Lui, il affirme dans sa vidéo que 90% des forces armées sont anti-Maduro. C’est un cas isolé, mais c’est justement cette multiplication de petits cas isolés qui peut favoriser, en fait, une fin, une transition de régime et vraiment un retournement de l’armée dans sa majorité. Mais à l’heure actuelle, le grand commandement reste pro-Maduro. Mais il y a des négociations très certainement, puisque le haut-commandement et les grands chefs militaires vénézuéliens qui sont riches, qui se sont enrichis grâce au régime, en contrôlant l’économie et en contrôlant tout type de trafic, y compris le narcotrafic, sont des grands pragmatiques. Et s’ils n’ont plus intérêt, pragmatiquement, financièrement, à soutenir Maduro –Maduro qui n’a plus du tout de cash, notamment depuis les sanctions américaines du début de la semaine dernière –, alors oui, ils pourraient se retourner.

    A propos de l’aspect diplomatique, six pays européens, notamment la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni –, ont annoncé qu’ils allaient reconnaître la légitimité de Juan Guaido ce dimanche. Il y avait un ultimatum d’une semaine, puisque Nicolas Maduro n’a pas annoncé de nouvelle présidentielle. Est-ce que tout cela va changer quelque chose sur l’équilibre diplomatique ?

    Cela confirme la position des Européens. La question c’est de savoir quelles suites vont donner les Européens à cette reconnaissance de Juan Guaido. Est-ce qu’ils vont aussi, comme les Etats-Unis qui ont promis 20 millions de dollars d’aide humanitaire pour Guaido, comme la Suède, qui a promis plus de 7 millions de dollars d’aide humanitaire, est-ce qu’ils vont aussi, par exemple, abonder pour cette aide humanitaire ? Et puis, surtout, est-ce qu’ils vont prendre aussi des sanctions contre Maduro et contre le Venezuela, qui vont accentuer encore la pression sur le Venezuela et sur le régime.

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