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    Tuberculose et pauvreté: au Canada, la double peine des Inuits

    media Un village inuit dans le Nunavik (région comprise dans le territoire inuit de Nunangat), dans le nord du Québec, au Canada. CATHERINE HOURS / AFP

    Au Canada, la tuberculose n’existe quasiment plus. Sauf dans le nord, au Nunangat, où vivent les communautés inuits. Ces populations sont largement touchées par la maladie en raison du manque d’accès aux soins, des logements surpeuplés et de la méfiance envers le personnel de santé canadien. Pour y remédier, le gouvernement fédéral et l’organisation nationale inuit ont lancé en décembre dernier un plan, qui a pour objectif d’éliminer la tuberculose d’ici 2030. Mais pour lutter efficacement, il faut s’attaquer aux inégalités dont est victime cette minorité. Un dossier de Marie Genries.

    Les membres des communautés inuits du Nunangat ont 300 fois plus de risque de contracter la tuberculose que dans le reste du Canada. Ce chiffre impressionnant est le reflet de la situation de cette minorité dans le pays. Les Inuits vivent à l’écart, loin des centres de santé. Pauvres, ils occupent souvent des logements surpeuplés, propices à la transmission de la maladie et où l’alcool et le tabac sont massivement consommés.

    « Vous savez, il y a des inégalités historiques entre les Inuits et le reste du Canada, en termes de niveau d’éducation, de salaires et d’accès au marché de l’emploi, nous explique Deborah Van Dyk, membre de l’organisation Inuit Tapiriit Kanatami, qui représente les intérêts des Inuits. C’est difficile d’accéder aux soins, les Inuits du Nunangat sont approvisionnées d’abord par avion, et en été par bateau. Il n’y a pas de route en fait. Or souvent les patients qui sont malades doivent parcourir des distances énormes pour être soignés. »

    L’Inuit Tapiriit Kanatami travaille à améliorer les conditions de vie de ces communautés et à lutter contre les inégalités. « L’aspect le plus important du travail que l’on fait dans le cadre du plan d’élimination de la tuberculose, c’est de s’assurer que les membres des groupes inuits soient formés pour fournir des soins à leurs communautés, et pour réduire la dépendance aux gens qui viennent d’ailleurs, poursuit Deborah Van Dyk. Notre action porte également sur d’autres facteurs qui contribuent à l’épidémie comme le logement, la sécurité alimentaire, la réduction de la pauvreté ; qui sont tous des aspects très importants de la réduction de la tuberculose. »

    Le poids de l’histoire

    En plus des conditions de vie, il y a aussi un traumatisme historique. Au milieu du XXe siècle, les Inuits atteints de tuberculose étaient déportés dans le sud du Canada pour y être soignés. Beaucoup ne sont jamais revenus.

    Un épisode qui explique la méfiance des Inuits envers le personnel de santé canadien, explique Marie Rochette, coordinatrice à la direction de Santé publique du Nunavik. Avec son équipe elle travaille à rétablir la confiance et à former des docteurs au sein des communautés.

    « Plusieurs volets sont mis en place. D’une part, une formation qui est donnée à tous les nouveaux travailleurs qui vont travailler au nord pour que les gens comprennent bien l’histoire, les traumatismes qui ont été vécus et les différences culturelles de base qu’ils sont appelés à rencontrer. Un autre volet, c’est de faire en sorte qu’il y ait davantage de travailleurs inuits dans les centres de santé, qu’il y ait des formations adaptées pour former davantage de professionnels de la santé issus des communautés donc des formations pour lesquels les gens n’ont pas à se déplacer à Québec ou Montréal pour aller suivre deux ou trois ans de formation. »

    Le gouvernement canadien prévoit de réduire de moitié les cas de tuberculose d’ici 2025, et d’éliminer complètement la maladie en 2030. Fin mars, les quatre régions du Nunangat devront présenter leur propre plan de lutte. Un objectif ambitieux mais faisable selon Marie Rochette, qui se réjouit des 17 millions d’euros déjà alloués à ce plan.

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