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    Amériques

    Nathalie Charpak, mère kangourou à temps plein

    media Le docteur Nathalie Charpak à l'hôpital San Ignacio de Bogota, en octobre 2003. Raphael GAILLARDE/Gamma-Rapho via Getty Images

    Installée en Colombie, la pédiatre française Nathalie Charpak a étudié, perfectionné et diffusé la méthode dite kangourou qui fait grandir les enfants prématurés au contact permanent de leur mère, en peau à peau.

    de notre correspondante à Bogota,

    La mère regarde attentivement son tout petit bébé qui tête doucement son sein. « Elle pesait 1 150 grammes à la naissance », dit-elle, en détachant brièvement le regard de son enfant. « Elle en pèse 1 600 maintenant. » Il y a de l’orgueil et de l’inquiétude dans sa voix. « Vous voyez que tout va bien. Elle n’a besoin que de votre peau et de votre lait », rassure Nathalie Charpak. Des milliers de bébés prématurés – et de petit poids – doivent leur survie et la bonne qualité de vie qui a suivi à cette chercheuse française qui vit depuis trente-deux ans en Colombie.

    Une histoire née en Colombie

    Médecin pédiatre, formée à Paris, Nathalie Charpak n’a pas inventé la méthode dite kangourou. Elle l’a découverte à Bogota en 1987. Amoureuse d’un Colombien – avec qui elle a ensuite eu trois fils –, elle vient alors s’installer dans la capitale colombienne. Pour valider son diplôme de médecin, les autorités exigent qu’elle effectue un an de stage en hôpital public.

    C'est à l'hôpital Materno Infantil de Bogota que la jeune Française découvre le programme des mères kangourous. « Il avait été mis en place, à la fin des années 70, par le docteur Edgar Rey Sanabria qui avait eu l’intuition géniale de laisser les prématurés et les bébés de petit poids grandir sur le corps de leur mère, après avoir lu – disait-il – un texte sur les kangourous », raconte Nathalie Charpak, aujourd'hui âgée de 64 ans. « Le Dr Sanabria s’inquiétait de voir les mères privées un temps de leur enfant ne plus pouvoir les allaiter. Il avait constaté que les cas d’abandon sont alors plus fréquents », poursuit la pédiatre.

    Sur le ventre de sa mère, en peau à peau, le bébé retrouve la chaleur, les bruits du cœur et des conditions proches de son environnement dans l’utérus. « L’idée est de diminuer au maximum le stress du bébé pour permettre aux connections de son cerveau de se faire », résume Nathalie Charpak. Les mères et leurs bébés rentrent très vite à la maison.

    De kangourou à « kangourer »

    Samedi matin, la salle Kangourou de l’hôpital San Ignacio à Bogota, est animée. Plusieurs couples sont là avec leurs tout-petits. Il y a des grand-mères, des sœurs, des petits frères. Sur une grande table, les pédiatres examinent les bébés, cependant que dans une petite pièce adjacente, une psychologue s’occupe des mères adolescentes. « Désormais, je ne suis plus nécessaire ici et peux me consacrer à la recherche, pratiquement à plein temps », explique Nathalie Charpak. Elle donne ici un conseil, là un encouragement. La voix forte de la femme engagée et passionnée qu’elle est se fait très douce quand elle s’adresse aux mères et aux pères angoissés.

    Edgar a 22 ans, sa fille Ana pesait 1 910 grammes à la naissance. « Je rentre vite du travail pour kangourer ma fille », explique-t-il avec un sourire heureux. « Il faut que sa mère puisse se reposer. » Le verbe « kangourer » se conjugue au pluriel. « Il y a plusieurs années, j’ai lu dans une revue scientifique que la peau des hommes est, du fait de la testostérone, un degré plus élevé que celle des femmes. Je n’ai jamais pu retrouver l’article mais je continue à utiliser l’argument quand les pères sont réticents. Cela marche à tous les coups. »

    La naissance de la fondation Kangourou

    La méthode kangourou – qui permet de réduire le nombre de couveuses – a d’abord été perçue comme une pratique pour pays pauvres. Comment convaincre que cette technique mise au point dans un pays du Sud est utile à tous les bébés du monde ? « La science était la seule réponse possible », affirme-t-elle. « On voyait bien empiriquement que ça marchait, mais il fallait le démontrer. » En 1994, Nathalie Charpak met en place la Fondation Kangourou.

    Fille du Prix Nobel de physique Georges Charpak, Nathalie Charpak ne cache pas que son nom lui a ouvert des portes. « Mon père nous a aidé à trouver des fonds auprès du World Laboratory, une organisation qui finançait des projets scientifiques dans des pays en voie de développement », raconte-t-elle. Depuis, elle a frappé à toutes les portes.

    Plus de 75 délégations médicales en provenance de 35 pays sont passées par son centre à Bogota. Au dernier étage d’un immeuble sur la « Septième », la grande avenue de Bogota, l’appartement des Charpak est rempli de masques africains et de tentures asiatiques, souvenirs des innombrables voyages qu’a fait Nathalie pour monter des « centres kangourous » partout dans le monde.

    Des bénéfices à long terme

    Les bénéfices physiques de la méthode kangourou ont été scientifiquement établis : le bébé respire mieux, grossit plus vite, dort plus profondément. Son cerveau mûrit plus vite. « Les mères qui souvent culpabilisent de n’avoir pas mener leur grossesse à terme vivent mieux leur maternité », souligne Nathalie. « Les mères kangourous ne connaissent par la dépression postpartum, parce qu’elles sont dans l’action… et parce qu’elles n’ont tout simplement pas le temps de déprimer. » Elle recommande le peau à peau à tous les parents qui adoptent de jeunes enfants.

    Un étude récente sur 264 jeunes de 20 ans, qui pesaient moins de 1 800 grammes à la naissance, a permis d’établir les bénéfices à long terme de la méthode, en termes de développement psychomoteur et de sociabilité. « Nous avons trouvé des résultats que nous ne cherchions pas : le taux de divorce des parents kangourous est plus faible ! », raconte Nathalie Charpak en riant.

    Les pays nordiques ont vite adopté la méthode. Aux Etats-Unis, l’absence de congé de maternité complique son implantation. En France, comme presque partout ailleurs, les résistances du corps médical restent grandes. « Il faut ouvrir l’unité néonatale aux parents 24 heures sur 24. Cela suppose donc de repenser complètement l’organisation du service », souligne Nathalie Charpak. « Par ailleurs, le corps médical perd de son pouvoir et de son prestige. Les parents kangourous vous diront tous qu’ils ont sauvé eux-mêmes leur enfant, sans jamais mentionner les médecins ou les infirmières qui les ont accompagnés dans cette démarche. » Elle, elle s’en réjouit. Enthousiaste comme au premier jour de son arrivée en Colombie, elle se cherche, sans urgence, un, une ou des successeurs. « Il y a encore tellement à faire », conclut-elle.

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