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    Premier anniversaire de la mort de Marielle Franco, dans le Brésil de Bolsonaro

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    Portrait mural de Marielle Franco. Rio de Janeiro, le 12 mars 2019. REUTERS/Sergio Moraes

    Il y a un an jour pour jour, Marielle Franco, conseillère municipale de Rio de Janeiro, était assassinée. Un meurtre politique, en plein cœur de sa ville, et qui a fait de cette militante de gauche engagée contre le racisme, l’homophobie et les violences policières, un symbole de résistance au Brésil et à l’étranger. Après un an d’enquête, mardi 12 mars 2019, deux suspects ont été arrêtés.

    De notre correspondante à Rio de Janeiro,

    Des slogans, des drapeaux, des t-shirts, et même des tatouages en hommage à Marielle Franco. Nous sommes le 8 mars, Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, dans le centre de Rio. Noire, habitante de favela, Ana Maria Leoni a le même sourire fier que celui de Marielle, le même bandeau dans les cheveux aussi.

    Après sa mort, le 14 mars 2018 avec son chauffeur Anderson Gomes, la conseillère municipale est devenue un modèle pour beaucoup. « Le combat de Marielle nous a rendues plus fortes, confie Ana Maria. Nous avons l’habitude de dire qu'elle a semé des graines en nous. Et pas seulement ici, c'est dans tout le Brésil, dans le monde entier. Tout le monde a été très affecté par sa mort et nous allons maintenant continuer ce combat, on ne s’arrêtera jamais. »

    En moins d’un an, Marielle Franco a été assassinée et Jair Bolsonaro, porteur d’un discours raciste, machiste et homophobe, a été élu président du Brésil. Et dans le même temps, jamais les femmes noires n’ont été nombreuses à être élues à des fonctions politiques. Taliria Petrone est députée de Rio, elle fait partie de celles que l’on appelle les « héritières » de Marielle Franco. « Le meurtre de Marielle, dit-elle, a éveillé en nous un sentiment d’urgence. »

    « Je pense que la meilleure façon de garder vive sa mémoire, c’est en occupant tous les espaces possibles avec les combats qu’elle menait. C’est en combattant le génocide du peuple noir, en combattant la misogynie et le machisme qui tuent tant de femmes, la LGBT-phobie, les inégalités sociales. Toutes ces luttes, que Marielle incarnait dans son corps et par sa voix, je crois que c’est notre manière de la garder présente à nos côtés », ajoute l'élue. Un combat nécessaire pour celles et ceux qui, comme elle, étaient proche de la militante de gauche.

    Marielle Franco n’avait jamais été menacée de mort avant d’être assassinée

    Pour Monica Benicio, la lutte est même devenue une urgence vitale. La compagne de Marielle Franco, qui était en couple avec elle depuis 13 ans, est de toutes les luttes politiques. Elle voyage partout en Europe et en Amérique latine, toujours avec son t-shirt « Qui a tué Marielle ? ». « Transformer mon deuil en combat, c'est aussi une façon de continuer à être avec elle, de préserver sa mémoire et de rendre hommage à notre histoire, à tout ce qu’elle représente pour moi », explique-t-elle.

    Et Monica Benicio de continuer : « La justice pour Marielle n’est pas rendue avec la fin de l’enquête ou avec la réponse concrète de qui a tué ma compagne, même si c’est quelque chose que j’attends. Réclamer justice pour Marielle, c’est se battre pour une société plus juste, c'est quand plus personne ne sera victime de la même barbarie que Marielle ou ne sentira la même douleur que j’éprouve... »

    Marielle Franco ciblait la violence policière

    Si Marielle Franco n’avait jamais reçu de menace de mort avant d’être assassinée, elle était une cible pour ce qu’elle représentait : une femme, noire, lesbienne, qui défend les droits des minorités, dans des institutions masculines et conservatrices. Mais elle dérangeait aussi parce qu’elle critiquait le pouvoir policier. Notamment le phénomène des milices, des groupes formés d’agents de sécurité qui font régner leurs lois dans les favelas.

    Ou encore les UPP, les unités de police pacificatrice censées combattre la violence dans les favelas... Joana Ferraz est sociologue. Elle a encadré le travail de Marielle Franco sur la violence desdites UPP. « Elle a fait une critique cinglante de la violence policière, rappelle-t-elle. Marielle avait une forte personnalité, elle savait ce qu’elle voulait. Elle n’a pas eu peur d’écrire ce qu’elle a écrit. Elle a eu beaucoup de courage, "le courage de la vérité", comme disait Foucault. »

    Une rue au nom de Marielle Franco, demandent ces manifestants photographiés le 8 mars 2019 à Rio de Janeiro. REUTERS/Sergio Moraes

    Selon la police, ils ont programmé l’assassinat trois mois à l'avance

    Ce jeudi, de nombreuses manifestations sont prévues pour rendre hommage à la militante et poser la question qui subsiste : « Qui a ordonné le meurtre de Marielle Franco ? » Deux jours avant l’anniversaire de sa mort, deux anciens policiers militaires ont été arrêtés, soupçonnés d’être impliqués dans son assassinat.

    Pour l’instant, on sait que ces deux policiers sont liés au crime organisé. Ronnie Lessa, 48 ans, est soupçonné d’être l’auteur des tirs contre l'élue. Il est connu pour être un excellent tireur au sang-froid et au courage remarquable. En 2000, il avait quitté la police pour assurer la sécurité du mafieux Rogerio Andrade, puis avait rejoint la milice nommée « bureau du crime ». Jusqu’ici, son casier judiciaire était vierge.

    Quant à Elcio Vieira, 46 ans, il aurait conduit la voiture utilisée pour l’assassinat. En 2011, il est renvoyé de la police pour vente d’armes et extorsion. Les deux hommes sont des professionnels qui, selon la police, ont programmé l’assassinat pendant trois mois avant de passer à l’action. Les liens entre les suspects et ces milices, ces groupes paramilitaires composés d’anciens agents de police qui mènent la terreur dans les favelas, sont aussi étudiés.

    Un des fils de M. Bolsonaro avait eu une relation avec la fille du suspect

    Ronnie Lessa a un appartement dans l’immeuble où habitait Jair Bolsonaro avant d’être élu. Une coïncidence ? Il est encore trop tôt pour faire des liens aussi graves, mais cet individu avait été plusieurs fois félicité publiquement par des hommes politiques, et Elcio Vieira apparaît sur des photos avec celui qui, depuis, est devenu le président du Brésil. Un des fils de M. Bolsonaro avait eu une relation avec la fille du suspect.

    D’autres éléments jettent le trouble sur la famille Bolsonaro. Tout d’abord l’absence de réaction et de condamnation du crime par Jair Bolsonaro lui-même, l’année dernière. Mais aussi le fait que son fils Flavio a défendu les deux candidats du parti du président qui avaient cassé la plaque installée en mémoire à Marielle Franco. Flavio Bolsonaro est aussi suspecté d’avoir des liens avec les milices. Enfin, il y a des zones très troubles dans l’enquête, et une enquête sur l’enquête est en cours.

    ► À relire : TV Globo interdite de diffuser des éléments de l’affaire Franco

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