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    Amériques

    Crise politique au Venezuela: «Les négociations sont la seule solution»

    media Temir Porras en novembre 2012. CRISTINA QUICLER / AFP

    Au Venezuela, alors que les coupures d’électricité se succèdent, l’opposant Juan Guaido promet de récupérer le palais présidentiel dans les prochains jours. Cela fait deux mois qu’il s’est autoproclamé président par intérim avec le soutien de l’Assemblée nationale. Temir Porras, un ancien conseiller du président Hugo Chavez en matière de politique étrangère, puis chef de cabinet de Nicolas Maduro de 2007 à 2013, est aujourd’hui professeur invité à Sciences Po Paris. Il critique la gestion de la crise par l’administration Maduro tout en appelant à des négociations pour sortir le pays de la crise.

    RFI : Vous portez un regard critique sur l’image que l’opposition renvoie du Venezuela ?

    Temir Porras : Le Venezuela est un pays qui connaît la crise économique et sociale la plus sévère de son histoire depuis 2014. Mais il faut garder en tête qu’avant cette dégringolade, le pays avait atteint les niveaux de vie les plus élevés de toute son histoire. C’était il y a cinq ans. Cette descente aux enfers est aussi importante, car on est parti de haut. Beaucoup de gens étaient sortis de la pauvreté, une classe moyenne commençait à se constituer, le salaire minimum avait dépassé les 300 dollars. Il faut aussi prendre en compte que le Venezuela est configuré, depuis 1999, entre deux pôles : le chavisme et l’anti-chavisme. Ces deux forces existaient donc avant la crise et cela explique pourquoi l’opposition présente la situation actuelle comme étant le produit direct des mesures de justice sociale entreprises il y a 12 ou 13 ans. A mon avis, il faut plutôt chercher les sources de cette crise dans le plus court-terme, dans ce qu’a réalisé l’administration Maduro au cours des cinq dernières années.

    Vous avez longtemps travaillé avec Nicolas Maduro avant son arrivée à la présidence. Quelles sont, selon vous, les principales erreurs de son administration depuis 2013 ?

    En 2013, au moment où Nicolas Maduro a succédé à Hugo Chavez, le Venezuela avait des défis à relever. Il y avait des choses à corriger, notamment la question de la dette et du taux de change. Et puis les politiques qui ont suivi la chute des prix du baril à partir de 2014 ont été tellement mauvaises qu’elles ont créé les conditions de la crise économique qu’on connaît maintenant.

    La corruption n’était pas aussi un problème antérieur à l’arrivée de Nicolas Maduro au pouvoir ?

    Sans doute. La corruption est un problème profond qui pourrit la vie démocratique. Mais à l’échelle de l‘économie d’un pays… En aucun cas je ne mettrais la corruption à la tête des raisons pour lesquelles un pays a connu une chute de 50% de son PIB et que des millions de personnes fuient.

    Est-ce que le pays a besoin d’aide humanitaire ?

    Il ne devrait pas. Car ce pays a des ressources économiques, normalement, pour subvenir aux besoins de sa population. La crise actuelle est tellement sévère qu’on commence à avoir des effets humanitaires dans la crise sociale. Par exemple, toutes les chaînes d’importation et de distribution de médicaments ont été totalement cassées. Si l’on résolvait le problème de l’hyperinflation, de l’accès du pays au crédit, si on travaillait à la réactivation de l’industrie pétrolière, le Venezuela n’aurait pas besoin d’aide. Aujourd’hui, comme des gens manquent de médicaments, on pourrait effectivement dire que le pays a besoin d’assistance. Mais il faudrait que cette aide se déploie sans agenda politique derrière. Certains aimeraient dépeindre le pays comme un Etat failli qui pourrait faire l’objet d’une intervention étrangère. Les Etats-Unis et Donald Trump ont ouvertement fait des menaces d’intervention et ne cessent de dire que toutes les options sont sur la table. Valider la version qu’il existe une crise humanitaire, et donc que le pays a besoin d’une assistance internationale, est interprété par certains, notamment Washington, comme pouvant justifier une intervention au Venezuela.

    Le gouvernement Maduro parle de guerre économique, de guerre électrique. Tous les maux du Venezuela viendraient donc des Etats-Unis ?

    Il y a eu de profonds problèmes de gestion de la part du gouvernement vénézuélien auxquels se superpose une pression croissante du gouvernement américain. Cette pression a commencé en 2015 avec un décret du gouvernement Obama qui a donné le fondement légal aux sanctions appliquées ensuite, dès août 2017. Ces dernières coupent notamment l’accès aux crédits internationaux. Mais encore une fois, ce gouvernement a très mal géré la crise économique et la chute des prix du baril. Dans les conditions actuelles, de sanctions internationales et de polarisation, il lui est désormais impossible de mettre en place un plan économique qui permette la récupération du pays. Un pays ne peut pas vivre avec des autorités parallèles qui se disputent la légalité en interne.

    Comment résoudre cette crise politique ?

    Il n’y a pas d’autre solution que négocier, il faut arriver à un accord de coexistence politique. Les partisans d’un changement de régime, comme Juan Guaido, voient bien, depuis le 23 janvier, que les conditions ne sont pas réunies. Ils oublient de rappeler que depuis 1958 et la chute de la dernière dictature militaire, il n’y a jamais eu un coup d’Etat militaire réussi au Venezuela. Les forces armées ont tendance à être des forces conservatrices et institutionnalisées. M. Guaido n’a pas la légitimité du vote, même s’il conteste celle de M. Maduro qui au moins, lui, a été élu. Juan Guaido est issu d’un parti minoritaire au sein de l’opposition, considéré comme un parti peu enclin au compromis, avec lequel il n’a pas été possible de conclure des accords politiques par le passé. Pourtant, il faudrait un processus négocié sur les conditions dans lesquelles pourraient se tenir des élections. Il faut résoudre cela « à la vénézuélienne », en allant aux urnes, pour dépasser la situation actuelle qui mène le pays à la catastrophe. La communauté internationale a son rôle à jouer : il faut que les Européens, que les Latino-Américains - qui n’ont pas joué un rôle constructif au sein du groupe de Lima-, que le gouvernement Trump, qui veut imposer le choix Guaido sans consensus au sein de la société vénézuélienne, comprennent que ces postures ne font qu’approfondir la crise. Je ne vois pas d’autre stratégie pour Juan Guaido que la reculade.

    Est-ce que les chavistes se reconnaissent toujours dans la ligne de Nicolas Maduro ?

    Le chavisme est un mouvement social beaucoup plus ample que le gouvernement de M. Maduro. Quand vous regardez les enquêtes d’opinion, 40% de la population s’autodéfinit comme chaviste même en temps de crise. Et pourtant, Nicolas Maduro ne recueille que 15% d’opinions favorables. Vous avez donc un mouvement qui se reconnaît dans les idéaux de la révolution bolivarienne, mais qui est extrêmement critique du cours qu’on prit les choses depuis la mort d’Hugo Chavez. Le problème c’est qu’en face on a les ennemis jurés, les adversaires de toujours de la révolution bolivarienne. Donc il y a une sorte de réflexe. Ces chavistes diffus dans la société ont beau être critiques, ils ne vont pas pour autant appuyer l’adversaire de toujours qui défend des valeurs totalement différentes, qui a une vision critique de tout ce qui a été fait par le chavisme depuis 1999.

    Mais ces critiques ne se font pas entendre publiquement ?

    La direction nationale, qui a le contrôle du PSUV, le parti socialiste unifié du Venezuela, est étroitement associée au gouvernement. Il y a aussi une politique de répression interne, beaucoup de pression, une sorte de chantage à la loyauté. Vous êtes suspect d’avoir cédé aux sirènes de l’impérialisme américain ou des vieux ennemis de la révolution bolivarienne dès que vous avez une position critique vis-à-vis du gouvernement. Mais le problème n’est pas là : les chavistes comme les anti-chavistes doivent prendre conscience que par-delà les différences de visions, il faut créer des conditions politiques pour que le pays puisse sortir de la crise humanitaire et sociale. Et on ne le fera qu’à travers le dialogue et la négociation.

    Une centaine de soldats russes sont arrivés le week-end dernier (23-24 mars) à Caracas à bord de deux avions de l'armée de l'air. Jusqu’où la Russie est-elle prête à soutenir Nicolas Maduro ?

    Face aux menaces de Donald Trump, il est important pour Nicolas Maduro de montrer qu’il a l’appui de la Russie sur le plan militaire - même s’il ne faut pas exagérer cet appui. Je ne vois pas de signaux qui permettent de dire que ces relations privilégiées sont affaiblies aujourd’hui. Mais le Venezuela est au centre d’une lutte géopolitique, avec une administration américaine agressive, qui n’a fait que renforcer les alliances du Venezuela avec la Russie et la Chine. Je ne pense pas qu’on puisse régler la crise par ce jeu de puissance. Si le pays devient le théâtre d’opérations de grandes puissances, le grand perdant sera le Venezuela. La clé de la crise, à mon sens, est profondément vénézuélienne.

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