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    Cinélatino: ni zombie ni super héros, à Cuba, le cinéma en quête d'espaces

    media Le festival Cinelatino de Toulouse qui a porté son focus sur la Caraïbe se tient jusqu'à ce dimanche 31 mars. cinelatino.org

    Après les grandes figures du continent latino-américain, le cinéma colombien de «Caliwood» ou les femmes de cinéma au Chili l'an passé, Cinélatino, le plus grand festival européen exclusivement consacré aux cinématographies d'Amérique latine, a choisi de zoomer sur la Caraïbe. Si de nouvelles cinématographies émergent, en République dominicaine, à Puerto Rico et ailleurs, Cuba reste une locomotive. D'ailleurs la délégation cubaine à Toulouse, de loin la plus fournie, est représentative de plusieurs générations de réalisateurs et producteurs, témoins de la richesse – malgré les difficultés économiques et les contraintes politiques – du cinéma cubain.

    envoyée spéciale à Toulouse,

    Cuba est depuis bien longtemps une terre de cinéma, on le sait notamment depuis les travaux de l'historien français Emmanuel Vincenot qui s'est beaucoup intéressé au cinéma d'avant la révolution et de l'époque révolutionnaire. Et les nouveaux dirigeants cubains, Fidel Castro en tête, parfaitement conscients du rôle de l'image dans l'éducation et la culture populaires et de l'importance de la mise en récit de la «nouvelle Cuba», se sont attachés à organiser la production cinématographique. L'Institut cubain de l'art et de l'Industrie du cinéma, l'Icaic, sera la première institution culturelle fondée après la révolution, en mars 1959.

    L'argent, le nerf de la guerre

    L'Icaic vient de fêter son soixantième anniversaire dans un climat bien morose, nous explique Magali Kabous, spécialiste du cinéma cubain à l'Université de Lyon 2, invitée du festival. L'Icaic, qui a été un exemple pour tous les pays dits commodément «du Sud» en matière d'industrie cinématographique, se sent un peu comme le Titanic, un magnifique navire en perdition.

    L'argent est l'un des nerfs de la guerre et il fait actuellement cruellement défaut. Faire des films coûte cher, où trouver l'argent si ce n'est dans des coproductions ? Travailler avec l'argent d'autrui au risque de perdre son âme, son inventivité ? Comment faire tourner la formidable machine au service du cinéma qu'est l'ICAIC ? Ce qui faisait la spécificité du cinéma cubain va-t-il disparaître ?

    Au-delà des difficultés économiques du moment et du cadre politique contraint, il reste un savoir-faire, une maîtrise technique et artistique indéniable que les institutions de formations cubaines, comme l'école internationale de San Antonio de los Baños par exemple, dispensent. Des générations de professionnels du cinéma, cubains et également étrangers et même nord-américains, ont été formées dans cette fameuse école, initialement baptisée l'École des trois mondes du cinéma. Ses parrains n'étaient autres que l'Argentin Fernando Birri ou le Brésilien Orlando Senna. Et parmi les jeunes cinéastes qui sont passés entre ses murs, on peut citer Natalia Cabral et Oriol Estrada, établis en République dominicaine et dont le film Miriam miente est en compétition à Toulouse dans la catégorie longs métrages de fiction.

    L'obligation de co-produire

    Autre institution prestigieuse, l'Institut supérieur des arts de Cuba où a fait ses classes la jeune productrice indépendante Claudia Calviño, invitée d'honneur du festival Cinélatino. Une université dont on peut admirer la magnifique architecture dans le film Sergio y Serguei qui vient de sortir sur les écrans en France. Avec sa société de production indépendante, Quinta Avenida, fondée en 2004, Claudia Calviño est la co-productrice heureuse de films présentés dans la sélection de Cinélatino comme Yuli qui sortira en France dans quelques mois (après être passé à San Sebastián), Candelaria ou encore le trublion Juan de los muertos. Elle nous explique la difficulté de leur travail de société de production : faute de cadre légal en raison des restrictions imposées à la propriété privée, -leur société ne pouvant être considérée comme une entreprise, ils travaillent en tant que « groupe créatif ». Pas de compte bancaire, pas de possibilité de signer des contrats, etc. Mais la nouvelle Constitution, votée en février dernier, fera peut-être bouger les lignes, souligne Claudia Calviño.

    L'argent pour produire les films, il vient des fonds internationaux, bourses et autres subventions et bien entendu des coproductions. Avec l'Espagne pour Yuli, réalisé par Iciair Bollain, la Suisse pour le film Insoumise, de Fernando Perez, avec Sylvie Testud dans le rôle d'une femme empêchée d'exercer la médecine qui se travestit en homme, ou encore la France puisque le réalisateur Olivier Assayas est en train de tourner à La Havane avec l'actrice espagnole Penelope Cruz. Un tournage qui fait le bonheur de la presse people locale.

    Le comédien américain Ron Perlman, qui interprète le rôle de Peter, est également co-producteur du film "Sergio y Serguei" d'Ernesto Daranas qui vient de sortir sur les écrans français. © 2017, Mediaproducción, S.L.U, RTV Comercial, ICAIC

    Toutes les autorisations de tournage à Cuba sont délivrées par le ministère de l'Intérieur nous explique encore Claudia Calviño. Et ensuite l'ICAIC, l'Institut du cinéma, veille au grain. Il y a quelques années, au moment du tournage à La Havane de l'épisode 8 de la fameuse saga Fast and Furious, les Cubains ont cru que leur île allait redevenir l'eldorado des tournages internationaux sous les tropiques. Las... Le rêve a fait long feu selon Claudia Calviño.

    La liberté de ton des films cubains, jusqu'où ?

    La liberté de ton, l'humour et l'ironie que l'on peut percevoir dans les films cubains qui sortent en Europe, parfois étonnent. C'est que le régime cubain entend faire de la production cinématographique sa vitrine ; c'est la face positive de la médaille : en creux, à Cuba, la critique peut être entendue.

    Magali Kabous prend l'exemple de Juan de los Muertos, produit par Claudia Calviño, « un film sauvé parce que c'est une comédie », en dépit de son propos provocateur et allégorique. Quoiqu'iconoclaste, le film - il se déroule pendant la célébration du 50e anniversaire de la révolution et La Havane est envahie par des zombies - a été diffusé à Cuba, même s'il n'a pas eu un grand soutien officiel. En laissant passer un certain nombre de films critiques, le régime se pare de vertu, nous expliquent tant Magali Kabous que Claudia Calviño. C'est qu'il y a plusieurs niveaux de critiques, à charge pour les réalisateurs de savoir jusqu'où ils peuvent aller pour ne pas se heurter à la censure.

    « La censure, ça n'est jamais : ça on le droit, ça on n'a pas le droit... », selon Magali Kabous. Tout dépend de qui le dit (la notoriété de Tomás Gutiérrez Alea, auteur de Fraise et chocolat avec Juan Carlos Tabio, par exemple, le protégeait), du ton avec lequel les critiques sont formulées (et l'humour est préférable à la charge frontale) et du timing politique de la sortie du film.

    De nouvelles générations qui poussent

    Les nouvelles générations poussent, créent, veulent faire bouger le carcan. Elles sont plus connectées, voyagent davantage que leurs aînés. Une turbulence bienvenue, mais qui rend le travail des chercheurs plus compliqué, car la production est multiforme et plus difficile à embrasser, souligne Magali Kabous qui travaille justement sur ce corpus cinématographique. On peut découvrir leurs créations notamment dans la Muestra de cine joven, un festival qui se tient en avril et permet de découvrir les travaux de jeunes réalisateurs, notamment des courts et moyens métrages. Un festival complémentaire du traditionnel festival international de La Havane qui lui a lieu en décembre. Il y a beaucoup de talents à Cuba mais les cinéastes ne bénéficient pas de l'espace et de la liberté dont ils auraient besoin, insiste Claudia Calviño, qui milite pour une reconnaissance du cinéma indépendant.

    Malgré les contraintes financières et politiques, le cinéma cubain existe bien, la programmation de Cinélatino est la preuve. Ni super héros ni zombie, entre Batman et Romero, il s'invente au jour le jour avec les moyens du bord.

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