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    Commerce: Washington augmente la pression sur Cuba, aux dépens de l'UE

    media Le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, s'est exprimé en Floride devant l'association des vétérans de la baie des Cochons, le 17 avril 2019. JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

    Les États-Unis ont fortement augmenté, mercredi 17 avril, la pression sur La Havane en ouvrant la voie à des milliers d'actions en justice contre des entreprises étrangères présentes à Cuba. Une mesure longtemps suspendue qui menace d'affaiblir encore l'économie de l'île et indigne les Européens. Le réchauffement engagé par l’administration Obama en 2015 est donc désormais bien lointain.

    Comme pour symboliser le retour du grand froid diplomatique avec Cuba, Washington a choisi un 17 avril, jour anniversaire d’un des épisodes les plus tendus de la guerre froide, pour faire son annonce. Dans un discours prononcé à Miami devant des vétérans de la fameuse opération de la baie des Cochons de 1961, le belliqueux conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, a ainsi dévoilé mercredi une nouvelle série de sanctions visant l'île socialiste.

    Les États-Unis ont décidé de limiter les voyages non familiaux, les transferts d'argent vers Cuba (1 000 dollars par personne et par trimestre maximum), d'ajouter plusieurs entreprises cubaines sur leur liste noire des societé interdictes de transactions financières, et de réactiver la loi Helms-Burton. Ce texte datant de 1996 permet en théorie de poursuivre devant les tribunaux américains toute personne ou entreprise qui a réalisé des bénéfices après 1959 à Cuba en profitant des nationalisations décrétées par Fidel Castro.

    « Ces nouvelles mesures vont aider à maintenir les dollars américains à distance du régime cubain qui contrôle l’industrie de tourisme », a déclaré John Bolton, qui en a profité pour vilipender le réchauffement avec Cuba engagé sous Barack Obama : « Avec la précédente administration en échec, ces mesures étaient levées selon l’hypothèse que l’afflux de capitaux bénéficierait au peuple cubain. La pauvreté des Cubains a en fait empiré. »

    Cette mesure de l'administration Trump va déclencher des milliers d'actions en justice, et menace en particulier les sociétés européennes installées sur le sol cubain qui, selon le principe de l'extraterritorialité, risquent de très fortes amendes. Impensable et scandaleux pour l'Union européenne. Depuis près de vingt ans, Washington suspendait cette loi pour ne pas froisser ses alliés, à commencer par l’Europe, premier partenaire économique de La Havane.

    « C’est une mesure illégale, contraire au droit international, estime Alberto Navarro, l'ambassadeur de l'UE à Cuba. Nous avons intérêt à protéger nos entrepreneurs. Il y a d’un côté la possibilité d’aller devant l’Organisation mondiale du commerce et, d’un autre côté, appliquer la législation européenne. Elle permet de demander auprès des cours européennes une compensation pour la perte ou le dommage qu’il [l’entrepreneur ou l’entreprise] a subi suite aux éventuelles demandes qui pourraient être présentées aux États-Unis. »

    « C’est perdant-perdant pour tous, estime l'ambassadeur européen. Ça va faire gagner de l’argent aux avocats, sans doute, mais ça va compliquer les relations commerciales. Ce n’est pas le chemin que l’UE veut prendre avec d’autres pays du monde » (voir encadré plus bas dans cet article).

    Pour le ministre français de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, l'Europe est « prête » à prendre des mesures contre les États-Unis si ceux-ci devaient imposer de nouvelles restrictions aux investissements à Cuba. « Si l'administration américaine devait décider d'imposer aussi un régime de sanctions sur les investissements à Cuba en contravention avec tout ce qui a été décidé depuis des années par nos alliés américains, nous réagirions », a-t-il prévenu jeudi lors d’une intervention devant Le Club de l'économie du Monde.

    C’est illégal. Ce sont des lois extraterritoriales, donc cela va à l’encontre du consensus international en appliquant des lois américaines à des entreprises européennes. Donc j’espère que l’Union européenne se défendra, aussi parce qu’en tant que citoyens espagnols, nous allons être affectés. Il y a énormément d’entreprises espagnoles qui ont des intérêts dans le secteur touristique.

    L'indignation et l'inquiétude des eurodéputés espagnols

    Reportage au Parlement européen

    18/04/2019 - par Domitille Piron Écouter

    La Maison Blanche justifie ce durcissement par le soutien de Cuba au régime de Nicolas Maduro au Venezuela, relate notre correspondant aux États-Unis, Éric de Salve. Le Venezuela est d'ailleurs lui aussi frappé par de nouvelles sanctions américaines. tout comme le Nicaragua. Aux yeux de Washington, Donald Trump, en agissant contre ces gouvernements, prend ainsi « la défense de la démocratie et des droits humains » en Amérique latine.


    Union sacrée en Espagne pour défendre ses intérêts à Cuba

    L’Espagne est le 3e partenaire commercial de Cuba, derrière le Venezuela et la Chine, et le premier en Europe. Le tourisme et l’hôtellerie dans l’île, par exemple, sont en bonne partie entre des mains étrangères, et surtout espagnoles. Autant dire que la peur est énorme en Espagne après la volonté de Donald Trump de réhabiliter la loi Helms-Burton empêchant le commerce avec Cuba.

    Avec notre correspondant à Madrid, François Musseau

    Le gouvernement apporte tout son soutien aux entreprises espagnoles pour défendre leurs activités commerciales à Cuba. Ce sont les mots de la porte-parole du gouvernement socialiste, Isabel Celaa. À Madrid, on prend ce sujet très au sérieux.

    Les relations économiques sont intenses depuis de longues années entre les deux pays, et on est prêt à tout pour les défendre. En novembre dernier, le chef du gouvernement Pedro Sanchez avait réalisé la première visite officielle dans l’île avec 300 hommes d’affaires, la première visite depuis 1986.

    Le patronat espagnol a pris contact avec l’Union européenne, tous les partis politiques du pays, pour faire front commun : pas question, affirme-t-il, de flancher sur « ces relations stratégiques ».

    À Cuba, on ne compte pas moins de 10 chaînes hôtelières espagnoles, dont le groupe Mélies, le leader incontestable. Au total, ces chaînes contrôlent trois quarts des chambres d’hôtels de standing de l’île. Les entreprises espagnoles ont donc beaucoup à perdre. Elles comptent bien sur leur gouvernement, et l’Union européenne tout entière, pour défendre leurs intérêts.

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