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    Amériques

    Le Panama veut changer d’image

    media Panama City, la capitale du Panama, le 1er mai 2019. REUTERS/Carlos Jasso

    Ce dimanche 5 mai, deux millions sept cent mille Panaméens sont appelés à voter dans le cadre de l’élection présidentielle, mais aussi pour élire leurs députés, maires et conseillers. Après cinq années de présidence de Juan Carlos Varela, l’heure semble être au changement dans ce petit pays d’Amérique centrale, connu dans le monde entier pour le canal qui le traverse et qui porte son nom, mais aussi pour être considéré comme un paradis fiscal. Deux candidats se détachent dans les derniers sondages. Deux candidats aux discours très opposés.

    Quel que soit celui qui remportera ce scrutin, le futur président panaméen devra à la fois contenter son nouvel allié chinois qui souhaite investir massivement au Panama, tout en préservant sa relation avec les États-Unis qui considèrent Panama comme faisant toujours partie de leur pré carré. Autant dire que la tâche s’annonce compliquée pour l’heureux élu.

    Si l’on s’en tient au dernier sondage publié jeudi 2 mai, soit quatre jours avant le scrutin, deux candidats se disputent véritablement le fauteuil présidentiel. Bien que sept candidats se présentent, seuls trois d’entre eux dépassent la barre des 10% d’intention de vote. Laurentino Cortizo et Rómulo Roux semblent les mieux placés pour diriger le pays.

    Cortizo, le candidat qui rassemble le plus

    Laurentino Cortizo, membre du PRD, le Parti révolutionnaire démocratique, se détache avec plus de 36% des intentions de vote. Cet entrepreneur de gauche de 66 ans, également éleveur, ancien ministre et ancien président du Parlement souhaite se concentrer sur l’éducation et la réforme de l’État s’il est élu. Les inégalités sociales, la pauvreté, qui touche 14% de la population, mais aussi la transparence dans la gestion des affaires publiques font également partie des chantiers qu’il souhaite lancer.

    Rómulo Roux, l’héritier de Martinelli

    Son adversaire Rómulo Roux, avocat de formation et également ancien ministre sous la présidence du conservateur de Ricardo Martinelli, veut en terminer avec le désastre économique et social provoqué, selon lui, par le président sortant Juan Carlos Varela. Le programme du candidat du Cambio Démocratico est avant tout économique. Il veut également mettre un terme à la corruption systémique, tout comme son principal adversaire.

    Mais avec 26,2% d’intentions de vote, il est distancé de près de dix points par Laurentino Cortizo. Un écart irréversible selon les experts. Mais Rómulo Roux compte sur le soutien des partisans de l’ancien président Ricardo Martinelli qui, même s’il est actuellement en détention pour des faits de corruption, continue de jouir d’une certaine popularité auprès des Panaméens, pour tenter d’inverser la tendance.

    Une société qui réclame un changement

    La Panama, qui était classé par l’Union européenne sur sa liste noire des paradis fiscaux, a une réputation de pays où la corruption règne en maître. Il faut dire que la récente affaire des « Panama Papers » (scandale qui a révélé l’existence de centaines de milliers de montages financiers de sociétés offshore) n’était pas une bonne publicité pour ce petit pays d’Amérique centrale. Une image que les Panaméens souhaiteraient voir évoluer.

    D’où la multiplication des candidatures indépendantes (trois des sept candidats le sont). De nombreux Panaméens estiment que les traditionnelles formations politiques ne sont pas à même de changer un système qui leur a permis d’émerger et de rester en place. Ruben Blades, chanteur et acteur, mais surtout ancien candidat à l’élection présidentielle en 1994, très populaire dans son pays, appelle justement à voter pour un candidat indépendant. Mais comme le montrent les derniers sondages, il n’existe presque aucune possibilité qu’un de ces candidats ne parvient à s’imposer (Ricardo Lombana, candidat indépendant, atteint tout de même 19,6% d’intentions de vote).

    Un équilibriste pour diriger le pays

    Celui qui occupera le fauteuil présidentiel devra avoir des dons d’équilibriste s’il veut être en mesure de gérer les affaires courantes de son pays. Avec la Chine qui semble décidée à investir massivement au Panama - le président Xi Jinping qui était en visite au Panama en décembre 2018 a promis des milliards de dollars et veut faire du Panama un élément essentiel de son projet de « Nouvelles routes de la soie » -, les États-Unis sont sur leurs gardes, eux qui estiment que le Panama fait partie de son pré carré. D’ailleurs Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain n’a pas hésité à faire le déplacement pour prévenir son allié des risques qu’il encoure en nouant des liens avec la Chine. Selon le secrétaire d’État américain les investissements réalisés par la Chine ne bénéficieront qu’au gouvernement chinois et non au peuple panaméen.

    L’un des principaux défis du futur président du Panama sera de faire disparaître ou tout du moins d’atténuer la tâche que représente le scandale des « Panama Papers ». Comment faire en sorte que ce pays ne soit plus associé à cette affaire qui l’a rendue mondialement célèbre pour être un sanctuaire de l’évasion fiscale ? En 2016, plus de onze millions de documents confidentiels issus du cabinet d’avocat panaméen Mossack Fonseca (du nom de ses deux fondateurs) détaillant des montages financiers de sociétés offshore ont été rendus publics.

    Des documents qui concernaient des entrepreneurs, mais aussi de nombreuses célébrités. Une affaire qui a sali l’image de ce pays. Et bien que depuis des mesures ont été prises – l’évasion fiscale est par exemple désormais un délit passible de prison -, le travail risque d’être long pour redorer l’image du Panama. Il faut dire que le fait que le président sortant Juan Carlos Varela soit cité dans le scandale Odebrecht (le plus grand scandale mis à jour en Amérique du Sud) n’arrange pas les choses.

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