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    Venezuela: faible mobilisation de l'opposition

    media Manifestation d'opposants à Caracas, le 4 mai 2019. REUTERS/Manaure Quintero

    Juan Guaidó appelait ce samedi ses manifestants à converger vers toutes les casernes du pays. Une mobilisation quatre jours après l’échec d’un soulèvement militaire contre Nicolas Maduro. Le but : envoyer un message pacifique aux militaires pour qu’ils lâchent le président vénézuélien. Mais après une semaine marquée par deux manifestations monstres, des affrontements violents avec la police, et quatre morts, l’appel a été très peu suivi.

    Avec notre correspondant à CaracasBenjamin Delille

    Aucune des concentrations à Caracas n’a su mobiliser plus d’une centaine de manifestants. À San Bernardino, l’une des principales casernes de la capitale, ils n’étaient même qu’une trentaine de personnes, vers 10h30 du matin, pour faire passer le message de Juan Guaido aux militaires, et ils ne sont restés que quelques minutes. Face à un large cordon de soldats leur barrant la route, les manifestants ont été obligés de rebrousser chemin.

    « Nous n’étions qu’un petit groupe parce que c’est une zone militaire, explique José, 32 ans. Cela fait peur aux gens ce qui explique que nous ne soyons pas venus en masse comme d’habitude. Mais nous avons distribué le document avec l’espoir que cela fasse effet. »

    Une faible mobilisation qui s’explique avant tout par la fatigue des Vénézuéliens après une semaine particulièrement éprouvante. Et surtout par la peur d’être victime de la répression des forces de l’ordre.

    Aux abords de toutes les installations militaires, un important dispositif de sécurité avait été déployé. Autour de certaines concentrations, des troupes de gardes nationaux à moto, lourdement armés, passaient de temps à autre comme pour intimider les manifestants. Raul aurait aimé leur donner le fameux document détaillant la loi d’amnistie. « C’est la garde nationale. Le bras armé du gouvernement qui réprime le peuple. Ils veulent nous effrayer pour qu’on rentre chez nous, qu’on ait peur. »

    Et visiblement cela fonctionne : à Caracas jamais une manifestation n’avait attiré si peu de monde. Cela n’a pas empêché plusieurs d’entre eux d’approcher les militaires de manière très pacifique, les mains en l’air. Pas sûr en revanche que leur message ait été vraiment entendu.

    Un membre de la garde nationale brûle un message remis par un opposant à Nicolas Maduro, samedi 4 mai. REUTERS/Manaure Quintero

    Un dernier groupe a également tenté d’approcher la Casona, la maison présidentielle où se concentrent de nombreux soldats. Les bras levés, Maria veut « qu’ils sachent que nous sommes pacifiques, que nous voulons faire sortir ce gouvernement pacifiquement. Nous ne voulons pas plus de morts dans le pays. »

    Les manifestants ont réussi à donner le document aux militaires. Mais ceux-ci ont immédiatement brûlé le petit papier sous leurs yeux. Mais cela n’a pas entamé leur détermination : ils assurent qu’ils reviendront, bien plus nombreux, la prochaine fois.


     ■ Le spectre de la guerre civile

    Avec nos envoyés spéciaux au Venezuela, Oriane Verdier et Boris Vichith

    Si le 30 avril ressemble aujourd’hui à un coup d’Etat raté, pour certains cet évènement a permis avant tout de laisser apparaître au grand jour les importantes divisions qui morcellent l’armée, l’un des piliers du pouvoir de Nicolas Maduro. Un espoir donc pour l’opposition mais aussi un risque du point de vue du professeur en science politique Hernan Castillo : « Je fais partie de ceux qui pensent que c’est peut-être le début d’une guerre civile : une confrontation entre deux blocs de l’armée auquel il faut ajouter la présence de forces cubaines, le sujet des drogues, des paramilitaires colectivos. Il y a un ensemble d’éléments qui compliquent de trop le changement pacifique, démocratique et constitutionnel. » 

    Même si la majorité de l’armée rejoignait l’opposition dans les semaines à venir, elle n’aurait de toute façon pas les moyens d’accompagner le pays dans la transition selon Hernan Castillo.

    « L’armée a une valeur symbolique et politique, un grand poids psychologique et émotionnel, mais d’un point de vue opérationnel je ne pense pas qu’ils aient une grande capacité, poursuit l'universitaire. Les forces armées sont incapables de faire face aux problèmes et menaces actuels de la société. Surtout qu’une grande partie des délits commis aujourd’hui au Venezuela sont faits en association avec l’Etat. »

    Si il y a quelques années l’armée était respectée, aujourd’hui elle est considérée par beaucoup de Vénézuéliens comme le symbole de la corruption et de l’ultra politisation des forces au pouvoir.

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