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    Cuba: La Havane, 500 ans d'histoire et de patrimoine à protéger

    media Ce logo des 500 ans de La Havane est appliqué sur nombre de monuments et maisons. La ville devrait son nom, d'après la légende, à une princesse indienne venue accueillir les navigateurs espagnols... RFI/Isabelle Le Gonidec

    « Niña bonita de la colonia », « enfant chérie de la colonie » espagnole, terre promise pour des générations de migrants et pour des Nord-Américains en quête d'exotisme, puis phare de la révolution en marche, La Havane a inspiré une nombreuse et belle littérature au fil des siècles. Aventuriers, pirates, écrivains, voyageurs ont puisé de belles pages à la source de son soleil et de son énergie. Aujourd'hui, les touristes s'y pressent à la découverte de ce « musée à ciel ouvert », écrivent les guides, qui se lit comme un manuel d'histoire de l'architecture et d'histoire tout court au fil de ses rues et de ses quartiers. Un patrimoine que la célébration des 500 ans est l'occasion de remettre sur le chantier.

    Dans les rues de la Vieille Havane, il faut se frayer un chemin entre les groupes de touristes qui flânent dans ses ruelles pavées et les chantiers et palissades qui cachent les façades de vieux bâtiments en rénovation. De grands panneaux affichent le nom des organismes en charge des travaux, des généreux donateurs comme le fonds de coopération de l'Arabie saoudite et des bénéficiaires : foyer d'étudiants, crèche, logements, hôtel...

    Avril 2019: rénovation du pâté de maisons du cinéma Payret, La Habana Vieja. «Je ne garde pas rancoeur au passé; au contraire, j'ai cru en la nécessité d'aller vers le futur à partir du passé» (Eusebio Leal), peut-on lire sur le panneau. RFI/Isabelle Le Gonidec

    Tous les habitants rencontrés nous le disent : les travaux vont bon train. Il y a les blessures des dernières tempêtes à panser, les préparatifs de la fête du 500e anniversaire de la fondation de la ville (la date officielle est le 16 novembre 1519) mais aussi l'urgence de certains travaux simplement pour maintenir debout des édifices fragilisés par les ans et le manque d'entretien. Dans le quartier colonial, il suffit de s'écarter un peu des ruelles ripolinées des parcours touristiques pour constater la précarité de certains logements. Une pauvreté qui trouve ses racines dans l'histoire de la ville.

    « La Havane est une leçon d'histoire »

    « La Havane est une leçon d'histoire, parce qu'on y trouve encore debout les traces de chaque moment de son passé », nous explique Maria Victoria Zardoya, architecte et professeur d'histoire de l'architecture à l'université de La Havane.

    La Havane, avril 2019: le «callejon de los peluqueros», la «ruelle des coiffeurs», est un exemple de rénovation mené en coopération avec la Oficina del historiador dans la Vieille Havane. RFI/Isabelle Le Gonidec

    De loin la ville la plus densément peuplée de l'île (un peu plus de 2 millions d'habitants actuellement), port d'entrée et de sortie des marchandises vers l'Europe et l'Amérique du Nord, de la main-d'oeuvre (esclaves puis migrants), elle a été particulièrement choyée par les autorités du pays, les colons espagnols, la bourgeoisie créole ou les capitaux nord-américains. Ville où la fortune côtoie l'extrême misère (une misère qui a souvent à voir avec la couleur de peau), surtout à l'époque coloniale, La Havane est surnommée à l'époque contemporaine le « Paris des Amériques  », écrit Emmanuel Vincenot, auteur d'une somme sur la capitale cubaine. Au début du siècle dernier, La Havane avait autant de cinémas que Paris ou New York.

    Cette prospérité, cette ouverture au monde ont influé sur l'habitat, souligne Maria Victoria Zardoya. Une maison peut aussi offrir un condensé de plusieurs influences comme cette belle maison des années 1920 en rénovation de la rue San Lázaro dans le quartier de Centro Habana dont Teresa, la nouvelle propriétaire qui en a entrepris la rénovation, nous détaille les charmes, à commencer par la hauteur sous plafond (5,20 m) parfaitement adaptée au climat tropical pour faciliter la circulation de l'air. « Nous avons découvert que la maison avait appartenu au représentant à La Havane du célèbre parfumeur Guerlain » et certains détails de décor, notamment dans les huisseries, sont de style Art nouveau. Au rez-de-chaussée se trouvait la boutique du parfumeur. Les riches Cubains faisaient venir les bois travaillés et le marbre (de Carrare) d'Europe pour leurs maisons, nous explique-t-elle. Des matériaux qui servaient de lest aux bateaux.

    Architecture coloniale héritée de l'Espagne du XVIe dont les touristes sont si friands, baroque cubain, classicisme, Art nouveau, Art déco, modernisme des années 1950, La Havane offre un condensé dans ses différents quartiers de ce que les architectes et urbanistes ont inventé comme styles depuis cinq siècles. La ville grandit en débordant ses fortifications. Au-delà du vieux quartier colonial, elle s'étale dans ce qui deviendra au XIXe siècle le quartier de Centro Habana où les maisons sont construites toujours sur le même plan que celles héritées de la colonie espagnole : elles s'organisent autour d'un patio intérieur, à la fois puits de lumière et d'aération, comme celle de Teresa.

    Une pénurie chronique de logements

    Les classes aisées chercheront rapidement à échapper à la touffeur et à la promiscuité des vieux quartiers en construisant de belles maisons avec jardins (« obligatoire », précise encore Maria Victoria Zardoya ) dans les faubourgs alentour. Dans la Vieille Havane et les quartiers les plus anciens s'entasse une population industrieuse, alimentée par l'exode rural et l'immigration, dans des logements exigus. Faute de pouvoir déménager, on compartimente. Dans les pièces des maisons bourgeoises ou coloniales qui seront louées par leurs propriétaires partis respirer un air plus pur, la hauteur sous plafond permet la création d'un étage supplémentaire. On entasse les familles. La pénurie de logements décents dans le centre historique a toujours été chronique. En règle générale, s'occuper de loger la population ouvrière a été le dernier des soucis des dirigeants cubains jusqu'à l'époque récente. Dans les années 1930, « La Havane est la première ville d'Amérique latine à voir émerger le phénomène des bidonvilles, si souvent associé par la suite à l'ensemble du continent » sud-américain, écrit Emmanuel Vincenot et la ségrégation sociale se double souvent d'une ségrégation ethnique, les Noirs fournissant « toujours les gros bataillons de prolétaires et d'indigents ».

    En 1959, lors de la révolution castriste, La Havane était disproportionnée par rapport au reste du pays, poursuit Maria Victoria Zardoya : administration, services d'éducation et de santé, aménagements de loisirs et culturels. La capitale était la tête hypertrophiée (un quart de la population) d'un pays aux provinces oubliées. La Havane « absorbait plus de 80% des investissements immobiliers du pays », dans les années 1950, confirme Emmanuel Vincenot qui pointe un pays « profondément divisé ».

    Parmi les tâches prioritaires du nouveau gouvernement révolutionnaire, il y a le rééquilibrage indispensable entre la capitale et le reste du pays y compris en matière de logements. « Toute famille a droit à un logement digne », proclame la loi fondamentale. Le marché immobilier est supprimé, la propriété peu à peu transférée aux locataires. Mais en matière de mal-logement, les chantiers sont tels que La Havane, mieux dotée malgré tout, n'est pas absolument prioritaire et dans la capitale même, le vieux centre historique, en quelque sorte la dernière roue du carrosse. Et ce d'autant que les historiens s'accordent à souligner la méfiance de Fidel Castro à l'égard de la capitale. Il manque à La Havane encore quelque 700 000 logements. Un défi évoqué par le président Miguel Diaz Canel qui vise la construction annuelle de 50 000 logements, contre 20 000 actuellement.

    La Havane, avril 2019: exemple de rénovation dans la vieille ville. Cette maison, qui accueillera des logements, bénéficie pour sa restauration du soutien du Fonds de développement de l'Arabie saoudite. RFI/Isabelle Le Gonidec

    La Habana Vieja, la grande oubliée

    La ville coloniale n'a bénéficié d'aucun investissement depuis les années vingt et son coeur historique s'est enfoncé dans l'oubli et la misère. Au moment de la Révolution, « seuls 500 des 3 000 bâtiments de la vieille ville sont considérés en bon état », selon Emmanuel Vincenot. Ces poches de pauvreté existent encore et il y a de multiples raisons à cela : le manque d'investissements publics pendant de longues années, le manque de ressources des habitants propriétaires, les pénuries régulières de matériaux de construction (faut-il rappeler que l'île est soumise à des sanctions économiques) et de main-d'oeuvre qualifiée pour la rénovation... énumère Maria Victoria Zardoya.

    Mais « être pauvre a des avantages », souligne encore avec humour l'architecte : le patrimoine est resté préservé par la force des choses et elle cite a contrario Caracas du riche Venezuela ou Baranquilla en Colombie... Des villes dont le patrimoine architectural a été rasé.

    À la fin des années 1970, la Vieille Havane revient sous les feux des projecteurs. Un plan de restauration est lancé et, soutien décisif, l'Unesco entre dans la danse en 1982 en inscrivant le centre historique et les fortifications au Patrimoine mondial de l'Humanité. Plusieurs organismes, dont le bureau de l'historien de la ville de La Havane, la Oficina del historiador, prennent les choses en main. Les rues pavées résonnent des chantiers qui s'ouvrent, animés d'un double souci, nous explique-t-on à la Oficina del Historiador : éviter la muséification de ce quartier et donc y maintenir la population et les activités quotidiennes de commerce, loisirs, éducation, entre autres, tout en rénovant et valorisant le patrimoine immobilier.

    La Oficina del historiador occupe l'un des joyaux de l'architecture de la Vieille Havane, le palais de Segundo Cabo, de la fin du XVIIIe siècle. RFI/Isabelle Le Gonidec

    Créée en 1938, cette vénérable institution est omniprésente dans la Vieille Havane et sur le Malecón où elle gère une trentaine de musées, des bibliothèques, centres culturels, salles de spectacles et de multiples rénovations avec un budget propre important et une totale autonomie de gestion de ses ressources. Dirigée depuis 1967 par l'historien Eusebio Leal dont l'émission télévisée Andar La Habana (« Arpenter La Havane ») a largement contribué à la prise de conscience de la valeur patrimoniale de la ville, la Oficina est au coeur de la célébration des 500 ans de La Havane, nous explique Michael Gonzalez, directeur du Patrimoine culturel à la Oficina del Historiador.

    Quelque 600 bâtiments de la vieille ville sont considérés comme ayant une valeur patrimoniale, identifiés dans le cadre du Plan Maestro qui établit une graduation en fonction de l'intérêt historique de l'édifice. Dès lors, les habitants doivent se conformer dans la rénovation de leurs logements à des règles précises. Et faire appel au besoin à la Oficina qui peut mettre à leur disposition les corps de métier concernés. Il peut aussi s'avérer nécessaire de reloger momentanément les familles, le temps de la restauration.

    Les pénuries pèsent sur l'entretien et les rénovations

    La Havane, avril 209: ce qui frappe souvent dans les travaux de rénovation en cours, c'est le peu de moyens dont disposent les artisans. RFI/Isabelle Le Gonidec

    Des travaux freinés souvent par la rareté des matériaux de construction : ciment, enduits, peinture... « S'il n'y avait pas eu ces problèmes d'approvisionnement, il y a bien longtemps que la rénovation de La Habana Vieja aurait été achevée », regrette Michael Gonzalez qui souligne le rôle du blocus commercial américain et la menace de la mise en oeuvre du titre III de la loi Helms-Burton. D'autant que toute rénovation coûte cher, car elle suppose l'utilisation de matériaux conformes à ceux utilisés dans la construction originelle. Teresa, qui rénove la grande maison de Centro Habana, soulignait également la difficulté à se procurer des matériaux. Il est d'ailleurs fréquent de voir dans les patios et les jardins des sacs de ciment ou d'enduits entassés en attendant d'être utilisés : lorsque les commerçants sont approvisionnés, les habitants font du stock provoquant une rapide pénurie. Un cercle infernal, nous a-t-on expliqué car on n'a jamais au premier achat la quantité nécessaire et les travaux traînent... Le coût du sac de ciment varie de 6 et 20 CUC, la monnaie convertible alors que le le revenu moyen est de 20 CUC.

    Aux habitants, que nous avons rencontrés, qui protestent en disant que les travaux de rénovation ne vont pas assez vite ou qui regrettent que tant d'hôtels soient construits alors que la population de la vieille ville manque encore de logements décents, la Oficina rétorque qu'elle fait avec les moyens du bord et qu'elle est ouverte au dialogue.

    Manque d'investissements publics, pénuries, pauvreté... et météo... Les quartiers proches du front de mer, le Malecón, régulièrement balayés par les tempêtes, ne se sont pas encore remis des coups de boutoir du cyclone Irma (13 septembre 2017) qui a détruit en une seule nuit quelque 30 000 logements. Nombre de familles attendent toujours dans des foyers d'accueil un nouveau logement comme cette habitante de Cayo Hueso, dont le toit de l'immeuble - déjà vétuste - s'est effondré. Relogée depuis dans un foyer, elle attend avec impatience un logement définitif. « J'ai écrit partout sauf au président Diaz Canel », nous raconte-t-elle. Si elle n'a pas touché la vieille ville, la tornade qui a surgi fin janvier a elle aussi affecté nombre de maisons (3 500), occasionné d'énormes dégâts matériels et tué 7 personnes dans des quartiers plus périphériques. Un phénomène météo inédit qui complique encore la tâche des autorités.

    Le toit de cet immeuble de la rue Animas s'est écroulé lors de l'ouragan Irma en septembre 2017. Deux personnes ont été tuées. Une famille habite toujours au rez-de-chaussée. RFI/Isabelle Le Gonidec

    Reste que, malgré le travail accompli par la Oficina, le chantier reste immense. La célébration du 500e anniversaire doit être l'occasion pour La Havane de rattraper les années perdues. Elle n'est qu'une étapedans un processus de reconstruction à longue échéance. C'est « le défi d'une utopie », selon les termes d'Eusebio Leal. Reste à savoir si le contexte économique et politique régional, qui s'est tendu ces derniers mois, ne compliquera encore pas ce volontarisme affiché.

    ►Eusebio Leal est cette semaine à Paris pour une conférence intitulée « La restauration du Centre historique de La Havane :  le défi d'une utopie », mercredi à l'Unesco, et vendredi à La Sorbonne à l'invitation du GRIAHAL-CHCSC et du CRIMIC, laboratoires de recherche sur le monde hispanique, avec le soutien de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme Paris-Saclay.

    ►Les entretiens avec Maria Victoria Zardoya et Michael Gonzalez ont été menés avec Rafael Morán de la rédaction en espagnol de RFI

    ►Pour aller plus loin: Histoire de La Havane, deEmmanuel Vincenot, Fayard, 2016

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