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    La criminalisation de l'homophobie fait réagir au Brésil

    media Le président Jair Bolsonaro, le 13 juin 2019. REUTERS/Adriano Machado

    La députée brésilienne Erica Malunguinho, première membre du Congrès transgenre de l'histoire de son pays, entrée en fonction au moment où l'extrême droite de Jair Bolsonaro raflait la présidence, vient d'effectuer un passage à Paris. L'occasion d'évoquer la décision du Tribunal suprême fédéral de criminaliser l’homophobie et la transphobie, qui a vivement fait réagir le chef de l'État cette semaine.

    Au Brésil, les actes de racisme peuvent conduire à une amende ou à la case prison. Et cette semaine, le Tribunal suprême fédéral (STF) a décidé que ces peines devaient aussi s'appliquer aux actes d'homophobie et de transphobie, ce qui a fait réagir le président Jair Bolsonaro, fréquemment accusé d'homophobie.

    La Brésilienne Erica Malunguinho, 37 ans, n'est pas satisfaite pour autant. « Cette mesure n’est pas suffisante, dit-elle à RFI. Nous avons un historique de lois qui ne remplissent pas le rôle pour lequel elles ont été créées. » Et de citer justement la législation sur le racisme, qui est inopérante à ses yeux.

    « Je suis contre la politique des punitions »

    « Nous avons par exemple une loi contre le racisme, et pourtant nous voyons fréquemment des personnes noires discriminées et victimes de violences, de crimes de haine. Et il n’y pas d’enquête de police pour ces crimes de haine raciale », explique la première parlementaire transgenre de l'histoire du Congrès.

    Erica Malunguinho voudrait qu'il soit possible, à terme, de prendre le problème de la violence à la racine. « Si nous n’avons pas un pacte social lié à une loi, cela ne sert à rien, plaide-t-elle. Je suis contre la politique des punitions. Je comprends que ces lois sont importantes, mais j’espère qu’elles sont transitoires. »

    Selon l'élue de São Paulo, originaire de Recife, il est au fond assez triste d'avoir besoin de mettre en place des systèmes de punition ou de criminalisation « pour que les personnes comprennent quelque chose de basique », à savoir tout bonnement « le respect du corps de l’autre et de l'existence de l’autre ».

    Portrait mural de Marielle Franco. Rio de Janeiro, le 12 mars 2019. REUTERS/Sergio Moraes

    Le Brésil, un pays violent pour les LGBT

    La prise de position de la plus haute juridiction du pays n'est pas dénuée de contexte. L’an dernier, Marielle Franco, conseillère municipale de gauche à Rio, noire et homosexuelle, a été assassinée. Puis Jean Wyllys, célèbre parlementaire homosexuel, a choisi le chemin de l'exil à l'étranger de crainte de subir son sort.

    Le Brésil fait partie des endroits où l'on observe le plus grand nombre d'assassinats de personnes LGBT au monde. En janvier, dans la région de São Paulo, le corps d’une trans a été retrouvé sans cœur. Selon la célèbre ONG Grupo Gay da Bahia (GGB), il y a eu, en 2017 dans ce pays, 387 meurtres et 58 suicides.

    Récemment, le conseil national LGBT a été supprimé et des fonds consacrés à la défense des minorités sexuelles ont été supprimés. La majorité des juges ayant voté pour la criminalisation ont justifié leur décision par l'absence d'action au Congrès sur ce sujet. Quitte à être accusés d'envoyer un message politique au président.

    « Mélanger la politique et la religion »

    Les trois juges qui ont voté contre cette criminalisation estiment en effet que la décision devrait incomber au Congrès et non au Tribunal fédéral suprême. Quand à Jair Bolsonaro, il estime également que l'institution a outrepassé ses prérogatives, réaffirmant au passage sa volonté d'y nommer un juge évangélique.

    L'ancien militaire est allé jusqu'à affirmer que la décision du STF serait préjudiciable aux minorités sexuelles. Un employeur « réfléchira à deux fois » avant d'embaucher un homosexuel de peur d'être accusé d'homophobie, a plaidé le chef de l'État, soutenu par des églises pentecôtistes ultra-conservatrices.

    Huit juges ont voté la criminalisation. Un évangélique aurait « demandé un délai » pour approfondir le sujet, estime M. Bolsonaro. « Il faut un équilibre », selon lui. Mais il promet qu'il « ne s'agit pas de mélanger la politique et la religion ». Deux postes seront vacants avant la fin de son mandat en 2022.

    ► Lire aussi : Pour Erica Malunguinho, « il est très dangereux d'être LGBT au Brésil » (France 24)

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