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    Brésil: en pleine tourmente, l'ancien juge Sergio Moro se met en retrait

    media Le ministre de la Justice Sergio Moro va se mettre en retrait suite aux révélations qui pointent des irrégularités lorsqu'il était juge. EVARISTO SA / AFP

    L’ancien juge Sergio Moro, héros de l’anti-corruption au Brésil, prend des vacances en pleine tourmente. Depuis un mois, l'actuel ministre de la Justice du gouvernement de Jair Bolsonaro est inquiété par des révélations qui pointent des irrégularités lorsqu’il était juge, notamment dans l’affaire « Lava Jato » et l’emprisonnement de l’ancien président Lula.

    De notre correspondant à Sao Paulo,

    Si le président brésilien soutient toujours Sergio Moro, l'image de l'ancien juge continue de diviser les Brésiliens. Les révélations du site The Intercept ont approfondi leurs divisions. Du côté des électeurs de Jair Bolsonaro, le départ en vacances soudain du ministre de la Justice Sergio Moro ne choque pas, bien au contraire.

    Sergio Moro, idole d'un grand nombre de Brésiliens

    « Tout le monde a droit à des vacances, non ? Il a peut-être juste besoin de remettre un peu d’ordre dans sa tête. Moi, je suis en vacances et je ne vois pas pourquoi tout le monde n’aurait pas droit à ça », témoigne Sergio Fernandes, originaire de Curitiba, la ville où Sergio Moro était juge.

    C'est à cette époque qu'il est devenu la figure de l’anti-corruption, grâce à l’enquête « Lava Jato ». Il a envoyé derrière les barreaux un grand nombre de dirigeants politiques, dont l’ancien président de gauche Lula da Silva. « Pour moi, Sergio Moro, c’est le héros du Brésil. Je l’aime beaucoup », poursuit avec admiration Sergio Fernandes.

    Le 30 juin dernier, les soutiens au président Jair Bolsonaro sont descendus dans la rue pour défendre son ministre. NELSON ALMEIDA / AFP

    La publication par le site The Intercept de conversations entre l’ancien magistrat et les procureurs de l’opération « Lava Jato » n’a pas eu beaucoup d’impact sur les soutiens de Sergio Moro. Malgré les révélations de tentatives de manipulation de l’enquête, il reste l’idole d’un grand nombre de Brésiliens.

    « Je pense que pour combattre la corruption, tout est permis. Vraiment tout. Parce que la corruption, c’est le plus grand mal. Elle est responsable de la situation si grave que l’on vit aujourd’hui », raconte Leandro Tonnelli, viscéralement anti-Lula et anti-Parti des travailleurs (PT). Pour lui, la fin justifie les moyens.

    Une preuve de lâcheté

    Du côté des électeurs de gauche, la plupart étaient déjà persuadés de l’acharnement du juge sur leur candidat. « Avec les révélations est venu le moment de faire tomber les masques. Donc, je pense que s’éloigner à ce moment-là, ça démontre justement qu’il a vraiment honte ou qu’il essaie de sortir de la scène politique », s'indigne Gerson Oliveira.

    Ce dernier a suivi toutes les publications du site The Intercept et pour lui, la pause politique de Sergio Moro n’est qu’une preuve de plus de sa lâcheté. Mais ces vacances n’ont « rien à voir avec l’affaire », selon le porte-parole du gouvernement ; elles permettront juste au ministre de la Justice de « se ressourcer ».

    Pour Luli Radfahrer, professeur de marketing politique à l’université de Sao Paulo, cette pause est une bonne stratégie. « Ça montre un mouvement très intéressant de Sergio Moro, qui se transforme en figure politique. Il a une image résiduelle forte, qui dure dans le temps », analyse-t-il dans un premier temps.

    « Le Brésilien moyen est quelqu’un de peu cultivé, qui lit peu et s’informe principalement via la télévision, dont une partie est cooptée par le gouvernement. Donc, d’ici un peu plus de cinq jours, une semaine, ce Brésilien n’aura pas toutes les informations pour se replonger dans l’histoire de Sergio Moro et gardera le souvenir de lui comme de quelqu’un qui a fait du bien au pays », ajoute Luli Radfaher.

    Un test de popularité

    Lors de la finale de la Copa America le dimanche 7 juillet dernier, Jair Bolsonaro a voulu tester la popularité de son ministre devant les supporters du stade Maracana. Résultat : le public a autant sifflé qu’applaudi les deux hommes.

    Le président brésilien Jair Bolsonaro (à droite) a voulu tester la popularité de son ministre Sergio Moro lors de la finale de la Copa America le dimanche 7 juillet dernier. CARL DE SOUZA / AFP

    « Il a un soutien populaire tellement fort, il est plus apprécié que le président lui-même. Donc, ce à quoi on assiste, c’est une danse politique dans laquelle chacun tente de diminuer un peu le pouvoir de son adversaire, sans pouvoir l’attaquer directement. Parce que Sergio Moro détient le genre de pouvoir populaire qui participe à faire élire un politique », conclut Luli Radfahrer, pour qui ce geste montre que le président a besoin de Sergio Moro.

    La popularité de l'ancien juge a baissé moins vite que celle du président brésilien ces derniers mois. La semaine dernière, un sondage Datafolha révélait qu’elle était tombée de sept points en trois mois. Avec 52% d’opinions favorables, le ministre de la Justice est encore bien au-dessus du gouvernement de Jair Bolsonaro.

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