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    Woodstock 69: après la fête, les dettes

    media Carlos Santana et son groupe sur la scène du festival de Woodstock, le 16 août 1969. De gauche à droite : Jose Areas aux timbales, le percussionniste Michael Carabello, le batteur Michael Shrieve et le bassiste David Brown. Bill Eppridge/Gettyimages

    C’était il y a cinquante ans, entre le 15 et le 18 août 1969, se tenait le festival de Woodstock, rassemblement aussi emblématique que mythique de la culture hippie des années 1960. Trois jours et trois nuits chaotiques de « musique et d’amour » qui ont marqué le monde et le XXe siècle, mais aussi passablement ruiné ses organisateurs.

    L’annonce, brutalement tombée le 31 juillet dernier, a claqué sèchement comme la corde de guitare cassée à Woodstock par Jimi Hendrix en plein solo fiévreux de Red House. Le grand concert anniversaire des cinquante ans du mythique festival tenu entre le 15 et le 18 août 1969 a été annulé in extremis. Une multitude de rebondissements rocambolesques, les défections successives des stars, et le refus de nombreuses municipalités d’accueillir l’événement auront eu raison de sa tenue. 

    Détail piquant, c’est Michael Lang, l’un des quatre fondateurs historiques de la première édition, qui en tant que co-organisateur de la version 2019, a lui-même annoncé que les bougies étaient remisées au placard. Si Woodstock 1969 s’est révélé un gouffre financier pour ses instigateurs, la tentative en 2019 d’un bis repetita dans les pâturages de l’État de New York a également connu un financement douloureux. Le principal partenaire financier, Amplifi Live, une filiale du groupe japonais Dentsu, s'est retiré du projet en « doutant de sa faisabilité », emportant donc avec lui les 18 millions de dollars initialement investis. 

    Rien n’avait été simple non plus dans l’organisation du festival de Woodstock, il y a maintenant un demi-siècle. À l’origine, ils étaient quatre jeunes Américains, que rien sinon le goût de faire des affaires ne pouvait réunir. On a un peu tendance à l’oublier aujourd’hui, mais le fait culturel le plus marquant de la culture hippie et contestataire des années 1960 et 1970 était à l’origine un projet ouvertement et honnêtement capitaliste, pensé et monté pour gagner de l’argent. Début janvier 1969, John Roberts et Joel Rosenman, âgés chacun de 24 ans, ont placé une petite annonce dans les colonnes du Wall Street Journal, dans laquelle ils se présentent comme « deux jeunes hommes au capital illimité recherchant des opportunités d’investissement et autres propositions d’affaires ».

    Joe Cocker à Woodstock, en 1969, lors de sa prestation au cours de laquelle il proposa notamment au public une époustouflante reprise de la chanson des Beatles, «With a little help from my friends». Fotos International/Getty Images

    Torse nu, gilet en cuir et cheveux longs au vent

    À la suite de la publication de cette annonce qui suscita des milliers de réponses, Roberts et Rosenman, deux hommes d’affaires habillés comme on le suppose avec un costume-cravate, rencontrent deux jeunes hippies idéalistes versés dans la promotion de concerts, Michael Lang et Artie Kornfeld, eux aussi habillés comme on le supposerait, torse nu sous un gilet en cuir et cheveux longs au vent. Si les deux premiers associés comptaient à l’origine s’enrichir en produisant un programme TV, leur association avec Lang et Kornfeld les amène plutôt à envisager l’acquisition d’un studio d’enregistrement, Media Sounds, situé dans la très paisible petite localité de Woodstock, comté d’Ulster, au cœur de la campagne de l’État de New York. 

    Nonobstant la promesse initiale de la petite annonce du WJS sur le « capital illimité », les quatre compères ont besoin d’argent pour acheter le studio de leurs rêves. Et la meilleure idée qui leur vient alors à l’esprit pour récolter les fonds nécessaires est d’organiser un festival, un grand, un très grand festival réunissant tous les meilleurs artistes du moment. Et bien sûr, il se tiendra à Woodstock. Pourquoi à Woodstock ? Parce que plusieurs artistes de renom y avaient élu domicile, dont Bob Dylan – qui refusa néanmoins de participer au concert de 1969 eu égard son aversion pour le mouvement hippie – et Jimi Hendrix qui pour sa part a écrit une des plus belles pages de l’événement. 

    « Les pertes ont avoisiné les 10 millions de dollars »

    La toute jeune société Woodstock Ventures Inc. récemment mise sur pied par les quatre garçons dans le vent du business enchaîne les uns après les autres les refus des municipalités - Woodstock la première - complètement effarées à l’idée d’accueillir 50 000 beatniks chevelus, du jamais-vu à l’époque. Moyennant 50 000 dollars, les organisateurs jettent leur dévolu sur près de 250 hectares de champs de luzerne loués à un fermier nommé Max Yasgur, à Bethel, bourgade fermière située à quelques encablures de Woodstock. Ils ajoutent à la dépense 75 000 dollars placés sous séquestre en vue de la restauration des lieux après le festival. 

    « On s’attendait à monter le show et à en retirer tranquillement des bénéfices, mais avec ce qui a suivi, c’est surtout devenu une folie, la mésaventure d’une vie » confiait l’an passé Joel Rosenman au magazine musical Classic Rock. « Dire de Woodstock que cela a été un gouffre financier est une manière douce de dire les choses, si l’on ajuste toutes les dettes avec l’évolution de l’inflation, les pertes ont avoisiné les 10 millions de dollars » confessait-il dans le même entretien. Des pertes suscitées dès les préparatifs du festival, avant même de régler la note des champs de Bethel, quand il a fallu engager des artistes et leur assurer un cachet convenable. Pour se donner l’air crédible, les organisateurs n’hésitent pas à payer un peu au-dessus du prix habituel en offrant 15 000 dollars (soit environ 90 000 euros actuels) à chaque artiste. Jimi Hendrix se contentera de 18 000 dollars, loin des 50 000 qu’il tentait d’exiger. Mais à mesure que l’affiche se remplit, le tiroir-caisse de la Woodstock Ventures Inc. se vide inexorablement. 

    Le festival qui a gardé le nom de Woodstock bien que ne s’y déroulant pas précisément, réunit du 15 au 18 août 1969 notamment Jimi Hendrix, The Who, Janis Joplin, Grateful Dead, Creedence Clearwater Revival, Santana, Jefferson Airplane, Joe Cocker, Joan Baez… Tous rassemblés sous une pluie torrentielle qui a tôt fait de transformer les champs herbacés en une immense pataugeoire de boue, comme un signe annonciateur s’il en est du bourbier financier dans lequel seront durablement empêtrés après le festival Roberts, Rosenman, Lang et Kornfeld. Une fois le lieu adopté et l’affiche imprimée et diffusée, promettant « Trois jours de musique et de paix », il était temps de songer à la logistique de l’événement. Monter des barrières, ériger des portes d’accès, des points de vente de la billetterie, mais aussi installer des sanitaires en nombre suffisant, sans oublier un espace de loges pour les artistes, des dépenses qui aggravent encore le déficit de l’organisation. 

    Le bassiste David Brown (g) et le guitariste et chanteur Carlos Santana à Woodstock, le 16 août 1969. © Getty images/Tucker Ransom / Intermittent

    Onze ans pour rembourser les dettes de Woodstock

    Moins d’une semaine avant le festival, les équipes d’installation du site préviennent que les délais ne seront pas tenus. Autrement dit, il faut choisir entre finir de monter la scène ou bien terminer d’installer les barrières… « Si nous n'avons pas de scène, c'est très embêtant, et si on fait un concert gratuit, on va perdre des millions de dollars... Ça tombe bien, car je n'ai pas des millions de dollars » s’esclaffe Joel Rosenman dans une interview filmée qui figure sur la version longue du film Woodstock. Face à un choix aussi cornélien, les quatre associés optent pour un concert gratuit. Gratuité qui en démultipliant l’affluence ne fera qu’accentuer l’abîme financier dans lequel ils se précipitent, au son déchirant de la guitare d’un Carlos Santana sous mescaline ou de la voix éraillée et imbibée d’un Joe Cocker. Il faut engager des moyens supplémentaires, recourir à plus d’hélicoptères pour transporter plus de nourriture et plus de matériel. Les 50 000 participants espérés ont fini par tutoyer allègrement le demi-million de festivaliers en trois jours. De quoi une fois de plus sérieusement alourdir la facture. 

    Le 19 août 1969, moins de 24 heures après la dernière performance du festival, assurée pour la postérité par un Jimi Hendrix flamboyant, l’un des co-organisateurs, Michael Lang, reçoit chez lui l’appel d’un de ses acolytes. « Il faut que tu viennes ici tout de suite » lui dit-on. « Où ça, ici ? » rétorque-t-il. « À la banque, à Wall Street » obtient-il en guise de réponse. Un authentique succès culturel peut en effet dissimuler un désastre financier, les quatre associés l’ont bien compris lors de cette réunion face à la mine fâchée de leur banquier. Criblés de dettes vertigineuses, Roberts et Rosenman refusent d’admettre la banqueroute. Mais ils doivent très vite trouver un moyen de renflouer les caisses, à commencer par celles de la banque. 

    Dans la précipitation chaotique de l’organisation du concert, Artie Kornfeld s’était entendu à la dernière minute avec les studios Warner Bros, chargés de filmer l’événement en vue de la sortie éventuelle d’un documentaire. Moins de 48h avant le début du festival, le tournage est confié au réalisateur Michael Wadleigh qui monte en hâte une équipe, dans laquelle figure un jeune étudiant frais moulu de l’école de cinéma de New York, un certain Martin Scorcese. Récompensé par un Oscar, le film Woodstock allait devenir l’un des plus profitables de sa catégorie, en particulier pour Warner Bros. Pris à la gorge, les associés de Woodstock Ventures Inc. cèdent les droits pour 100 000 dollars. Dix ans plus tard, la Warner avait déjà empoché 500 millions de dollars grâce à l’exploitation du film et du triple album vinyl, selon des estimations de la revue Rolling Stone. De son côté, Woodstock Ventures Inc. est parvenu à effacer ses dettes colossales seulement à partir de 1980, onze ans après le festival !

    Le chanteur américain Richie Havens a fait l’ouverture du festival le 15 août. Son interprétation de la chanson «Freedom» fait intégralement partie de la légende du festival de Woodstock. Elliott Landy

    Exploiter le filon de la légende

    « Je ne sais pas si vous avez déjà été impliqué dans un projet de capital-risque - ils sont toujours exaltants. Je dirais que le facteur de stress était amusant, mais que c’était un projet enrichissant sur lequel travailler. Il a pris une signification presque religieuse après coup » confiait Joel Rosenman en 1994 au Washington Post. Dans ses mémoires intitulées The Road to Woodstock, Michael Lang va même jusqu’à écrire qu’« il ne faut pas prendre Woodstock pour une mine d’or qui apparaît après un arc-en-ciel, mais bien plus pour l’arc-en-ciel lui-même ». Mais la dimension spirituelle ne saurait écarter longtemps l’appât du gain. Ruinée et ayant enfin remboursé ses dettes, la Woodstock Ventures Inc. n’a eu de cesse depuis d’exploiter le filon de la légende dont elle détient la propriété intellectuelle du nom, ainsi que le fameux logo de la colombe perchée sur un manche de guitare.

    À chaque anniversaire, ils tentent de rééditer l’exploit du mega festival de 1969, avec plus ou moins de succès comme en témoigne la récente annulation du cinquantième anniversaire. En 1994, à l’occasion des 25 ans de Woodstock, un premier concert du souvenir avait eu lieu, aux antipodes du premier, avec plusieurs millions de dollars lâchés par les sponsors, uniquement des multinationales. Bien plus que la musique live, aujourd’hui c’est bien le merchandising qui constitue la manne financière la plus rentable avec des t-shirts, serviettes de plage et autres casquettes frappées du logo Woodstock. Le cinquantième anniversaire de la grand-messe hippie a aussi été l'occasion de commercialiser de la marijuana sous la marque Woodstock, à la vente dans les États américains qui autorisent le cannabis récréationnel.

    Sur RFI Musique : Woodstock, la construction de la légende en France

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