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    Amériques

    Pérou: douze ans après le séisme, Pisco se reconstruit doucement

    media Les décombres de l'église San Clemente détruite par le séisme le 15 août 2007 à Pisco (300 km au sud de Lima). AFP PHOTO / JAIME RAZURI

    Le 15 août 2007, un tremblement de terre d’une magnitude de 8 sur l’échelle de Richter frappe le Pérou, notamment les villes de Pisco, Chincha, Cañete et Ica au sud de Lima. Le séisme provoque la mort 595 personnes, 2 291 sont blessées et 76 000 habitations sont détruites. Douze ans plus tard, la reconstruction est bien avancée, après des débuts difficiles.

    Cristina Fernández se trouvait dans un café internet à 18 h 40 le fatidique 15 août 2007. Elle a pu sortir, tout juste, avant que le local ne s’effondre. Malgré la peur des répliques, elle a choisi de rester : « Au début, la reconstruction a été lente. Encore aujourd’hui, on peut voir que certaines maisons n’ont pas été reconstruites. Pour les commerçants, il y a eu un effet tremblement de terre paradoxalement positif par certains côtés. Peu de gens au Pérou connaissaient la ville de Pisco et après beaucoup sont venus faire du tourisme pour voir les dégâts… Il a fallu 5 ans pour que les choses commencent à s’arranger ».

    De nouvelles infrastructures

    Maire à l’époque du tremblement de terre, Juan Mendoza Uribe vient d’être réélu. Alors que la cathédrale a été reconstruite et que la place centrale est en plein travaux, il est plutôt satisfait de l’état actuel de sa ville : « Pisco a reconstruit son réseau d’eau potable et de ses égouts à 90 - 95 %. Pour la légalisation des terres, nous avons pu remettre 13 500 titres de propriété pour que les habitants puissent reconstruire. 15 000 autres maisons n’ont pas été rebâties car ceux qui y habitaient n’avaient pas de titre de propriété et donc pas le droit de recevoir une aide de l’Etat. Ces familles sont celles qui vivent toujours dans des maisons en préfabriqué faute de solution légale. »

    Pisco, le 17 août 2007. AFP PHOTO/MINISTERIO DEL INTERIOR

    Ricardo habite dans un taudis de bois, de carton et de plastique dans la zone connue comme Pisco Plage. Les habitants refusant de s’en aller n’ont reçu aucune aide car tout ce quartier au bord de mer a été déclaré inconstructible, malgré les doutes de la population. Ricardo par exemple ne veut pas partir : « On a entendu dire qu’ils voulaient construire une station balnéaire et pourtant, à nous, on disait que les sols étaient liquéfiables en cas de tremblement de terre, que la zone était inconstructible mais c’est le cas pratiquement de tout Pisco. Nous, nous sommes nés ici, nos parents aussi et c’est l’endroit où nous voulons vivre, pas ailleurs ». C’est près de la plage que la ville de Pisco montre son image la plus désolée. Ici, pas de travaux ou presque sauf un parc qui a du mal à sortir du sable.

    Manque de médecins et de professeurs

    Ailleurs, le cimetière a été refait, deux centres commerciaux construits ainsi qu’un boulevard piétonnier, la nouvelle mairie et deux hôpitaux, sans que le maire Juan Mendoza ne soit entièrement satisfait : « Les hôpitaux ici sont modernes mais ils ne sont que de niveau 2. Cela signifie que nous n’avons pas de spécialistes permanents à Pisco. Nous n’avons pas d’oncologues, de cardiologues, nous n’avons pas de neurologues, d’endocrinologues… les médecins spécialisés sont à Lima ou dans les hôpitaux régionaux d’Ica ». Mototaxi depuis 13 ans, Daniel Bernal est satisfait de la reconstruction physique de Pisco, moins de la qualité de ses services : « Il faut plus de travail et une éducation de meilleure niveau. Reconstruire les écoles c’est bien, mais le niveau des professeurs est bas ».

    ►À écouter aussi : Reportage International - Pérou : reconstruction de Pisco, six ans après le tremblement de terre

    Cela peut paraître paradoxal, mais c’est le tremblement de terre qui a fait rentrer Pisco dans la modernité puisque les installations d’eau potable et les égouts sont tout récents. Gustavo Otoguchi est propriétaire d’un hôtel qui a résisté au séisme. Il reconnaît que de nombreuses maisons ont été reconstruites par les particuliers, ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle : « La majorité reconstruit en béton et en matériaux nobles. La terre argileuse a pratiquement disparu mais tout le monde n’utilise pas des architectes et des ingénieurs confirmés. C’est une question de budget, les gens qui n’ont pas accès à un prêt bancaire reconstruisent à l’ancienne : juste avec un maçon et sans l’aide de techniciens qualifiés. » Des colonnes trop fines ou l’utilisation de sable de mer pourrait fragiliser les nouvelles constructions en cas de tremblement de terre.

    Et ces forts séismes, ils sont nombreux à les redouter encore comme Cristina Fernández : « La peur n’est pas partie, ce n’est pas le pour moi. Dès qu’il y a une secousse même pas très forte, la première chose que je fais, c’est de me précipiter dehors de peur d’être enseveli sous les décombres. »

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