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    Amériques

    L'Amazonie, un poumon malade en grand danger

    media Une vue de la forêt amazonienne en train de brûler le 17 août 2019 dans l'État d'Amazonas au Brésil. REUTERS/Ueslei Marcelino

    Le bassin forestier amazonien, surnommé au Sommet de la Terre « le poumon de la planète », est malade et gravement menacé, comme en témoignent encore de violents incendies qui ont provoqué de nombreuses réactions à travers le monde. Des récentes évaluations scientifiques signalent son mauvais état de santé, aggravé par une déforestation quatre fois plus importante que l’année dernière.

    Les forêts tropicales comptent environ un tiers des 3 000 milliards d’arbres du globe. À elle seule, l’Amazonie représente plus de la moitié des forêts tropicales restantes sur terre. Sa superficie, dont 63% se trouvent au Brésil, est de 5 500 000 km2. Malade, minée par de nombreuses atteintes et détruit entre autres par de nombreux incendies, l’avenir de l’Amazonie est gravement menacé. Depuis 1970, elle a perdu 17% de sa surface, à cause du réchauffement climatique et des activités humaines. Certains experts prédisent qu’au-delà de 20% de perte, elle pourrait atteindre un point de non-retour.

    Zone de déforestation en Amazonie RAPHAEL ALVES / AFP

    Des signes d’essoufflement des forêts

    Indépendamment des initiatives humaines destructrices et irresponsables, ces grandes forêts tropicales s’essoufflent. De plus en plus malades, du fait des multiples pressions qu’elles subissent, elles risquent de ne plus pouvoir contribuer à l’équilibre planétaire et peut-être à terme, de disparaître.

    Les forêts et les océans absorbent entre 35% et 30% des gaz à effet de serre (GES) de la planète. En séquestrant le CO2 (gaz carbonique), les arbres des forêts agissent comme de véritables puits de carbone, qui contribuent à la limitation des émissions de GES responsables du réchauffement climatique. Or, plusieurs facteurs, dont la déforestation, font craindre que ces puits de carbone ne puissent plus jouer leur rôle. Un scénario qui aggraverait grandement le dérèglement climatique et qui inquiète les experts du climat des Nations Unies, le GIEC, qui signale « l’incertitude liée à l’avenir du puits de carbone terrestre » dans leur dernier rapport, publié début août 2019.

    Déjà en 2017, une étude publiée dans la revue Sciences avait tiré la sonnette d’alarme, assurant que les tropiques émettaient plus de CO2 (gaz carbonique, principal GES) qu’ils n’en capturaient, à cause de la déforestation. Mais d’autres facteurs interviendraient. L’augmentation du CO2 dans l’atmosphère est supposée stimuler la photosynthèse, donc a priori plus d’arbres et plus de captation de CO2, mais les choses ne sont pas si simples. D’après plusieurs études publiées cet été, la photosynthèse est limitée par d’autres facteurs comme l’augmentation de la température et le manque de nutriments. Par exemple une étude récente dans Nature Geoscience estime que l’appauvrissement en phosphore du sol de l’Amazonie limite la croissance des arbres malgré l’apport supplémentaire de CO2. Résultat, comme le constate à partir de données satellites, Jean-Pierre Wigneron de l’Institut français de recherche agronomique dans un article publié fin juillet dans la revue Nature Plants : la biomasse de la zone tropicale n’est pas en augmentation, elle est restée stable depuis 2010. Une autre étude publiée mi-août 2019 dans Nature Communication va plus loin et estime que les tropiques sont devenus un contributeur net en CO2.

    Ces constats scientifiques préoccupants sur le rôle des forêts tropicales et sur l’avenir de l’Amazonie sont cependant nuancés par d’autres recherches. Une étude publié mi-août 2019 dans Nature Climate Change estime que le CO2 continuera à stimuler la biomasse végétale malgré les effets contraignants des nutriments du sol, comme le phosphore et l’azote. Ce qui voudrait dire, comme l’explique à l’AFP Cesar Terrer de l’université de Stanford, que « la biomasse végétale devrait croître de 12% d’ici à 2100, augmentant son absorption de carbone de l’équivalant de six années d’émissions ». Un optimisme qui ne lève pas pour autant les inquiétudes sur l’avenir de ses forêts tropicales car, comme le souligne Philippe Clais du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement à l’AFP, « dans l’hémisphère nord, la séquestration du carbone dans la forêt est plus importante depuis une trentaine d’années ». La question étant : « pourront-elles compenser les faiblesses des tropiques ? ».

    Amazonie . REUTERS/Enrique Castro-Mendivil/Files

    Les chiffres de la déforestation

    Au-delà de tous ces débats scientifiques sur la santé de la forêt et sur sa capacité à stocker une partie de nos émissions de GES, la première des priorités est déjà de garder ces forêts en vie et de les préserver de toutes les atteintes destructrices qui l’entament. Le principal danger étant leur mise à mort par la déforestation. Or, cette déforestation chronique connait en Amazonie un nouveau pic alarmant.

    L’Institut national de recherche spatiale brésilien (INPE), l’organisme chargé de mesurer la déforestation en Amazonie, a signalé que la déforestation de l’Amazonie brésilienne (63% de l’Amazonie) au mois de juillet (2019) était de 2 254 km2 contre 596,6 km2 en juillet 2018, soit une augmentation de 278% sur un an. L’INPE qui avait déjà indiqué une augmentation de 88% de la déforestation en juin 2019, mesure que sur les douze mois écoulés cette déforestation a atteint 6 833 km2, soit une augmentation de 40% sur l’année précédente.

    D’autres chiffres de l’INPE, concernant les incendies, signalent 2 500 départs de feu en 48 heures sur le Brésil ses derniers jours. Entre janvier et le 21 août, l’Institut recense 75 336 feux de forêt, soit 84% de plus que l’année dernière à la même époque, et plus de 52% concernent l’Amazonie.

    Jair Bolsonaro . REUTERS/Ueslei Marcelino

    Jaïr Bolsonaro et l’Amazonie

    Le président d’extrême droite du Brésil, Jaïr Bolsonaro, climato-sceptique notoire, a des positions sur l’Amazonie vivement contestées au Brésil, principalement par les populations indigènes et les ONG, et au niveau international par de nombreux pays où se sont déroulés ses derniers jours de multiples manifestations aux cris de « Arrêter la destruction maintenant.Sauvez notre planète ».

    Les défenseurs de la forêt accusent Jaïr Bolsonaro de vouloir sacrifier l’Amazonie pour satisfaire les intérêts des lobbies des industries minières, agroalimentaires et forestières qui l’ont soutenu durant sa campagne électorale.

    Depuis le début de son mandat, Jaïr Bolsonaro a multiplié ses actions sur l’Amazonie pour favoriser son exploitation, en l’ouvrant davantage aux investissements agricoles et miniers, en assouplissant les réglementations environnementales mises en place par ses prédécesseurs, et en réduisant les amendes imposées aux exploitants contrevenants. Il avait, par exemple, très vivement réagi à la diffusion des chiffres de la déforestation par l’INPE en limogeant son directeur, Ricardo Galvao, l’accusant de donner des informations « mensongères… qui porte préjudice à l’image du Brésil … (et) qui ne correspondent pas à la réalité, pour faire le jeu des ONG », en nommant à la place du directeur scientifique limogé un colonel à la retraite (Darcton Policarpo Damaiao). Des ONG en ligne de mire, encore récemment accusées par le président d’être responsables des incendies. Le même président qui se félicitait d’ouvrir les territoires réservés aux populations autochtones à l’exploration minière, sous prétexte « d’intégrer les indigènes à la société » sans les laisser « confinés comme dans un zoo ».

    Face aux multiples critiques, Jaïr Bolsonaro avait eu cette formule le 19 juillet 2019 :« si toute cette dévastation dont vous nous accusez était réelle, la forêt amazonienne serait déjà un grand désert ».

    Un homme travaille dans une région en feu de la jungle amazonienne en train d'être défrichée, dans l'État d'Amazonas, au Brésil. REUTERS / Bruno Kelly

    Les pressions internationales

    Le 10 juillet dernier, alerté par les chiffres sur l’intensification de la déforestation au Brésil depuis l’arrivée de Jaïr Bolsonaro, le gouvernement allemand a suspendu une partie de ses subventions à des projets de protection de la forêt amazonienne, soit 35 millions d’euros, jusqu'à ce que les chiffres redeviennent encourageants.

    Mi-août, le principal bailleur, la Norvège, met également un terme à son aide, considérant que « le Brésil ne veut plus souhaiter arrêter la déforestation ». La Norvège a apporté 93,5 % des quelque 760 millions d’euros versés entre 2008 et 2018 au Fond Amazonie, l’Allemagne y a contribué à hauteur de 5,7 %.

    Le 19 août 2019, ce sont des gouverneurs des états amazoniens qui ont critiqué les initiatives du président, lors d’une réunion régionale à Salvador de Bahia, en présence de délégations de 24 pays, en vue de préparer le sommet des Nations Unies sur le climat (23 septembre à New York) et la Cop25 (du 2 au 13 décembre au Chili ) qui doit mettre en ordre de bataille les Accords de Paris.

    Les multiples développements de cette crise durant ces derniers mois et la vague d’incendies qui a récemment soulevé de nombreuses réactions à travers le monde ont amené la France et l’Irlande à menacer de bloquer l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur, doutant des engagements environnementaux pris par Jair Bolsonaro.

    Un sujet, devenu international, qui s’est invité au sommet du G7 de Biarritz.


    Quelques chiffres à retenir sur l'Amazonie

    Le continent vert

    L’Amazonie s’étend sur 5,5 millions de km². Elle englobe facilement 2,5 RDC, pourtant le pays le plus grand d’Afrique – et également l’un des plus verts. Si l’on prend en compte son bassin, c’est 7,4 millions de km². Celui-ci traverse de part en part la largeur de l’Amérique du Sud : 40% de la surface.

    L’Amazonie est la plus vaste forêt tropicale de la planète. Son bassin – soit le fleuve Amazone et ses nombreux affluents - est international car il se répartit sur neuf pays : le Brésil, la Bolivie, le Pérou, l'Équateur, la Colombie, le Venezuela, le Guyana, le Surinam et la Guyane (France). Environ 60% de sa surface se situe au Brésil, d’où le rôle majeur attendu de cet État dans sa préservation.

    Un poumon gangréné par la déforestation

    L'Amazonie concentre également un tiers des forêts primaires de la planète. Puits de carbone, la forêt absorbe davantage de CO2 qu'elle n'en rejette : elle emmagasine 90 à 140 milliards de tonnes de dioxyde de carbone, soit environ 15% des émissions globales, ce qui contribue à réguler le réchauffement climatique dans le monde. Or, ce poumon est aussi le nôtre : 20% de l’air que nous respirons en provient.

    Cette luxuriance est notamment permise par le fleuve Amazone, le plus long du monde, quasi 7000 km. Avec ses affluents, il transporte 20% de l'eau douce non gelée de la planète.

    Las, cette capacité d'absorption du CO2 chute - et fortement selon certains scientifiques -, en raison de la déforestation (lire-ci-dessus). Les principales causes de la déforestation sont l'agriculture, pour laisser place aux champs de soja ou de pâturage, la construction de barrages hydroélectriques et d'infrastructures routières, l'industrie minière, les feux de forêt et le trafic de bois.

    Une forte démographie

    On la croit inhospitalière et inhabitée, ne comptant que des lianes et des colibris. Rien n’est plus faux : 34 millions de personnes la peuplent. Si elle était un pays, elle serait parmi les 40 plus peuplés du globe !

    Qui sont ses habitants ? La forêt est habitée depuis 11 000 ans seulement. Aujourd’hui, deux tiers de ces personnes vivent… en ville, notamment à Manaus (jusqu’à 1,8 millions) ou Belem (2 millions).

    Près de trois millions d'Indiens forment quelque 420 tribus, selon l’Organisation du traité de coopération amazonienne (Octa). Une soixantaine d'entre elles vivent dans un isolement total. Les Indiens d'Amazonie parlent 86 langues et 650 dialectes. La tribu amazonienne la plus nombreuse est celle des Tikuna, forte de 40 000 membres, qui vit au Brésil, Pérou et Colombie, selon l'ONG Survival international.

    L’un d’entre eux est mondialement connu : le chef indien brésilien, de la tribu kayapo, Raoni Metuktire. Il voyage depuis 1989 pour la préservation de la forêt et des peuples indigènes.

    Un trésor inestimable de biodiversité

    La forêt, dont 2,1 millions de km² sont des zones protégées, abrite une biodiversité unique au monde: un quart des espèces mondiales y sont présentes, soit quelque 30 000 espèces de plantes, 2 500 de poissons, 1 500 d'oiseaux, 500 de mammifères, 550 de reptiles et 2,5 millions d'insectes, selon l’OTCA. Depuis 1999, plus de 2 200 espèces de plantes ou d'animaux y ont été découvertes

    ►À lire aussi : «Si la forêt amazonienne disparaît davantage, il y aura un risque certain pour le climat»

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