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    Colombie: les dissidences des FARC en concurrence

    media Patrouille de la guerilla dans les montagnes de Colombie Reuters/John Vizcaino

    L’annonce le 4 septembre dernier de la création d’une nouvelle guérilla armée des FARC a surpris les Colombiens qui pensaient avoir tourné la page d’une histoire douloureuse. Cette nouvelle dissidence, qui divise et questionne, trouvera-t-elle les ressources nécessaires pour se consolider et devenir un acteur important de la lutte armée ? C’est ce qui se joue en ce moment à l’heure où les tensions augmentent entre la Colombie et le Venezuela. Entretien avec Frédéric Massé, spécialiste de la Colombie.

    Les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple « Fuerzas armadas revolucionarias de Colombia – Ejército del Pueblo » (FARC-EP) généralement appelées FARC, ont été créés en 1964. Depuis cette date, elles ont été la principale guérilla communiste impliquée dans le conflit armé colombien jusqu'à la signature d’un accord de paix en 2016. Elles se sont alors démobilisées, ont rendu leurs armes et ont créé un parti politique du même acronyme, Force Alternative Révolutionnaire du Commun, le parti Farc légal . Mercredi 4 septembre, le numéro deux des FARC et ex-négociateur des accords de paix à La Havane, Ivan Marquez, entouré d’autres figures historiques de la guérilla, annonce dans une vidéo (sans doute tournée au Venezuela) la renaissance des FARC, ainsi que la création d’un mouvement politique clandestin, le Mouvement Bolivarien pour la Nouvelle Colombie.

    RFI – Frédéric Massé, vous analysez depuis des années cette histoire colombienne, quelles sont les motivations de cette nouvelle formation des FARC ?

    Frédéric Massé – Cette nouvelle formation des FARC, que l’on appelle les dissidents, est un peu différente de la dissidence proclamée avant même la fin des négociations de paix. Dans cette nouvelle formation, vous avez des poids lourds des FARC comme Ivan Marquez, le numéro deux, Jesús Santrich (ancien chef, représentant des FARC dans le processus de paix colombien à La Havane) et El Paisa, qui était le commandant pendant plus de deux décennies de la principale force d'élite des FARC, la colonne Teofilo Forero. Ce sont de hauts responsables des FARC qui ont pris part aux négociations de paix, qui ont été officiellement démobilisés et qui un jour ont disparu après avoir abandonné le processus de paix. Ils accusent le gouvernement colombien d’avoir trahi les accords de paix. Ils prennent prétexte de la supposée trahison de la mise en œuvre des accords de paix par le gouvernement pour justifier la reprise des armes. Cette position provoque un certain nombre de débats à l’intérieur même des FARC, car une grande partie des FARC dont Timochenko, le numéro un (Rodrigo Londoño, démobilisé, désormais président du parti Farc légal) ne sont pas du tout sur la même ligne.

    On soupçonnait ces personnes, qui avaient disparu déjà depuis quelque temps, d’être au Venezuela. Cela s’est confirmé avec la vidéo dans laquelle ils disent vouloir reprendre les armes pour défendre les principes révolutionnaires, le bolivarisme du XXIe siècle et pour ne pas trahir la cause historique des FARC. Ce sont des revendications que l’on retrouve dans d’autres processus de paix : on l’a vu par exemple avec l’Armée républicaine irlandaise (IRA) et avec d’autres mouvements de guérilla. Il y a souvent eu des groupes qui, au nom de la légitimité historique, reprenaient les armes où faisait dissidence en revendiquant une ligne historique.

    image arrêtée d'une vidéo diffusée sur youtube (www.farc-ep.info): on y voit Ivan Marquez et Jjesus Santrich capture écran

    Dans le contexte de tension actuelle entre la Colombie et le Venezuela, le président vénézuélien Nicolas Maduro a accusé son homologue colombien Ivan Duque de « manœuvrer pour déclencher un conflit » en prétextant du retour aux armes des FARC. Y a-t-il une instrumentalisation de la Colombie, derrière cette nouvelle initiative des FARC ?

    Le gouvernement vénézuélien accuse le gouvernement colombien de vouloir manœuvrer, instrumentaliser tout cela. Je ne sais pas si le gouvernement colombien est complètement clair ou n’a aucune intention derrière cela, mais le fait est que Ivan Marquez et ses acolytes ont dans une vidéo annoncé vouloir reprendre les armes, donc en l’occurrence on ne peut pas accuser le gouvernement colombien d’être derrière, d’être à la manœuvre pour avoir forcé ou pour pouvoir instrumentaliser cette guérilla.

    Comment cette nouvelle formation va-t-elle s’imposer au sein des FARC ?

    Cette guérilla va sans doute se retrouver confrontée à un certain nombre de problèmes internes. Deux ou trois mois avant la signature des accords de paix, il y a eu les premiers dissidents. Ils étaient au départ 200 à 300 à annoncer officiellement qu’ils ne déposeraient pas les armes. Ensuite cette dissidence a augmenté au fur et à mesure de la mise en œuvre des accords de paix et surtout une fois que les FARC ont été officiellement démobilisées et qu’elles ont dû remettre leurs armes aux Nations unies. Par la suite cette dissidence s’est encore accrue du fait d’un certain nombre de problèmes, de retards, de reculs, qui se sont posés lors de la mise en œuvre des accords de paix.

    De plus cette dissidence a cru à cause ou grâce à un certain nombre d’anciens combattants qui avaient la capacité de recruter de nouveaux combattants, parce qu’ils avaient de l’argent, et parce qu’ils sont présents dans des zones où il n’y a pas véritablement d’alternative. Donc petit à petit, cette dissidence, qui comptait au départ 300 personnes, a été estimée il y un mois ou deux entre 1500 et 2000 [individus], mais les chefs de cette nouvelle formation des FARC n’en faisaient pas partie.

    Cette dissidence ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée de ces personnes qui étaient leurs commandants. On sait qu’il y a déjà un problème sur qui va commander. Qui va être au service de qui ? Le gouvernement colombien dit avoir intercepté un certain nombre de communications qui vont dans ce sens. Les premiers dissidents rechignent et ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée sur le tard, selon eux, de ces chefs des FARC qui refusent, selon eux, de mettre en œuvre les accords de paix. Donc on va sans doute avoir, dans certaines régions spécifiques où les premiers dissidents étaient relativement bien implantés, un problème de lutte interne intestine au sein des dissidents des FARC.

    Les Forces armée révolutionnaires de Colombie - Armée du peuple (FARC EP) LUIS ACOSTA / AFP

    Il y a quelques jours, une candidate à des élections municipales a été assassinée ainsi que 4 personnes qui se trouvaient avec elle dans le Cauca, très au sud-ouest de la frontière du Venezuela. Cet événement peut-il être rattaché à cette nouvelle configuration des FARC ? Cela signifie-t-il qu’ils sont en capacité d’opérer sur l’ensemble du territoire ?

    Apparemment il y a un lien. Cette attaque s’est déroulée dans le nord du Cauca. C’est une zone où effectivement, depuis la signature des accords de paix, un certain nombre de groupes dissidents des FARC étaient apparus. Ils étaient en grande partie liés aux cartels de la drogue mexicains, et depuis pratiquement le début des accords de paix, on savait que la situation dans cette région allait être très compliquée.

    Sur la côte pacifique, près de la frontière de l’Équateur, dans le département du Nariño, une autre dissidence était également apparue. Il y avait là un fameux dissident du nom de Guacho, connu pour avoir été à l’origine de l’assassinat de plusieurs journalistes équatoriens et qui a été ensuite abattu par les forces publiques colombiennes.

    Vous avez aussi dans d’autres régions, dans le Putumayo, le Caqueta, le Meta, dans le sud du pays ou à la frontière avec le Venezuela, une dissidence relativement forte. Dans l’intérieur, dans le département d’Antioquia, dans le nord du pays, dans la région du Bajo Cauca antioqueño, vous avez une dissidence un peu plus nouvelle, mais la différence entre anciens et nouveaux dissidents n’est pas toujours évidente.

    Vous avez dans certaines régions des dissidents de la première heure et d’autres qui se sont rattachés à Ivan Marquez. Par exemple, dans le Bajo Cauca, parmi les chefs dissidents, il y en a un qui faisait partie des FARC et qui s’est rattaché à Ivan Marquez : on peut donc penser que la guerre des chefs va avoir lieu. Donc la répartition géographique est assez semblable de [l'implantation] géographique des FARC avant la négociation et des dissidents de la première heure. Ce qu’on ne sait pas, c’est quelle influence pourrait avoir ce nouveau groupe fédéré par Ivan Marquez dans certaines régions où les dissidents de la première heure n’étaient pas forcément très présents. On ne le sait pas vraiment, mais comme toujours en Colombie, la géographie et les alliances sont mouvantes et vous allez sans doute avoir un certain nombre de pressions, de dynamiques qui vont faire bouger les lignes.

    Le groupe d’Ivan Marquez a affirmé qu’il ne pratiquerait pas les enlèvements comme dans le passé. La drogue va-t-elle être la principale ressource de la guérilla ?

    Le bémol avec cette déclaration, c’est qu’effectivement ils ont dit qu’ils ne pratiqueraient plus les enlèvements, mais dans le même temps, ils ont annoncé qu’ils allaient s’allier avec l’Armée de libération nationale (ELN), la seconde guérilla du pays qui est devenue aujourd’hui la numéro 1. Or, les guerilleros de l’ELN n’ont pas officiellement annoncé qu’ils allaient arrêter de séquestrer des personnes. Donc on pourrait être confrontés à une certaine incohérence.

    Comment annoncer l’arrêt des enlèvements et s’associer avec un autre groupe de guérilla qui, lui, pratique ces enlèvements ? Même si cette nouvelle dissidence FARC a annoncé qu’elle n’aurait plus recours aux enlèvements, en revanche elle a précisé qu’elle aurait recours aux extorsions d’entreprises ou de différentes puissances économiques.

    Les ressources financières dont vont disposer ces dissidents sont en gros les mêmes que celles dont disposaient les FARC. À savoir le trafic de drogue, avec évidemment dans certaines régions une part plus importante pour la drogue que dans d’autres. Par exemple dans le Nariño, dans le Catatumbo, dans le Caqueta ou dans le Nord-Cauca, on sait que les dissidents de la première heure ont passé des alliances avec les cartels mexicains et que ce trafic de drogue constitue une part importante de leurs ressources.

    Soldat surveillant une plantation de coca dans le Choco en Colombie. AFP PHOTO / DIANA SANCHEZ

    L’autre grande ressource des groupes de guérilla et d’autres groupes armés illégaux, depuis une dizaine d’années, ce sont les activités minières illégales. Des régions minières comme le Nord-Cauca Antioquia, le Sud Bolivar ou le Chocó bénéficient de façon directe ou indirecte à ces groupes armés. Sur les zones minières qu’ils contrôlent, ils prélèvent un impôt révolutionnaire, la « vacuna » comme on dit en Colombie (le vaccin), comme les FARC l’ont fait avec la drogue.

    Les groupes armés interviennent aussi directement dans le trafic comme avec le trafic d’or à la frontière du Venezuela. Ce qui est relativement plus nouveau, c’est une présence assez forte de ces groupes dissidents en territoire vénézuélien où ils participent de manière plus directe à la production d’or illégale dans le fameux « arc minier » au Venezuela. Une zone qui est devenue une espèce de « no man’s land » d’où sortent de grandes quantités d’or, de coltan, de diamants, qui bénéficient à de nombreux groupes armés, mais aussi au gouvernement vénézuélien et à l’entourage du président Maduro.

    Donc finalement vous avez un cocktail qui est globalement toujours le même : le pourcentage de ces ressources varie selon les régions, mais c’est une rationalité presque capitaliste. En fonction du ratio « risque-opportunité » suivant les régions, on est davantage dans la drogue ou dans l’or ou dans d’autres activités. Il a aussi été mentionné dernièrement que les dissidents pourraient participer à la contrebande d’essence en provenance du Venezuela.

    Pour conclure, depuis l’annonce d’Ivan Marquez, une grande majorité de la société civile, d’hommes politiques, de dirigeants des FARC qui ont suivi les accords de paix et de pays garants, ont condamné cette déclaration d’Ivan Marquez. Il semblerait qu’il y ait un front uni contre ces déclarations, mais une des questions est de savoir si cette nouvelle guérilla a les ressources pour se consolider et une partie de la réponse, mais seulement une partie dépend évidemment de ce qui va se passer au Venezuela.

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