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    «Vie de prof» [2/5] À New York, Alhassan Susso, l'enseignant venu de loin

    media Alhassan Susso, dans sa classe du lycée international public du Bronx. RFI/Loubna Anaki

    Il dit être arrivé dans l’enseignement par accident, il y est resté par passion. Venu de Gambie à l’âge de 16 ans, Alhassan Susso travaille aujourd’hui dans un lycée du Bronx, à New York. À 34 ans, il consacre son quotidien à aider les nouveaux migrants et à leur apprendre que rien n’est impossible. Reportage.

    Au 4e étage du lycée international public du Bronx, une chanson de Katy Perry retentit en même temps que la cloche annonçant le début des cours. C’est ainsi qu’Alhassan Susso accueille tous les jours les élèves dans sa classe d’études sociales.

    Devant la porte, un sourire chaleureux sur le visage, il salue chacun par son prénom, en anglais, espagnol, français, arabe. Car ici, tous les élèves sont des immigrés, arrivés récemment sur le sol américain.

    Sur les murs de la salle de cours, un portrait de Martin Luther King, des citations de Nelson Mandela, des phrases de motivation. Une décoration personnalisée par Alhassan Susso lui-même. « Ce sont des rappels permanents pour que les élèves soient inspirés au quotidien », explique-t-il.

    Une jeunesse difficile

    Né près de Banjul, en Gambie, Alhassan Susso grandit dans des conditions difficiles, notamment à cause d’une maladie rare des yeux qui le rend presque aveugle.

    À 16 ans, il arrive aux États-Unis et atterrit dans un lycée où il est le seul africain. « C’était très dur », se souvient-il, « la plupart n’avaient aucune idée de ce qu’était l’Afrique. Certains de mes camarades me demandaient si, chez moi, on dormait avec des lions ».

    À l’époque, il se voit faire des études de commerce, mais en 1re année d’université, sa soeur, restée en Gambie contracte l’hépatite B. La famille tente de l’envoyer aux États-Unis pour la soigner, mais les autorités américaines lui refusent le visa. Elle décède quatre mois plus tard. Sous le choc, sa grand-mère décède d’une crise cardiaque. Pour Alhassan Susso, « le monde s’est arrêté à ce moment-là », après les funérailles, il décide de changer de filière pour devenir avocat. « Je voulais me spécialiser dans l’immigration pour aider et éviter à d’autres ce que ma famille a enduré », confie-t-il.

    L’éducation, une évidence, une mission

    Mais, lors d’une discussion avec une professeur de droit, Alhassan Susso se remémore une citation de Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. » Il devient alors professeur et choisit d’enseigner dans le Bronx, le district le plus pauvre des États-Unis avec l’une des plus importantes populations de nouveaux immigrés. Et peu importe s’il doit faire tous les jours quatre heures de train depuis Poughkeepsie, où il vit, pour venir dans son lycée.

    « Pour moi, l’enseignement est une mission », explique-t-il,« la mienne est de faire en sorte que ces enfants aient les armes nécessaires pour aller à l’université et réussir leur vie ».

    Lorsqu’il est arrivé dans son lycée, il y a huit ans, le taux de réussite était de 31%. Aujourd’hui, il est de 83%, grâce à ses méthodes et au programme de soutien qu’il propose une heure avant les cours. « Au début, tout le monde m’a pris pour un fou », raconte Alhassan Susso en souriant. « La directrice m’a dit : vous êtes drôle, ces enfants ne viennent pas à l’heure et vous voulez les faire venir une heure plus tôt ? » La première année, 29 élèves ont participé à ces ateliers. L’année dernière, plus de 75% des lycéens y ont pris part.

    Meilleur professeur de New York en 2019

    Pour ses élèves, Alhassan Susso est une inspiration. L’un d’eux, Kiefer Rosado, a décidé de devenir lui aussi professeur. « Être dans cette classe a été une expérience formidable », confie le jeune homme d’origine dominicaine. « C’est un immigré comme nous, il nous comprend. Il est là pour nous en classe, mais on sait qu’on peut aussi aller le voir si on a besoin d’aide en dehors. »

    Alhassan Susso veut montrer à ces jeunes que le passé et les difficultés de la vie ne peuvent pas définir le futur. Un dévouement qui inspire même ses collègues plus âgés. « J’ai beaucoup appris à ses côtés sur comment construire de bonnes relations avec les élèves, comment rendre les cours intéressants », nous dit Nassira Hamdi.

    Un travail qui a valu à Alhassan Susso le titre de meilleur professeur de l’état de New York, en 2019. Choisi parmi plus de 200 000 candidats, il a eu le privilège d’être reçu à la Maison-Blanche. Une rencontre avec Donald Trump dont il garde un souvenir particulier. « Je lui ai dit que j’étais un immigré, que j’étais fier de venir de qu’il avait appelé “des pays de merde”. Je lui ai dit que, ce jour-là, je représentais également ce que les États-Unis ont de mieux à offrir. »

    Cette semaine, Alhassan Susso a entamé sa neuvième rentrée dans le Bronx. Dans sa classe, les élèves apprennent beaucoup, rient souvent, chantent parfois. Tous ont le numéro personnel de leur professeur, il y tient. « Mon secret, c’est cette relation que j’ai avec eux. On ne peut pas aider un élève si on ne sait pas d’où il vient, s’il mange bien, s’il a un problème. »

    Ecouter le reportage audio«L'éducation est une arme qui peut transformer le monde»

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