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    Trois questions à Timoteo Zambrano, membre de l’opposition vénézuélienne

    media Juan Guaidó, lors d'une session à l'Assemblée nationale à Caracas, le 16 juillet 2019 (image d'illustration). REUTERS/Manaure Quintero

    Au Venezuela, l’opposition est divisée à cause d’un accord partiel passé entre quelques partis minoritaires et le gouvernement de Nicolas Maduro. Rencontre avec l’un des artisans de cet accord, le député Timoteo Zambrano. Il reproche au reste de l’opposition l’échec, annoncé début septembre, des négociations avec le gouvernement sous l’égide de la Norvège.

    Cet accord prévoit une refonte du Conseil national électoral (CNE) que l’opposition juge corrompu et soumis au pouvoir. Il a déjà permis la libération du vice-président de l’Assemblée nationale, Edgar Zambrano. Il a aussi vu le retour des députés chavistes au Parlement, acquis à l’opposition. Ils n’y siégeaient plus depuis 2016 lorsque la Cour suprême, elle aussi acquise à Nicolas Maduro, a ôté à l’Assemblée nationale son pouvoir législatif pour de supposées fraudes électorales. Mais cet accord est pourtant rejeté par la majorité de Juan Guaidó car il ne prévoit pas la convocation d’une élection présidentielle anticipée.

    Timoteo Zambrano : Ils n’ont pas utilisé le bon mécanisme. L’idée était qu’il n’y aurait pas d’accord tant que toutes les conditions n’ont pas été acceptées. Et cela n’a pas permis de signer un accord. Cela fonctionne peut-être lorsqu’il y a un conflit armé. Mais dans le cas du Venezuela, il ne s’agit pas de déposer les armes, ce n’est pas un conflit armé, donc il vaut mieux passer par des accords partiels pour créer un climat de confiance.

    RFI : Que répondez-vous au reste de l’opposition qui vous reproche de faire le jeu de Nicolas Maduro en acceptant un accord sans élection présidentielle anticipée ?

    Si vous utilisez leur méthode, qui consiste à exiger une élection présidentielle, que va vous répondre le gouvernement ? Ok, mais vous devez nous garantir la fin des sanctions américaines. Et c’est là que le bât blesse. On n’est pas en capacité de mettre fin aux sanctions. Il n’y a pas eu d’accord parce que les États-Unis ont dit qu’ils ne lèveraient pas les sanctions. Dans ce cadre, la décision d’un accord ne dépend plus de nous. C’est pour ça qu’il faut une négociation nationale, une négociation vénézuélienne. Voilà pourquoi, tactiquement, on ne fait pas de l’élection anticipée une condition primordiale. Pour nous les conditions premières sont la refonte du CNE, la libération des prisonniers politiques. C’est controversé, sans doute, mais au moins nous avons ouvert une fenêtre de négociation.

    À propos des libérations, après celle d’Edgar Zambrano il y a deux semaines, vous affirmiez que d’autres suivraient, où en sommes-nous ?

    Malheureusement, ça n’a pas abouti, mais c’est toujours sur la table, nous en discutons. On espère qu’il y aura des libérations cette semaine pour plusieurs personnes, des jeunes. On a fait parvenir une liste de 59 personnes. Mais il y a des protocoles à respecter, et c’est ce qu’on fait pour pouvoir avancer.

    Vous ne craignez pas que le gouvernement vous utilise pour gagner du temps comme le dit le reste de l’opposition ?

    Peut-être que l’on se trompe, mais on estime qu’une bonne partie de la crise est générée par le fait qu’il n’y ait pas de pouvoir législatif reconnu par les deux camps. Et je pense que le retour à l’Assemblée des députés chavistes c’est un grand pas. On veut en profiter pour que les grandes négociations politiques aient lieu à l’Assemblée. On essaie de rétablir le dialogue politique car comment peut-on trancher nos différends institutionnels, notre conflit politique ? Comment peut-on résoudre nos problèmes économiques et financiers ? Grâce au pouvoir législatif comme dans n’importe quelle société normale. Si ça ne marche pas au Venezuela, c’est parce qu’on ne se reconnaît pas les uns les autres. Selon des enquêtes, 80% des Vénézuéliens iraient voter s’il y avait un changement comme la refonte du CNE. Donc il faut offrir un horizon électoral clair pour le peuple et cela doit se faire à l’Assemblée nationale. Je comprends parfaitement les doutes qui sont émis sur la stratégie du gouvernement. Mais nous ne pouvons pas rester sans rien faire, il faut avancer. Si on n’avance pas et qu’on attend que quelqu’un d’autre règle le problème à notre place, il n’y aura pas de solution à la crise vénézuélienne.

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