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    Amériques

    Syrie: le difficile numéro d'équilibriste de Donald Trump

    media Le président américain Donald Trump, le 2 octobre à la Maison Blanche. REUTERS/Leah Millis

    Retirer les troupes américaines du nord de la Syrie région frontalière avec la Turquie sans cautionner une action militaire d'Ankara contre les Kurdes : telle était la délicate position de l'administration Trump ce lundi 7 octobre.

    Si ce n'est pas un rétropédalage, cela y ressemble fortement. Moins de vingt-quatre heures après l'annonce par Donald Trump du retrait des soldats américains du nord de la Syrie, ouvrant la voie à une offensive de la Turquie contre les Kurdes, l'exécutif américain multiplie les déclarations pour tenter de rectifier une position fortement critiquée jusque dans ses propres rangs.

    C'est d'abord le locataire de la Maison Blanche qui s'y est employé. Si Ankara « dépasse les bornes », il « anéantira » l'économie turque, a-t-il prévenu sur Twitter, avant de déclarer plus tard dans la journée : « Je ne suis du côté de personne, je pense qu’il y a beaucoup de pressions sur les Turcs. Ils se battent contre le PKK depuis de nombreuses années. Ils se détestent au-delà de toute compréhension. Mais j’ai dit à la Turquie que s’ils faisaient quelque chose au-delà de ce qui est humain, ils essuieraient les foudres d’une économie complètement dévastée. »

    Des propos que le Pentagone est venu rapidement appuyer par un communiqué. « Le ministère de la Défense a indiqué clairement à la Turquie – comme l'a fait le président – que nous ne cautionnons pas une opération turque dans le nord de la Syrie » , en mettant en garde Ankara contre les « conséquences déstabilisatrices » que pourrait avoir une telle opération « pour la Turquie, la région et au-delà ». « Les forces armées américaines ne soutiendront pas ou ne s'impliqueront pas dans une telle opération », prévient encore le département de la Défense.

    Redéploiement

    Ce lundi soir, il n'est finalement plus question d'un retrait généralisé, mais d'un simple redéploiement. La décision de Donald Trump de retirer les soldats américains stationnés en Syrie près de la frontière turque ne concerne que 50 à 100 membres des forces spéciales qui seront « redéployés vers d'autres bases » à l'intérieur du pays, a déclaré un haut responsable du gouvernement sous couvert d'anonymat.

    Il s'agit de leur éviter d'être « tués, blessés ou capturés si les Turcs passent la frontière et engagent des combats avec les forces kurdes locales », a-t-il expliqué. Mais si les Etats-Unis ne s'opposeront pas militairement à la Turquie en Syrie, il ne s'agit en aucun cas d'un « feu vert » à une offensive militaire turque contre les forces kurdes, précisait ce même responsable. 

    Dimanche, après un entretien téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump avait annoncé le retrait des quelque 150 soldats américains de Ras al-Aïn et Tal Abyad, des régions syriennes où se trouvent leurs alliés kurdes des Unités de protection du peuple (YPG). « J'ai été élu pour qu'on se retire de ces guerres sans fin ridicules », justifiait-il ensuite.

    Le président Erdogan avait aussitôt fait savoir qu'une offensive turque pourrait être lancée à tout moment dans le nord de la Syrie. « On pourrait entrer en Syrie, n'importe quelle nuit sans prévenir. Il est absolument hors de question pour nous de tolérer plus longtemps les menaces provenant de ces groupes terroristes », avait-il déclaré lors d'une conférence de presse. Une allusion aux groupes jihadistes, mais aussi aux forces kurdes qu'Ankara considère comme terroristes.

    Tollé chez les républicains

    La décision du président américain a immédiatement provoqué un tollé au sein du parti républicain, renforçant l'image d'un président isolé dans son propre camp. Le chef de file du parti conservateur au Sénat américain, Mitch McConnell, a ainsi averti qu'un retrait précipité de Syrie ne « pourrait que profiter » à la Russie, à l'Iran et au régime de Bachar al-Assad, tandis que le sénateur de Caroline du Nord Lindsey Graham, proche de Donald Trump, a critiqué « un désastre en puissance ».

    « L'abandon des Kurdes sera une tache sur l'honneur l'Amérique », a-t-il prévenu. Il a affirmé qu'il proposerait avec un sénateur démocrate des sanctions contre la Turquie « si elle envahit la Syrie » et appellerait à sa suspension de l'Otan « si elle attaque les forces kurdes qui ont aidé les États-Unis à détruire le califat de l'EI ».

    Devant cette levée de boucliers, l'administration Trump semble donc avoir changé de braquet. A l'heure où le président a un besoin crucial de ses alliés pour contrer la procédure de destitution qui le menace, les froisser pourrait en effet s'avérer risqué.

    Par ailleurs, le président américain a une nouvelle fois exhorté les dirigeants européens à prendre en charge les prisonniers de l’Etat islamique originaires de leurs pays et actuellement détenus en Syrie. « Il doit y avoir une fin de la partie, a expliqué Donald Trump, sinon nous resterons là bas pour l’éternité. »

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