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    Bolivie: la peur des représailles dans les deux camps

    media Les partisans d'Evo Morales lors d'une manifestation dans les rues de Cochabamba, le 18 novembre 2019. RONALDO SCHEMIDT / AFP

    Le 10 novembre, Evo Morales démissionnait après des semaines de manifestations contestant sa réélection lors d’un scrutin contesté, selon un audit de l'Organisation des États américains (OEA). Aujourd’hui, la Bolivie est plus divisée que jamais entre les partisans et les détracteurs de l'ex-président.

    De notre envoyée spéciale à La Paz,

    Depuis sa démission, l’ancien président vit en exil et le pays est divisé entre ses partisans et ses détracteurs. Les premiers réclament le retour d’Evo Morales et qualifient de coup d’État la proclamation de Jeanine Añez, présidente par intérim. Les seconds aspirent à un retour au calme et soulignent qu’il ne s’agit que d’un gouvernement provisoire avant de nouvelles élections. Les deux camps vivent aujourd’hui dans la peur réciproque d’actes de représailles.

    À Satelito, un quartier d’El Alto, sur les hauteurs de La Paz, une grande partie de la population avait manifesté contre Evo Morales. Quand ce dernier a démissionné, des groupes favorables à l’ancien président ont commencé à lancer des opérations punitives.

    « Ils nous ont terrorisés, raconte Susy Titnaya, responsable du marché. Chaque nuit, ils ne nous laissent pas dormir. Il a fallu qu’on intervienne pour qu’ils ne brûlent pas le marché, à 2, 3 heures du matin. On n’a pas baissé les bras ! On a creusé des tranchées, et on n’a pas dormi. »

    Dans plusieurs quartiers, les riverains s’organisent ainsi et veillent en groupes toutes les nuits pour empêcher les pillages et le vandalisme.

    Nous ne pouvons pas nous affronter entre boliviens

    Susy Titnaya, responsable du marché à Satelito 19/11/2019 - par Marie Normand Écouter

    Plusieurs personnes connues pour avoir participé aux manifestations contre Evo Morales, ont vu leur maison saccagée ou brûlée depuis le 10 novembre. C’est le cas de celle de Waldo Albarracín, recteur de l’université San Andrès (UMSA). « Ceux qui ont attaqué notre maison ont directement ciblé l’étage qui était occupé par mon frère et ses enfants, explique son fils. L’objectif était clair: semer la terreur pour faire cesser les manifestations contre Evo Morales ».

    Partout, les whipalas fleurissent sur les voitures, les commerces et les maisons. Ce drapeau multicolore, signe de ralliement des peuples indigènes, a été élevé au rang de symbole national par Evo Morales il y a 10 ans. Il est aujourd’hui brandi par les manifestants qui réclament son retour. Alors, beaucoup choisissent de l’afficher pour éviter les problèmes. « Ça se vend plutôt bien en ce moment ! », lance une vieille dame, qui en transporte une vingtaine sur son dos.

    Des menaces de viol aux menaces de mort

    Andrea Barrientos a été élue, le 20 octobre, sénatrice à Cochabamba de la coalition Comunidad Ciudadana. Depuis, elle ne dort plus chez elle de peur de représailles. « On ne peut pas dormir chez nous, dit-elle, en raison des menaces d’enlèvement, ou d’incendie de notre maison, explique-t-elle. Ce ne sont pas des menaces qui viennent directement de la main d’Evo Morales. Ce sont des menaces à travers des hommes de main, des groupes d'intervention. On a reçu des menaces de tous les types : ça va du viol aux menaces de mort. Moi, on a menacé de tuer mes chiens ! »

    Les partisans d’Evo Morales sont aussi victimes de ce déchainement de violence. À Cochabamba, des hommes masqués, à moto, ont semé la terreur la semaine dernière dans les quartiers connus pour avoir massivement voté pour lui.

    « Il y a ici des bâtiments construits par le gouvernement, des logements sociaux. Là-haut sur la colline, et là derrière, ils en ont brûlé deux. Ils ont essayé de brûler l’école de mes enfants, mais on a réussi à éteindre le feu ». Les larmes aux yeux, elle explique que depuis, la peur l’empêche de dormir.

    Des députés n'osent plus rentrer chez eux

    Plusieurs élus du MAS, le parti d'Evo Moralez, se disent eux aussi persécutés. Benita Suarez est une élue de Santa Cruz. Depuis plusieurs jours, elle dort sur un canapé dans une salle de la Chambre des députés, avec d’autres élus qui n’osent plus rentrer chez eux. « Pour le simple fait d’être du parti, on a brûlé la maison de nos collègues, assure-t-elle. Moi j’ai une maison, un foyer, un mari et un fils à Santa Cruz. Notre famille a été menacée ».

    La députée s’inquiète des déclarations du nouveau ministre de l’Intérieur, Arturo Murillo, qui promet de poursuivre en justice ceux qui seront jugés coupables de sédition. Cet avertissement est pris très au sérieux par Andrès Huanca, membre d’un mouvement de jeunes affilié au parti d’Evo Morales. Il ne souhaite pas être interviewé chez lui, car sa mère est trop inquiète.

    « Pour se protéger, on essaye d’utiliser les moyens de communication de façon plus sûre, détaille-t-il. On est sortis de tous les groupes WhatsApp dans lesquels on se connectait entre sympathisants de gauche ou proches du parti MAS, parce qu’on sait qu’ils peuvent contrôler nos portables ».

    Dans les deux camps, il y a des méthodes radicales et violentes qui sont indéniables

    Andrea Barrientos, sénatrice de la coalition Communidad ciudadana de Carlos Mesa, le rival d'Evo Morales à la présidentielle 19/11/2019 - par Marie Normand Écouter

    Même si le ministre de la Présidence a assuré qu’il n’y aurait pas de persécution politique, une atmosphère de suspicion, de méfiance réciproque s’est installée entre les deux camps en Bolivie. D'autres ministres, comme celui du Gouvernement (Intérieur), ont eu des propos plus virulents.

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