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    Uruguay: distancée dans les sondages, la gauche joue la carte José Mujica

    media A 84 ans, José Mujica déplace encore les foules. Ici lors d'un meeting à Nueva Helvecia. RFI / Théo Conscience

    A 84 ans, l’ex-président et ancien chef de la guérilla Tupamaros José Mujica a été rappelé en renfort pour mener la campagne du Frente Amplio, en mauvaise posture pour le second tour de l’élection présidentielle du 24 novembre.

    De notre correspondant,

    Son arrivée sous les acclamations à bord d’un vieux pick-up des années 1960 est digne d’une rock star. « Nous sommes venus voir Pepe Mujica, il est unique en son genre ! », s’extasie Natalia Cordero, une des centaines de personnes venues le voir dans la petite ville de Nueva Helvecia, dans l’ouest du pays. Partout où il va, José « Pepe » Mujica, 84 ans, déplace encore les foules.

    L’ancien président (2010-2015) est de nouveau en campagne, au chevet d’une gauche bien mal en point. Daniel Martínez, candidat du Frente Amplio à la présidence et ancien maire de Montevideo, est crédité de 44 % d’intentions de vote par les dernières enquêtes. C’est sept points de moins que le candidat de la droite et du Partido Nacional, Luis Lacalle Pou.

    Une popularité indispensable pour la gauche

    L’allure débonnaire, l’œil malicieux et la moustache qui frise, « Pepe » Mujica prend le temps d’échanger quelques mots avec chacun. « C’est quelqu’un de très respecté, car il a ce style de vie qui fait que beaucoup de gens s’identifient à lui. Je pense que cela l’aide à rassembler plus d’électeurs », explique Susana Vacuña, tout sourire après avoir pu prendre un selfie avec celui qui se définit comme un « humble paysan ». Il avait même hérité du surnom de « président le plus pauvre du monde » lorsqu’il dirigeait le pays entre 2010 et 2015, car il reversait 87 % de son salaire à des œuvres caritatives.

    José Mujica était jusqu’ici resté en retrait de la campagne présidentielle. Il a pourtant été le sénateur le mieux élu du pays lors des élections législatives, qui avaient lieu en même temps que le premier tour de la présidentielle, le 27 octobre dernier. « Pour s’affirmer en tant que candidat, Daniel Martínez a voulu se démarquer des figures historiques du parti, que sont José Mujica et l’actuel président, Tabaré Vázquez. Le résultat du premier tour l’a obligé à rétropédaler, et à s’appuyer sur eux, car ils incarnent la continuité après 15 ans de gouvernement globalement positifs », analyse Antonio Cardarello, professeur de sciences politiques à l’université de la République, à Montevideo.

    Au soir du premier tour, Daniel Martínez est pourtant arrivé en tête avec 39 % des suffrages, dix points de plus que son rival du Partido Nacional, Luis Lacalle Pou. Mais ce dernier a réussi à rallier derrière sa candidature l’ensemble des partis d’opposition, rassemblant notamment le Partido Colorado (centre droit) et le nouveau parti d’extrême droite Cabildo Abierto dans une inédite coalition dite « multicolore ».

    Figure charismatique

    Daniel Martínez a alors décidé d’ajuster sa stratégie électorale et de propulser « Pepe » Mujica en première ligne de son opération « Vote par vote », campagne de proximité destinée à convaincre les électeurs de ne pas suivre les consignes des autres partis. « Les gauches s’unissent pour les idées, les droites par intérêt », philosophe l’ex-président à Nueva Helvecia. « Pepe est un phénomène impressionnant… Sa vie est incroyablement riche, il a payé le prix de la prison et de la torture pour sa lutte dans les années 1960 », rappelle Gastón Rolán, militant du Frente Amplio depuis 30 ans.

    Ancien chef de la guérilla Tupamaros, José Mujica a passé 13 ans dans les geôles de dictature militaire (1973-1985). Il est une figure charismatique de la politique uruguayenne, qui transcende les clivages politiques. « À partir de 2005, Mujica a capté tout un pan de l’électorat, peu politisé et avec de faibles niveaux de revenus et d’éducation, qui se tournent aujourd’hui vers Cabildo Abierto et son candidat Guido Manini Ríos. [Ancien commandant en chef des armées qui a recueilli 11% des suffrages au premier tour de la présidentielle]. Ils sont sensibles aux personnalités fortes, aux discours de franc-parler à l’accent paternaliste, et c’est eux que Mujica peut ramener vers la gauche », déchiffre AntonioCardarello.

    Baroud d’honneur

    Cette percée inédite de l’extrême droite et, plus généralement, le probable retour de la droite au pouvoir s’expliquent par une économie en ralentissement et une insécurité croissante (le nombre d’homicides a augmenté de 45 % l’an passé), que la gauche a échouée à combattre. À cela s’ajoute l’usure du pouvoir, après les trois mandats de cinq ans du Frente Amplio.

    Avant de repartir de Nueva Helvecia, José Mujica prend la parole. Il rappelle les réussites de la gauche, les 15 ans de croissance du PIB et du salaire moyen, et la réduction du taux de pauvreté, tombé de 40 % à 8 %. Il mentionne aussi les réformes sociétales emblématiques, pour beaucoup votées sous son mandat : dépénalisation de l’avortement, mariage homosexuel, légalisation de cannabis. « Nous allons continuer à lutter pour conserver les conquêtes sociales de ces dernières années, et pour pouvoir en mener d’autres, car il en reste beaucoup. Mais si nous devions perdre camarades, alors il faudra redoubler d’efforts ! », lance l’ancien guérillero devant la foule galvanisée, en conclusion d’une campagne aux allures de baroud d’honneur.

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