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    Pour la présidentielle en Uruguay, la gauche face à l’usure de 15 ans au pouvoir

    media Le candidat de la gauche à la présidentielle uruguayenne Daniel Martinez prend la parole lors d'un meeting avec l'ancien président José "Pepe" Mujica assis au fond, dans la ville de Floride, le 20 novembre 2019. REUTERS/Mariana Greif

    L’Uruguay se rend aux urnes dimanche 24 novembre pour le second tour de l’élection présidentielle, gauche étant donnée perdante : les électeurs, déçus, pourraient faire basculer le pays à droite. Après 15 ans de gouvernement du Frente Amplio, le pays n’a pourtant connu que la croissance et une diminution drastique de la pauvreté.

    De notre correspondant à Montevideo,

    Hermann Garcia a toujours voté pour le Frente Amplio. Mais à mesure que les administrations de gauche se sont succédé, il a été de plus en plus déçu. À tel point qu’il y a un an, il s’est mis à militer pour la droite et le Partido Nacional.

    « Nous n’en pouvons plus, et nous voulons que le Frente Amplio s’en aille une fois pour toutes, résume l’Uruguayen de 35 ans. Pour tous les électeurs qui ont voté pour le Frente Amplio pendant des années, ça a été très décevant de voir qu’ils n’ont tenu quasiment aucune de leurs promesses. Et beaucoup de gens ne veulent pas que l’Uruguay finisse comme le Venezuela ».

    À lire aussi : Uruguay: une campagne électorale dans un contexte régional mouvementé

    Le manque de sécurité dans la bouche de tous

    Au premier rang des promesses non tenues, beaucoup d’électeurs déçus citent la sécurité : le nombre d’homicides et de vols a fortement augmenté ces dernières années en Uruguay. Une réalité qu’Hermann dit constater chaque jour à Montevideo.

    « Ces derniers temps dans mon quartier, ça fait peur de voir ce climat de violences, toutes ces personnes qui sont tombées dans la drogue, poursuit-il. Et il n’y a pas de solution, ni en termes de sécurité ni d’emploi. Parce que l’augmentation du chômage entraîne une réaction en chaîne, qui fait augmenter l’insécurité, la pauvreté et les inégalités. » Hermann est actuellement au chômage, comme plus de 9% des Uruguayens, un chiffre en augmentation ces dernières années.

    Augmentation d’impôts

    La politique économique et fiscale de la gauche est également ce qui a poussé Carlos Madeira à se tourner vers la droite. « Les débuts du Frente Amplio ont été brillants, mais ils ont commis beaucoup d’erreurs, opine cet entrepreneur à la retraite. Les impôts sont trop élevés ici : on paie entre 30 et 40 ou 50% d’impôts. C’est impossible, impossible d’administrer une entreprise. Les dépenses du Frente Amplio sont monstrueuses. »

    Pour le politologue Antonio Cardarello, les questions de la sécurité et des hausses d’impôts expliquent les difficultés du Frente Amplio, dont l’image a également été écornée par des affaires de mauvaise gestion et de détournement de fonds.

    D’une manière générale, l’expert estime que les réalisations de la gauche pendant son dernier mandat, de 2014 à aujourd’hui, tranchent avec le bilan des administrations précédentes. « Le premier mandat de [l’actuel président] Tabaré Vazquez a été très rénovateur : il a fait des réformes profondes, comme la réforme du système de santé, ou celle du système fiscal. Ensuite, le mandat de Pepe Mujica a été plus centré sur l’acquisition de nouveaux droits, analyse-t-il. Et pour cette troisième administration, l’agenda s’est rapidement épuisé : la promesse de se concentrer sur l’insécurité a été un échec, et il y a la sensation que le Frente Amplio augmente les impôts. Ne pas les augmenter était une promesse de campagne, mais de fait, il y a eu une hausse. »

    Usure du pouvoir

    Pour le politologue, si ces mêmes impôts ont permis à beaucoup d’Uruguayens de sortir de la pauvreté, les gens s’habituent aux droits acquis. « Avoir accès à certains biens et certains services, des améliorations de sa situation économique personnelle s’améliorer, pouvoir voyager, avoir accès à d’autres habitudes de consommation, tout cela les gens se l'approprient rapidement et le considèrent comme un droit, explique-t-il. Cela a commencé avec le premier gouvernement du Frente Amplio, cela s’est consolidé pendant le second. Maintenant, après le troisième mandat, la question qu’ils posent, c'est : qu’est-ce que vous pouvez m’apporter en plus de cela. »

    Insécurité croissante, ralentissement économique, autant de thèmes que la droite a su exploiter pendant la campagne. Son candidat, Luis Lacalle Pou, est actuellement donné vainqueur au second tour de la présidentielle, avec 48% d’intentions de vote, soit six points de plus que son rival de gauche Daniel Martinez.

    Malgré des réussites économiques et sociales, l’usure du pouvoir pourrait bien renvoyer le Frente Amplio dans l’opposition le 24 novembre prochain.

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