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    Amériques

    Suriname: le président Bouterse rattrapé par son passé

    media Le président Désiré Bouterse en 2019 FLORENCE LO / POOL / AFP

    Le président du Suriname, Désiré Bouterse, a été condamné vendredi à 20 ans de prison par la justice de son pays pour des exécutions d’opposants en 1982. Le président qui était en déplacement officiel en Chine a dû, suite à cette décision, annuler une visite à Cuba et rentrer au Suriname où il dispose de deux semaines pour faire appel de sa condamnation. Retour sur cette affaire dite des « assassinats de décembre ».

    Désiré Bouterse, âgé de 74 ans, est arrivé au pouvoir par la force en 1980 et a été à plusieurs reprises l’homme fort de l’histoire du Suriname. Il est revenu au pouvoir par la voie des urnes en 2010 et a été réélu cinq ans plus tard. Mais l’actuel chef de l’État du Suriname, qui a déjà été condamné par contumace par les Pays-Bas pour trafic de drogue, est aujourd’hui rattrapé pour l’affaire des « assassinats de décembre » de 1982, pour lequel il vient d’être condamné à 20 ans de prison par le tribunal militaire du Suriname qui n’a pas demandé son arrestation.

    Retour sur le contexte des années 1980 au Suriname

    Le 25 février 1980, Paramaribo, la petite capitale amazonienne du Suriname (ex-Guyane hollandaise) est sous tension : l’armée vient de prendre le pouvoir en renversant le gouvernement civil de cette jeune République, indépendante depuis à peine cinq ans. Les auteurs du putsch sont une douzaine de sergents en conflit depuis des semaines avec leur hiérarchie et avec le Premier ministre Henck Arron à propos d’un différend sur leurs conditions de travail. Le conflit s’envenime et incarne progressivement les insatisfactions d’une jeune génération face à un pouvoir qu’elle juge déjà usé et incapable de porter les aspirations et les rêves de la nouvelle nation. A la tête de cette « révolution des sergents », un homme, le sergent-major Désiré Délano Bouterse, surnommé Dési Bouterse, se distingue et va rapidement devenir l’homme fort du pays.

    Suite au putsch, le président Johan Ferrier reste en place, mais il refuse de reconnaître le gouvernement civil de Henk Chin A Sen que lui impose la junte. La situation se durcit et le 13 août 1980, Dési Bouterse fait un deuxième coup d’État, proclame l’état d’urgence, dissout le Parlement et remplace Johan Ferrier par Henk Chin A Sen à la tête de l’État. Les Pays-Bas reconnaissent le gouvernement et soutiennent le président, qui reste un civil, en espérant influer sur les militaires. Mais la junte installe progressivement un régime dictatorial de plus en plus sévère. Les partis d’opposition sont interdits, la presse est muselée, un couvre-feu est imposé, la répression et les arrestations arbitraires deviennent la norme.

    Une visite lourde de conséquences

    En politique étrangère, Dési Bouterse annonce une politique de non-alignement et tisse des liens avec Cuba, la Libye et avec les sandinistes du Nicaragua. Les Américains coupent leur aide au Suriname. Le 4 février 1982, Henk Chin A Sen est destitué. Dési Bouterse, à la tête du Conseil militaire national, impose la loi martiale.

    Dési Bouterse se rapproche alors d’autres pays non-alignés de la région et tisse des liens privilégiés avec Maurice Bishop, le président de la Grenade, qu’il invite au Suriname. Mais cette visite se passe mal. L’opposition manifeste et coupe notamment l’électricité pour entraver la visite officielle, et les réunions de travail entre les deux présidents sont annulées. Maurice Bishop écourte son déplacement au Suriname et conseille vivement à Bouterse de reprendre les choses en main dans son pays. Le lendemain Bouterse fait arrêter les opposants dans la nuit du 7 au 8 décembre 1982.

    Extrait du long format « Suriname et cocaïne » du magazine d’investigation « poursuites » de RFI en 2015.

    « Les assassinats de décembre »

    Dans la nuit du 7 au 8 décembre 1982, 16 personnalités de l’opposition (juristes, syndicalistes, journalistes, professeurs d’université…) sont rassemblées à Fort Zeelandia, une ancienne forteresse néerlandaise située à la sortie de la capitale. Dans la journée du 8 décembre, ils sont torturés et 15 sont exécutés par la junte, dont deux anciens putschistes, Rambocus et Sheombar, jugés en novembre 1982 pour avoir cherché à restaurer le pouvoir légitime qu’ils avaient renversé avec Dési Bouterse.

    Extrait du long format « Suriname et cocaïne » du magazine d’investigation « poursuites » de RFI en 2015.

    La population du Suriname est durablement traumatisée par ces assassinats et ces exécutions provoquent de vives réactions à l’étranger. Les Pays-Bas rompent momentanément leurs relations diplomatiques et suspendent leur aide au développement. Seul un dirigeant syndical survivra et témoignera plus tard contre Désiré Bouterse dans le procès des « assassinats de décembre ».

    37 ans plus tard, la condamnation tombe

    Le procès de cette affaire par le tribunal militaire du Suriname aura pris de très longues années pour aboutir finalement vendredi dernier à une condamnation de Désiré Bouterse, six autres accusés étant entre temps décédés. Des années de procédure difficile durant lesquelles le parti du président a tenté à plusieurs reprises d’arrêter le procés, et au cours desquelles, par exemple en 2012, l’Assemblée nationale a adopté une loi d’amnistie accordant une immunité à Désiré Bouterse qui sera plus tard invalidée par une décision de justice.

    Dans cette affaire des « assassinats de décembre », le tribunal a jugé que Désiré Bouterse avait supervisé une opération au cours de laquelle des soldats avaient enlevé 16 opposants à leur domicile – dont des avocats, des journalistes et des professeurs d’université - et avaient tué 15 d’entre eux dans une forteresse de la capitale Paramaribo. Bouterse qui a toujours nié ses accusations mais qui reconnaîtra sa « responsabilité politique » dans ces assassinats, dispose de deux semaines pour faire appel de ce jugement qui le condamne à 20 ans de prison.

    Suite à l’annonce de ce jugement très attendu, les partis de l’opposition ont immédiatement demandé la démission de Désiré Bouterse. Le président, qui a pris connaissance de cette décision lors d’une visite officielle en Chine, s’est entretenu par téléphone avec le vice-président du Parti national démocratique pour lui demander de convoquer une réunion d’urgence du parti. De son côté, le gouvernement du Suriname a fait savoir qu’il avait « pris note de l’évolution de la situation et appelé la communauté à maintenir la paix ».

    A relire sur l'histoire du Suriname :

     

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