GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 14 Janvier
Mercredi 15 Janvier
Jeudi 16 Janvier
Vendredi 17 Janvier
Aujourd'hui
Dimanche 19 Janvier
Lundi 20 Janvier
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    • Brésil: les leaders amazoniens, dont Raoni Metuktire, dénoncent un «projet de génocide» de la part du gouvernement Bolsonaro
    • Open d'Australie à Melbourne: les matches seront suspendus si l'air est trop pollué par les feux de forêt (direction)
    • Venezuela: Nicolas Maduro annonce l'ouverture d'un casino dans un hôtel de luxe de Caracas où les paris se feront en petro
    Amériques

    Dans les favelas brésiliennes, la violence policière atteint des sommets

    media Des patrouilles de police dans les favelas de Rio de Janeiro, en octobre 2019. AFP/Daniel Ramalho

    Début décembre, la mort de neuf jeunes âgés de 14 à 23 ans lors d’une intervention policière dans une fête de favela à São Paulo a choqué l’opinion publique. Alors que le président brésilien se félicite d’une baisse des homicides, la violence policière atteint des records en 2019.

    De notre correspondante,

    Dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre, les habitants deParaisópolis ont vécu un enfer. Le traditionnel baile funk de cette favela de la zone sud de São Paulo s’est terminé aux sons des coups de feu et des cris des habitants. Neuf jeunes de 14 à 23 ans, venus pour faire la fête, sont morts piétinés par la foule et asphyxiés par les bombes lacrymogènes de la police militaire.

    Selon la version de la police, six agents étaient à la poursuite de deux « bandits » en fuite sur une moto. Ils auraient échangé des tirs avec la police et se seraient échappés en direction du baile funk qui réunissait près de 5 000 personnes. Quelques instants plus tard, 38 policiers militaires sèment la panique dans ce rassemblement festif et populaire à ciel ouvert. Ils tirent des balles en caoutchouc, lancent des grenades de désencerclement et des bombes lacrymogènes pour disperser la foule. Des vidéos prises par certains habitants montrent un usage de la force démesuré, et des policiers qui bloquent les ruelles d’où pourraient s’échapper les habitants.

    Culture de la violence

    Cet épisode tragique montre de nombreux dysfonctionnements de l’action de la police militaire dans les favelas du Brésil. Pour Rafael Alcadipani, professeur de la Fondation Getulio Vargas et associé du Forum brésilien de sécurité publique, l’utilisation des balles en caoutchouc et des grenades de désencerclement n’est pas adaptée à la structure des favelas. « La police n’a pas suivi le protocole indiqué pour ce genre de situation, indique ce spécialiste de la sécurité publique. Elle a tenté de disperser la foule tout en bloquant les sorties possibles. »

    ► À lire aussi : Armée déployée dans les favelas de Rio: le dispositif fonctionne-t-il ?

    Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux montre un agent de police posté au coin d’une ruelle, armé d’une barre de fer et frappant violemment chaque habitant qui tente de fuir. Il frappe même aux jambes un garçon en béquilles, et est obligé de s’arrêter pour rire au bout de quelques minutes. Si la vidéo ne date pas de cet épisode, elle a été tournée dans la même favela, deux mois plus tôt, après une autre intervention policière dans ce même baile funk du samedi soir, le DZ7. Une preuve de plus que cette violence policière est une règle et mêmeune« sous-culture dans la police », selon Rafael Alcadipani.

    Le lundi suivant le massacre, João Doria, gouverneur de l’état de São Paulo, a d’abord déclaré : « Ce ne sont pas les policiers qui sont responsables des morts, mais plutôt les bandits qui ont envahi le baile funk ». Quelques jours plus tard et face à la répercussion négative des vidéos montrant l’attitude des policiers face aux jeunes désarmés, M. Doria change de ton et se dit « choqué » de la violence disproportionnée de la « meilleure police du Brésil ».

    Une police qui « tire pour tuer »

    Entre janvier et octobre 2019, la police de São Paulo a tué 697 personnes. Dix de plus que l’année dernière à la même période. Dans l’État de Rio de Janeiro, les chiffres sont encore plus impressionnants, avec 1 546 personnes tuées par la police, soit une moyenne de cinq morts par jour. Un record depuis 1998, année où l’Institut de sécurité publique a commencé à comptabiliser ce genre de chiffres.

    ► À lire aussi : Brésil: les habitants des favelas manifestent contre les violences policières

    Ces tristes statistiques s’expliquent par la politique sécuritaire et répressive des États de Rio et São Paulo. Les gouverneurs des deux États se sont fait élire l’année dernière avec un discours violent à l’égard des populations des favelas. João Doria, en pleine campagne, avait déclaré l’année dernière que la police « tire pour tuer ». Wilson Witzel, gouverneur de l’État de Rio a affirmé que les policiers devaient « viser la tête » des bandits des favelas. Il s’est déjà montré paradant à bord d’un hélicoptère où des tireurs d’élite visent les habitants de ces quartiers pauvres. Une technique « plus précise »,selon M. Witzel pour éliminer les narcotrafiquants. Mais les balles perdues de la police font des ravages : ces derniers mois, plusieurs enfants âgés de moins de 10 ans sont morts sur le chemin de l’école.

    L’attitude du gouverneur Witzel fait dire à Renata Souza, présidente de la Commission de défense des droits de l’homme de l’Assemblée législative de l’État de Rio de Janeiro qu’il existe une « peine de mort déguisée » au Brésil. Une écrasante majorité des victimes de la police sont des hommes noirs de moins de 25 ans, habitants de favelas ou de zones pauvres.

    Répression du funk

    La tragédie de Paraisópolis n’est pas un épisode isolé. Elle montre le « deux poids deux mesures » de la police à l’égard de ses citoyens. Le même soir, à Heliópolis, autre favela de São Paulo, une personne a été tuée par la police dans un baile funk. Entre le 1er janvier et le 1er décembre 2019, la police militaire de l’État de São Paulo a réalisé plus de 7 500 opérations lors de baile funk. « La police agit d’une façon brutale, pointe Danilo Cymrot, docteur en criminologie à l’Université de São Paulo. Elle n’aurait pas cette attitude dans le cadre d’une fête d’adolescents de la classe moyenne ou haute. » Auteur d’une thèse sur la criminalisation du funk, le spécialiste souligne que la police et le pouvoir politique agissent avec hostilité vis-à-vis de ce genre musical issu des zones périphériques et pauvres.

    Le funk est pourtant un des « produits culturels qui a le plus gros succès international »,rappelle Taísa Machado, artiste de funk. À Rio de Janeiro, elle donne des cours d’afrofunk pour femmes, dans une ambiance rassurante et sympathique. « Le baile funk est une fête dont on profite sous tension », explique celle qui ne s’y rend « qu’en baskets, pour mieux courir quand la police décide de faire une intervention. »

    La tragédie de Paraisópolis a eu lieu alors que le Congrès brésilien est en plein débat sur une série de lois « anti-crime » proposée par le ministre de la Justice Sergio Moro. Parmi les projets, l’opposition se bat contre ce qu’elle appelle le « permis de tuer », une loi qui permettrait aux policiers de ne pas être poursuivis s’ils tuent alors qu’ils interviennent dans des contextes de « fort stress et danger ». « Avec ce projet, les policiers militaires de Paraisópolis ne seraient même pas inquiétés », a déclaré Rodrigo Maia, président de la Chambre des députés. Lundi 9 décembre, une semaine après la tragédie, les 38 policiers impliqués dans le massacre ont été éloignés de leurs fonctions.

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.