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    Amériques

    L'ex-président brésilien Lula est sorti de prison

    media L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva lors de sa libération de prison à Curitiba, au Brésil, le 8 novembre 2019. REUTERS/Rodolfo Buhrer

    L'ex-président brésilien Lula a été libéré vendredi 8 novembre, accueilli par une véritable marée rouge de militants de gauche à sa sortie de prison à Curitiba (sud), après plus d'un an et demi d'incarcération.

    Avec nos correspondants à Rio de Janeiro et Sao Paulo,  Sarah Cozzolino, François Cardonna & Martin Bernard

    Dans sa première réaction à la sortie de prison de Lula, Jair Bolsonaro a demandé samedi aux Brésiliens « épris de liberté » de « ne pas donner de munitions à la canaille » Lula. Il s'en est pris sur le réseau social Twitter à l’ancien président, « qui est momentanément libre, mais chargé de culpabilité ».

    Vendredi 8 novembre, veste sombre et grand sourire, Luiz Inacio Lula da Silva, 74 ans, est sorti à pied, souriant aux côtés de sa compagne, la sociologue Rosangela da Silva, et embrassant chaleureusement ses sympathisants munis de drapeaux rouges. Le dirigeant du Parti des travailleurs a promis de « continuer à lutter » pour le peuple brésilien, même si ses ennuis avec la justice sont loin d’être terminés.

    Combatif, l'ancien chef d'État, favori de la dernière présidentielle avant son incarcération, a rapidement harangué la foule. Des milliers de militants étaient là, certains en larmes, devant le siège de la police fédérale de Curitiba, où il purgeait une peine de huit ans et dix mois de prison pour corruption et blanchiment. Il a été libéré suite à un arrêt du Tribunal suprême fédéral, après 580 jours de détention.

    Sur un score serré de six voix contre cinq, les magistrats de ce tribunal, la plus haute juridiction du pays, ont ainsi mis fin, tard jeudi soir, à une jurisprudence selon laquelle une personne peut être emprisonnée avant l'épuisement de tous ses recours si sa condamnation a été confirmée en appel, comme c'est le cas pour l'ancien président socialiste, élu en 2002 et 2006 à la tête du pays.

    À sa sortie, l'émotion était grande parmi ses soutiens. « Hier, je ne voulais même pas assister au vote (des juges de la Cour suprême, NDLR), je n'y croyais pas. Mais quand j'ai vu le résultat, j'ai crié, j'ai pleuré et maintenant je suis ici, je ne pouvais pas rater ça », confie Lucia Fernandes, 58 ans, arborant devant le siège de la police de Curitiba une casquette signée par Lula da Silva lui-même.

    « Toute ma vie, j'ai échangé avec le peuple brésilien, mais je n'avais jamais imaginé un jour comme celui-là, un jour où je puisse discuter avec des hommes et des femmes qui ont tenus bon pendant 580 jours en m'adressant des messages comme "bonjour Lula", "bonne soirée Lula", hurlant "bonne nuit Lula" ! Qu'il pleuve ou qu'il vente, qu'il fasse 40° ou 0° degré, vous étiez là », a lancé Lula.

    Je vais m'entretenir avec les membres du syndicat de la métallurgie, et après, les portes du Brésil me seront à nouveau ouvertes pour que je puisse parcourir le pays et aller à la rencontre du peuple

    Luiz Inacio Lula da Silva, ancien président du Brésil, suite à sa libération 09/11/2019 - par RFI Écouter

    Dans son premier discours, l’ancien président a critiqué ce qu’il a appelé « le côté pourri » de l’État brésilien et de sa justice. Il s’est d’ailleurs adressé à Sergio Moro, l’ancien juge anti-corruption à l’origine de sa condamnation, nommé ministre de la Justice par le président Jair Bolsonaro. « Vous n’avez pas arrêté un homme, vous avez tenté de faire disparaitre une idée », a-t-il reproché.

    Même s'il affirme qu'il n'éprouve pas de rancœur, celui qui avait laissé sa place en 2010 à une fidèle, Dilma Rousseff, à l'issue de ses deux mandats de président, a dénoncé la face sombre du parquet, de la police fédérale, mais aussi du fisc, qui ont tenté, dit-il, de « criminaliser la gauche ». Il a par ailleurs accusé le président d’extrême droite de passer son temps à mentir sur Twitter.

    Après ce premier bain de foule, Lula doit se rendre près de Sao Paulo, au syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, en banlieue de Sao Paulo. C'est son quartier général historique, il y était resté retranché avec ses partisans avant de se rendre aux autorités pour commencer à purger sa peine en avril 2018. Il a annoncé qu’il allait entamer une tournée dans tout le Brésil pour fêter sa libération.

    Il va donc relancer les fameuses « caravanes » qui lui ont permis d'accroître sa popularité auprès des plus pauvres du Brésil, pour incarner l'opposition à M. Bolsonaro. Si la justice l'autorise à quitter son pays, il compte également voyager à l'étranger : le journal O Globo croit savoir qu'il a été invité à l'investiture du nouveau président péroniste argentin Alberto Fernandez, le 10 décembre.

    Lula affirme qu’il va reprendre son bâton de pèlerin et sillonner le Brésil, comme s’il voulait battre campagne - même si pour l’instant, il n’est pas éligible. Il va naturellement prendre la tête de l’opposition au président Bolsonaro. Une opposition qui a accusé le coup après la victoire de l’extrême droite aux élections de l’an dernier, et qui va donc tenter de retrouver un certain élan.

    Des sympathisants de l'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva devant le siège de la police fédérale où Lula purge une peine de prison, à Curitiba, au Brésil, le 8 novembre 2019. REUTERS/Rodolfo Buhrer

    Au delà de Lula, d'autres détenus pourraient bénéficier de l'arrêt pris jeudi soir : ils sont près de 5 000 à être concernés par cette décision, qui sera appliquée au cas par cas et change radicalement l'application des peines au Brésil. De nombreux détenus condamnés dans le cadre de l'opération « Lavage Express », qui a fait trembler toute la classe politique, pourraient recouvrer la liberté.

    Adulé par une partie des Brésiliens, fascinés par cet ex-ouvrier métallurgiste arrivé au sommet de l'État pour sortir des millions de personnes de la misère grâce à d'ambitieux programmes sociaux, Lula da Silva est aussi détesté par une autre partie de la population, pour qui il est responsable d’avoir couvert d’énormes scandales de corruption à grande échelle, qui minent le Brésil.

    « La Cour suprême a voté contre le peuple », a déploré Major Olimpo, le leader au Sénat du PSL, le parti du président Jair Bolsonaro, animé par une farouche haine du PT. Le président, habituellement très disert sur Twitter, est resté étrangement silencieux sur le sujet, alors qu'il y a un peu plus d'un an, il avait lâché en pleine campagne qu'il souhaitait voir Lula « pourrir en prison ».

    Des rebondissements judiciaires sont possibles : Lula est mis en cause dans plusieurs affaires et la Cour suprême doit rendre de nouveaux jugements. Dans un procès en appel qui aura lieu le 27 novembre, il est accusé d’avoir reçu des pots-de-vin de plusieurs centaines de milliers d’euros, lors de travaux effectués dans une maison de vacances, par une entreprise de BTP, contre des contrats publics.

    Sa libération divise profondément les Brésiliens. Ses opposants ont déjà appelé à manifester contre lui... dès ce samedi. Ce qui pourrait être le début d’une grande foire d’empoigne entre l’extrême droite et l’ancien président de gauche au Brésil. Mais Lula ne risque pas d'être incarcéré de nouveau prochainement. Son tout premier projet prioritaire désormais : épouser sa nouvelle campagne.

    correspondance
    Dans la ville de Rio, les sympathisants du PT sont soulagés 09/11/2019 - par Sarah Cozzolino Écouter
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