| Dernières infos |
Syrie : plus de 50 civils tués à Houla, au centre du pays, selon l'OSDHEgypte-présidentielle : les Frères musulmans affirment être sûrs d'un second tour entre leur candidat Mohamed Morsi et Ahmed ShafiqSyrie : des blindés rentrent pour la première fois dans Alep, la deuxième ville du paysLa présidente du Brésil met son veto partiel à une loi qui réduit la protection de l'Amazonie (officiel)Standard & Poor's abaisse la note de 5 grandes banques espagnoles dont Bankia |
|
Un programme nucléaire en gestation en Birmanie

La prolifération nucléaire a de beaux jours devant elle, à en croire le média dissident birman Democratic Voice of Birma. Les révélations faites par cet organisme basé en Norvège conduisent l’Agence internationale de l’énergie atomique à s’interroger sur le lancement d’un programme nucléaire militaire par la junte, afin de se doter de l'arme atomique dans le plus grand secret. Des informations qui reposent notamment sur le témoignage d'un transfuge de l'armée birmane, le commandant Sai Thein Win, documents à la clef. Democratic Voice of Burma va plus loin, affirmant que les Nord-Coréens collaborent à cette entreprise. Plusieurs années d'enquête ont permis ces révélations, qui ont provoqué le report de la visite du sénateur américain Jim Webb, prévu au début du mois de juin 2010.
La tentation du nucléaire militaire est au cœur d’une enquête exclusive réalisée par le média dissident birman, Democratic Voice of Burma, grâce notamment à l’apport de documents nouveaux sortis du pays par un transfuge de l’armée birmane.
Lorsque le commandant Sai Thein Win décide de faire défection au début de cette année, c'est au média dissident Democratic Voice of Burma (DVB) qu'il va confier les documents ultra-secrets en sa possession car il sait que ce média, qui opère en Birmanie dans la clandestinité, a déjà accumulé de nombreux éléments sur ce dossier. Il est en mesure de produire photos, listes d'équipements et maquettes de prototypes, sur lesquels il a lui même travaillé en tant qu'ingénieur de l'armée.
Pour analyser le contenu de ces documents, les journalistes de DVB font alors appel aux services d'un scientifique : Robert Kelley, ancien inspecteur et directeur de l'AIEA en 1992-1993 puis 2001 à 2005. Il mettra plusieurs mois à authentifier et analyser les pièces du dossier. Robert Kelley estime crédible les informations divulguées par le major Sai, notamment parce que ce dernier – spécialiste des missiles - connaît ses limites en matière de nucléaire militaire. Basée sur des milliers de photos et des clichés de plans et dessins, l’analyse de Robert Kelley reste prudente :
« Ce que l'on peut voir, c'est qu'ils ont construit des équipements et qu'il y a une très forte probabilité qu'ils soient utilisés pour des expérimentations nucléaires. On ne peut pas l'affirmer à partir de simples photos. Mais en tout cas, l'on voit bien que le fourneau a été utilisé, qu'une réaction chimique a bien eu lieu à l'intérieur, et je sais que c'est comme cela que l'on produit l'uranium. Mais je ne peux pas en avoir la preuve formelle uniquement à partir des photos. La seule façon d'en être absolument sûr, c'est de pouvoir se rendre sur place pour pratiquer des tests. »
Témoignages sur le « bataillon nucléaire »
Pour l'instant, l'AIEA commence tout juste à s'intéresser à ce programme, sur la foi de ces documents. Un accord a été signé en 1995, il ne prévoit pas d'inspection, car la Birmanie, selon les termes de l'accord, s'engage à ne détenir aucun matériau ni aucun équipement nucléaire militaire. En conséquence, les inspecteurs de l’AIEA ne sont pas habilités à venir enquêter sur place.
Les tentatives de l’armée birmane de procéder à l’enrichissement de l’uranium à des fins militaires font néanmoins peu de doute, selon les sources cités par DVB et l’analyse de Robert Kelley : « Le commandant de l'armée et un certain nombre d'autres témoins affirment qu'il y a des mines d'uranium et une production d'uranium concentrée sur un site qui se trouve au nord de Mandalay. S'il s'avère que la Birmanie dispose d'un stock d'uranium concentré supérieur à vingt tonnes, comme l'affirment nos sources, les autorités devraient le déclarer à l'Agence internationale de l'énergie atomique. Mais ils ne l'ont pas fait. Si vraiment cela se confirme, et nous pouvons déjà dire que nous avons localisé par satellite l'usine à laquelle nos différentes sources font référence, donc si cette usine procède effectivement à l'enrichissement de l'uranium, alors ils doivent en informer l'AIEA. »
Les témoignages recueillis sur place par DVB indiquent la présence d’experts nord-coréens aux côtés des Birmans pour permettre l’exploitation de mines d’uranium et son enrichissement, ce qui reste à établir de façon formelle.
La contribution nord-coréenne en question
L'existence d'une coopération avec la Corée du Nord dans le domaine des missiles est avérée, car elle fait l’objet d’un protocole d’accord entre les deux pays, mais selon l’expert Robert Kelley, il manque d'éléments de preuve matérielle concernant une collaboration dans le domaine nucléaire militaire. Là-dessus, les journalistes de DVB et leurs contacts birmans n'ont pas fini de collecter des informations. Le rédacteur en chef Aye Chan Naing évoque les conditions dans lesquels ils opèrent :
« Nous devons ces informations à des gens qui travaillent pour nous à l'intérieur de la Birmanie. Cela fait plusieurs années que nous accumulons les informations dans ce domaine, par petits morceaux. Bien sûr, nous avons reçu un témoignage clef grâce à la collaboration du commandant Sai mais, par ailleurs, nous avons d'autres sources, qui sont toujours en Birmanie, des gens qui sont bien placés dans l'armée. C'est la seule façon d'accéder à ce type d'informations ultra-secrètes, nous sommes aidés par des militaires et des civils en rapport avec l'armée. Maintenant que nous avons dévoilé cette affaire, cela augmente les risques sur place. C'est pourquoi nous avons pris toutes les dispositions pour protéger nos sources. »
La Birmanie loin d’acquérir la bombe… malgré les efforts déployés
Au bout du compte, ce qui rassure un peu les observateurs, c'est que la junte birmane s'y prend plutôt mal et qu'elle est assez loin de pouvoir se doter de la bombe atomique, quelles que soient ses intentions. Robert Kelley estime notamment que les tentatives d’enrichissement de l’uranium dont témoignent les documents qu’il a eus en main sont vouées à l’échec. Les militaires birmans auraient choisi de recourir à une technologie aussi complexe que coûteuse : « Il y a certaines choses qu'ils essaient de réaliser, comme par exemple la séparation isotopique par laser, on peut dire que c'est vraiment une très mauvaise approche pour un pays sous-développé comme la Birmanie. La France, les Etats-Unis, la Russie n'y sont pas parvenus, et la Birmanie va essayer. C'est en tout cas prévu dans leur programme. C'est vraiment stupide comme approche, et cela devrait nous réjouir. »
Quant à l’AIEA, elle ne s’est pas encore prononcée sur le fond du dossier. Le directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano, a déclaré lors d’une conférence de presse à Vienne le 7 juin 2010 que « s’il le faut, nous demanderons des éclaircissements à la Birmanie ».

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati












