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    Asie-Pacifique

    La Transnistrie et la «communauté des Etats non-reconnus»

    media La statue de Lénine devant le soviet suprême de Tiraspol. L.Geslin/RFI

    A Tiraspol, capitale de la « République moldave de Transnistrie », qui a proclamé son indépendance en septembre 1990, le « quartier diplomatique » est facile à trouver. Les représentations diplomatiques de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud se trouvent en effet dans un bâtiment de l’avenue Lénine, à quelques pas du Soviet suprême de la république sécessionniste.

     

    En réalité, les deux ambassades se situent au premier étage d’un petit bâtiment appartenant au ministère de la Défense de Transnistrie. Les drapeaux des deux républiques caucasiennes flottent sur la façade, tandis que des vétérans en treillis arpentent les couloirs où se trouvent les services payeurs. Les bureaux abritant les deux ambassades sont souvent fermés. Occupée à tenir des comptes sur un boulier, une secrétaire du ministère de la Défense, lâche, par la porte entrouverte d’un bureau : « oh, les Ossètes, on ne sait jamais quand ils viennent travailler ! »
     
    L'ambassadeur d'Ossétie du Sud dans son bureau. L.Geslin/RFI
    L’ambassadeur de la République d’Ossétie du Sud, Son Excellence Sergueï Vladimirovitch Surago finit pourtant par nous recevoir dans les deux petites pièces de la chancellerie. D’origine biélorusse, Sergueï Surago est citoyen de Transnistrie, mais il est également titulaire d’un des très rares passeports diplomatiques sud-ossète. En poste depuis un peu plus d’un an, il explique que l’Ossétie du Sud n’avait pas les moyens d’envoyer un ambassadeur à Tiraspol. Il représente donc l’Ossétie du Sud à Tiraspol, tandis que c’est un Ossète qui représente la Transnistrie à Tskhinval. Les relations diplomatiques sont pourtant au beau fixe entre ces trois confettis de l’ancien empire soviétique.
     
    L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud sont, à ce jour, les seules républiques ayant reconnu la Transnistrie comme un Etat indépendant. Pour leur part, ces deux républiques sont un peu mieux loties : depuis 2008, elles sont reconnues comme des États indépendants par la Transnistrie et la République turque de Chypre du Nord, mais aussi par quatre pays membres des Nations unies : le Nicaragua, le Venezuela, l’île Nauru et surtout la Russie…
     
    La sécession transnistrienne, qui s’est soldée par une guerre sanglante avec la Moldavie, en 1991-1992, a été largement fomentée par Moscou, mais la république n’a pas été reconnue par la Russie. Sergueï Surago n’élude pas ce paradoxe : « en Ossétie du Sud et en Abkhazie, c’est un conflit ethnique. Les Abkhazes et les Ossètes ne voulaient plus vivre en Géorgie, et les Géorgiens ont même essayé de commettre des génocides à leur encontre. Chez nous, en Transnistrie, il n’y a pas de problème ethnique. C’est un conflit uniquement politique qui nous oppose depuis vingt ans à la Moldavie ». Mais pourquoi, même dans ce cas, la Russie ne reconnaît-elle pas la Transnistrie ? « Nous savons très bien que Moscou ne s’intéresse pas à la Transnistrie. Ce que veut la Russie, c’est conserver un instrument de pression sur l’ensemble de la Moldavie, pour garder ses frontières occidentales, face aux pays de l’Union européenne et de l’OTAN ».
     
    Le discours, peu diplomatique, a au moins l’avantage d’être clair. L’ambassadeur n’est pas non plus bien flatteur à l’égard du pays qu’il représente. « L’Ossétie du Sud ? Pff, Il n’y a que 50 000 habitants et rien que des montagnes… Par contre, la Transnistrie est un vrai pays industriel et développé, qui compte plus de 500 000 habitants »…
     
    Au petit club des républiques post-soviétiques non-reconnues, l’amabilité envers n’est donc pas forcément au rendez-vous, même quand l’on représente un des « pays frères ».
     
    Il est vrai que l’Ossétie du Sud comme la Transnistrie ont bien du mal à apparaître comme des Etats viables. La première, ravagée par plusieurs conflits, très peu peuplée, est entièrement contrôlée par Moscou, tandis que la Transnistrie s’étend sur la rive gauche du Dniestr, le long des frontières ukrainiennes, sur une largeur qui, souvent, ne dépasse pas quelques kilomètres. Elle est peuplée de Russes, d’Ukrainiens et de Moldaves mais aussi de personnes originaires de toute l’ancienne Union soviétique, venues travailler dans cette région très industrialisée. Lors de l’éclatement de l’URSS, les habitants de cette improbable région firent sécession de la Moldavie roumanophone qui devenait indépendante. Il n’existe pas, toutefois, d’identité transnistrienne, comme l’ambassadeur Surago le reconnaît bien volontiers.
     
    L’homme s’attache toutefois à développer les relations entre la Transnistrie et l’Ossétie du Sud. « Après la guerre de l’été 2008 avec la Géorgie, explique-t-il, la Transnistrie a envoyé beaucoup d’aide humanitaire, et nous organisons régulièrement des échanges culturels, de voyages de jeunes ».
     
    Rallier les deux républiques, situées à plus de 2 000 kilomètres de distance et toutes les deux dépourvues d’aéroport, n’est pourtant pas chose aisée. L’ambassadeur explique qu’il doit se rendre au moins une fois par an en Ossétie. « Je prends ma voiture, et je passe par l’Ukraine : le voyage dure deux jours ».
     
    Comment voit-on l’avenir lorsque l’on est diplomate d’un Etat non-reconnu dans un autre Etat non-reconnu ? « Quelques pays supplémentaires devraient bientôt reconnaître l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. De toute façon, il n’y aura pas de retour en arrière. La sécession de la Géorgie est définitive, par contre, nous continuons à discuter avec la Moldavie »… L’ambassadeur se carre mieux dans son fauteuil, tout en offrant des bouteilles de cognac « Kvint », la production la plus réputée de Transnistrie. « Contrairement aux Géorgiens, qui se laissent manipuler par les Américains et font des guerres stupides, les Moldaves sont réalistes. Ils savent qu’il faut toujours négocier et que l’on ne peut pas s’opposer de front à Moscou. Regardez, depuis 1992, il n’y a pas eu une seule victime »…
     

    De fait, la Transnistrie s’apprête à fêter en grande pompe son XXe anniversaire, le 2 septembre prochain, mais les relations n’ont jamais été totalement rompues avec la Moldavie : le Sheriff, le fameux club de football de Tiraspol, vient de remporter, pour la septième année consécutive, la Coupe de Moldavie. Ce club, l’un des plus riches d’Europe de l’Est, propriété du fils du président de la république sécessionniste, joue en effet dans la Ligue moldave… Juste en face du bâtiment des ambassades, on peut d’ailleurs acheter les maillots du Sheriff, siglés Adidas, sponsor du club de la capitale d’un Etat que personne ne reconnaît, pas même la Russie.

     

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